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Yvan KALFON : "Je suis sous contrat avec la Juve..."

Ancien gardien de but qui a évolué en D3 pendant de longues saisons au Toulouse Fontaines, Yvan Kalfon est devenu depuis qu'il a raccroché les crampons, il y a une dizaine d'années, un acteur majeur du football européen grâce à un logiciel, Techfoot, qu'il a mis au point et que les plus grands s'arrachent. Après l'équipe de France en 1998, Liverpool, Fulham, le TFC, Parme et la Roma, il est aujourd'hui sous contrat avec la Juventus. Son rêve ? Travailler avec un club dans chaque grand championnat européen... et parvenir à toucher aussi le football amateur. (par Jean-Louis Bouffartigues)



Avec le milliardaire de Fulham, Mohamed Al Fayed, c'est Tigana qui fit appel à lui...
Avec le milliardaire de Fulham, Mohamed Al Fayed, c'est Tigana qui fit appel à lui...
Yvan, de Liverpool à Fulham, du TFC à la Juventus, comment avez-vous intégré des clubs aussi prestigieux pour y développer votre logiciel TechFoot ?
Lorsque j'ai passé mes diplômes d'entraîneur, animateur I et II, sur Toulouse, j'ai rencontré Erick Mombaerts qui était alors CTR. J'avais beaucoup apprécié son discours hyper cohérent et structuré. Avec lui, j'ai mis au point mon premier logiciel Techfoot. En 1996, pour fêter les 75 ans de la Ligue, Gérard Houllier, qui était DTN, est venu sur Toulouse. Je lui ai présenté le logiciel et il a voulu que je monte à Paris pour en faire de même avec les membres de la DTN, les Domenech, Damiano, Crevoisier ou Jacquet. C'est comme ça que je les ai tous formés à l'utilisation de TechFoot jusqu'en 1998.

Vous avez donc vécu la Coupe du monde de l'intérieur ?
A l'époque, l'informatique n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui et tous ces entraîneurs n'étaient pas forcément des initiés. On a pas mal rigolé, c'était vraiment très sympa. J'ai aussi formé des "espions" qui allaient superviser les adversaires de l'équipe de France. Après la Coupe du monde, Gérard Houllier est parti à Liverpool, de mon côté j'ai collaboré avec Jean Tigana et Christian Damiano à Fulham sans jamais perdre de vue Erick Mombaerts. C'est comme ça que je l'ai aidé avec le TFC lorsqu'il l'a repris le club en National pendant cinq ans. Quand Erick a arrêté en 2006, j'ai aussi arrêté. Auparavant, j'avais aussi collaboré un an avec Liverpool.

"La première année, j'ai fait toute la préparation estivale dans un village de montagne qui vit au rythme de la Juve pendant dix jours."

De là à atterrir à la Juve !
C'est Damiano qui m'a fait rencontrer Claudio Ranieri, qui n'était pas encore coach de la Juve. Alors qu'ils allaient voir le Barça jouer, ils ont fait une halte sur Toulouse pour voir TFC-PSG. On a passé la soirée ensemble et Ranieri m'a invité chez lui à Sienne en Italie. Il m'a dit qu'il appréciait mon travail
mais qu'il n'avait pas d'équipe ! Quelques semaines plus tard, Parme l'appellait pour tenter d'éviter la relégation... et lui en a fait de même avec moi. J'y allais le week-end pour former une personne. A partir de l'arrivée de Ranieri, Parme a pris deux points par match et s'est finalement sauvé. Malgré ça, il n'a
pas souhaité rester au club. Dans un premier temps, il pensait aller à Manchester City mais, au dernier moment, la Juventus est venue le chercher.

Avec vous dans les bagages ?
Oui, il a dit aux dirigeants de la Juve qu'il voulait amener le staff qu'il avait à Parme. Après deux saisons à Turin, il a été écarté mais je suis encore sous contrat. J'ai noué entre temps de super contacts avec des gens formidables au sein du club, dont le fils de Gaëtano Scireo avec qui je travaille directement, Riccardo. Toute l'année dernière, j'ai suivi Claudio Ranieri à la Roma et ça m'a permis de voir encore d'autres ambiances, d'autres couleurs et encore plus de passion. Si à Turin la passion se veut forte, à Rome, elle est explosive !

Dans les Dolomites, Fiat a mis un chalet à la disposition de la Juve où se déroule toutes les préparations d'avant saison.
Dans les Dolomites, Fiat a mis un chalet à la disposition de la Juve où se déroule toutes les préparations d'avant saison.
Vivez-vous au coeur de l'équipe ?
Quand j'y vais, oui. La première année, j'ai fait toute la préparation estivale dans un village de montagne qui vit au rythme de la Juve pendant dix jours. C'est extraordinaire à vivre, tout y est blanc et noir ! Tous les jours, il y a 5000 spectateurs pour assister aux entraînements et des animations tous les
soirs. C'est hallucinant. Dans le cadre de ces stages, je fais partie du staff donc je vis avec le groupe. Je mange avec les coachs, avec le manager au bout de la table, comme le capitaine est au bout de celle des joueurs. C'est immuable. Je suis allé aussi parfois en tournée avec eux. J'en ai fait une en Angleterre où on a joué face à Newcastle et Sunderland avant de s'arrêter à Hambourg sur le chemin du retour. J'étais aussi avec eux pour le tournoi de l'Emirates Stadium avec Arsenal et le Real Madrid, la saison dernière.

On imagine que ce doit être grisant ?
C'est grisant effectivement mais en même temps pas prise de tête dans le sens où personne ne s'enflamme. On a la chance d'être avec des gens biens. Quand je suis là-bas, tous les jours, je me fais cette réflexion. En France certains pourraient prendre des leçons d'humilité de ce comportement.

Vous avez bossé avec deux clubs anglais (Fulham et Liverpool), un club français (TFC) et trois clubs italiens (Parme, Juventus et Roma), y'a-t-il beaucoup de différences dans leur approche des matchs ?
En Italie, ce sont les rois des mises au vert, ils sont tout le temps à l'hôtel. En Angleterre, c'est l'inverse, ils ont rendez-vous le midi du match au centre d'entraînement pour un repas en commun avant de prendre le bus pour aller au stade. En France, c'est un mélange des deux... En Italie, la passion est
furieuse et ne s'exprime pas de la même façon au Nord, à Turin qu'à Rome. En Angleterre, elle est plus contenue, plus réservée mais non moins réelle. Ensuite, en Italie, beaucoup plus qu'en France et en Angleterre je pense, on attache une importance viscérale au résultat aux dépens du jeu. Qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse ! C'est un peu ça quand même...

"Mon rêve serait de travailler avec un club dans chaque grand championnat européen."

Quels rapports avez-vous avec les joueurs ?
A la Juve, ils sont très sympas car ils ne se la jouent vraiment pas. Buffon est toujours en train de rigoler, c'est un mec bien. Del Pierro est très timide et réservé. Je ne l'imaginais pas du tout comme ça. Il essaie de parler un peu français avec moi. Chiellini, le défenseur, est aussi un gars extraordinaire,
sympa, humble et à l'écoute. En tout cas, par rapport à ce que je leur propose, certains sont très à l'écoute. Ils récupèrent les éléments vidéos que je sélectionne sur leur clé USB et ils vont se les regarder chez eux. Les défenseurs aiment bien voir les actions des attaquants qu'ils vont avoir à jouer. Tout ça se fait dans la bonne humeur. Avant de décortiquer le match avec le coach, certains font pression gentiment pour que j'enlève certaines actions où ils n'ont pas été bons (rires) !

En plein travail pour la Juve, avec Riccardo, le fils de Gaëtano Scirea.
En plein travail pour la Juve, avec Riccardo, le fils de Gaëtano Scirea.
Votre logiciel est un outil de travail pour tous les entraîneurs professionnels, peut-il aussi l'être pour le niveau amateur ?
Je viens de le réécrire totalement pour revoir des choses et proposer bientôt dans le commerce deux versions, une pour les pros, c'est à dire la version que j'utilise en ce moment avec la Juventus, une autre pour les amateurs. J'ai refondu totalement le logiciel ces deux dernières années pour techniquement l'actualiser et prendre en compte beaucoup de désirs nouveaux qui émanaient des différents entraîneurs. Evidemment, la vidéo a une place importante mais on a rajouté d'autres éléments d'analyse (les buts marqués, les buts encaissés, les erreurs défensives sur les buts encaissés quelles soient individuelles oo collectives, les dispositifs utilisés, l'analyse proprement dite du jeu en possession et en reconquête, les habitudes de coaching...). Bref, une mine de renseignements sur toutes les équipes d'un championnat tant sur le plan individuel que collectif. Le tout dans une interface complètement renouvelée et basée sur des technologies d'avant-garde pour pouvoir l'adapter encore et encore dans les 10 prochaines années.

Pourquoi ne travaillez-vous qu'avec la Juve et pas avec des clubs français par exemple ?
Mon rêve serait de travailler avec un club dans chaque grand championnat européen. Travailler pour un club français m'intéresserait à la condition que l'entraîneur en soit réellement demandeur. Facturer un logiciel à un club qui ne l'utiliserait qu'à X % de ses performances ne m'intéresse pas vraiment. Ce que je recherche avant tout c'est l'échange avec le technicien.

A côté, vous êtes informaticien sur France 3, n'aimeriez-vous pas faire ça à plein temps ?
J'aimerais beaucoup mais cela engendrerait d'autres problématiques vis à vis de mon boulot et de ma vie de famille. Je ne me vois pas déménager tous les deux ans, obliger ma famille à me suivre partout en Europe. De plus, si je fais partie du staff de la Juve, comme avec les autres clubs, je ne suis que détaché à l'informatique et à la vidéo. J'aimerais aussi être sur le terrain pour ressentir davantage les choses et pouvoir être encore plus réactif et efficace. Pour juger la performance d'un joueur où d'une équipe, il est super important de savoir ce que lui a demandé son coach. Je suis souvent étonné quand je lis des critiques de certains journalistes sur certains joueurs alors qu'ils ne savent absolument pas quelles consignes ils ont reçues ! Où comme une composition d'équipe que l'on se permet de critiquer alors que l'on a une vision microscopique de celle-ci et aucune vision de la vie interne du groupe, du travail de la semaine et bien d'autres. Pour finir, quand on vit au coeur des choses, on s'aperçoit ainsi qu'il y a un gros décalage entre l'image des coachs et ce qu'ils sont vraiment. J'en ai eu deux exemples nets avec Ranieri et Mombaerts. Ils ont l'image de mecs froids et distants, parfois hautains. Or, la réalité est toute autre : ils sont très chaleureux et sont tous les deux de bons vivants.

Propos recueillis par JL.B.

Yvan KALFON : "Je suis sous contrat avec la Juve..."
YVAN KALFON
Né le 7 septembre 1960 à Toulouse
Parcours
Joueur : Léo Lagrange, TFC (1975-80), Toulouse Fontaines (1980-96).
Profession : responsable informatique sur France 3 sud depuis 1988.
Techfoot, son logiciel, va bientôt être commercialisé pour être plus abordable et accessible même aux entraîneurs amateurs. A l'intérieur, vous y trouverez dix années d'expertise au contact de Jacquet, Crévoisier, Damiano, Bergues, Devismes, Domenech et Jodar pour ce qui de la DTN, d'Houllier à Liverpool, de Mombaerts et Rabier au TFC, de Tigana à Fulham, de Bijotat à Sochaux et de Ranieri à Parme, à la Roma et à la Juventus !

Avec Gérard Houllier au coeur d'Anfiled Road.
Avec Gérard Houllier au coeur d'Anfiled Road.

Yvan KALFON : "Je suis sous contrat avec la Juve..."


Samedi 4 Décembre 2010

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