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Vikash DHORASOO : "Tatane... pour remettre le plaisir au coeur du jeu !"

Dans sa vie d’ex-footballeur professionnel, Vikash Dhorasoo est comme sur le terrain : atypique et imprévisible. Désireux de voler au secours de clubs en détresse (Le Havre, Sannois Saint-Gratien), capable de pimenter les débats télévisés aux côtés d’Eric Di Meco, tapant le carton avec Patrick Bruel au poker, improvisé réalisateur durant la Coupe du Monde 2006, l’ancien du PSG et de l’OL a fini par cofonder un projet qui lui tenait à cœur. Son nom de code ? « Tatane ». Séduits par un manifeste, plus de quatre mille sympathisants se sont ralliés à la « Tatane » d’un Vikash Dhorasoo déterminé à éveiller les consciences endormies par un football moderne déshumanisé. Lorsque le système parle performances et chiffres, « Tatane » répond plaisir et jeu collectif. Son combat, aujourd’hui alimenté par de nombreux débats, se matérialise au travers d’actions concrètes telles que la création d’un club en Inde ou la présentation d’une liste – refusée – aux dernières élections de la FFF. (Par Fabrice Dufaud)



"Les sujets de société m'attirent"

Avec Tatane, Vikash Dhorasoo milite pour un football authentique.
Avec Tatane, Vikash Dhorasoo milite pour un football authentique.
Vikash Dhorasoo, vous avez mis fin à votre carrière en 2007. Que devenez-vous ?
Vincent Couëffé a fait appel à moi pour participer à l’émission 100% Foot le dimanche sur M6. J’écris des articles pour le magazine et le site So Foot. Parler de foot m’intéresse, je regarde des matchs, j’aime voir ce qu’il se passe autour. Par exemple, les sujets de société m’attirent. Je tiens aussi un blog, Trompe le Monde. Je suis parrain du Paris Foot Gay depuis mon passage au PSG. Des copains avaient créé cette équipe. J’ai adhéré car c’est un bon moyen de lutter contre toutes sortes de discriminations. Enfin, je joue au poker. Je suis dans l’équipe de Patrick Bruel. Tout ça me laisse pas mal de temps libre pour faire autre chose.

Vous avez été à deux doigts de reprendre l’Entente Sannois Saint-Gratien en 2009. Pourquoi le projet a-t-il capoté ?
J’avais rencontré les dirigeants du club. On m’a proposé de prendre le relais. J’ai refusé après avoir étudié les comptes du club. Sannois Saint-Gratien descendait en CFA2. Les subventions des collectivités locales ne suivaient plus. A la base, je n’attendais rien de spécial. Pour moi, c’était une opportunité. Avec une bande de copains, on voulait voir si nos idées et nos envies pouvaient fonctionner.

"Le système actuel arrive en bout de course..."

La même année, vous aviez également tenté de racheter le club du Havre. Quelle était votre motivation à cette époque ?
Je sentais que le HAC était mal en point. D’ailleurs, il l’est toujours. Il s’agit de ma ville natale, de mon club de toujours, là où j’ai été formé. Je suis attaché à ce qu’il représente. On a voulu présenter un projet sympa, qui n’était tout de même pas parfait, parce qu’il a été fait dans l’urgence. On souhaitait tout de même pérenniser le club pour qu’il s’installe en D1. On ne savait pas si tout allait fonctionner, mais on avait des idées. Il y avait quelque chose à faire : il s’agit d’une ville de 250 000 habitants, il y avait le projet du nouveau stade, un bon centre de formation… Au final, on s’est fait éclater par la « mafia » locale. L’actionnariat était composé de deux-cents personnes et tous étaient des amis du président. Le projet a été refusé à 95% ! Ce n’était pas vraiment démocratique. Tous ces gens voulaient protéger leurs petits intérêts, ça se passe toujours comme ça. Au final, les perdants, ce sont eux : quand les gens n’ont pas d’idées, rien ne peut marcher. Nous, ça n’a pas changé notre vie.

Rappelez-nous les origines et le crédo de Tatane, le projet que vous menez actuellement…
Je bosse avec Pierre Walfisz. C’est un ami qui possède une boîte de production de cinéma. Il a notamment produit Substitute que j’ai réalisé avec Fred Poulet. C’est le film qui se passe pendant la Coupe du Monde 2006… Avec Pierre, on a voulu faire quelque chose dans le foot, alors on a cofondé Tatane. Quatre mille personnes ont adhéré en signant le manifeste et nous soutiennent. Ce manifeste, on l’a coécrit. A partir de ça, on souhaite fédérer. On veut réunir des gens, créer un réseau. Tatane appartient à tout le monde, pas à une ou deux personnes. On n’est pas seuls là-dessus, il y a beaucoup de monde derrière ce projet. Ce n’est pas celui de Vikash Dhorasoo. Moi, je suis juste là pour le relayer médiatiquement. Je ne fais pas ça pour l’image. Les gens doivent prendre le relais.

Avec son ami Pierre Walfisz (au centre) et Mohamed Tria (président de Lyon-Duchère AS) lors d'une conférence-débat à Lyon le 9 juin 2011.
Avec son ami Pierre Walfisz (au centre) et Mohamed Tria (président de Lyon-Duchère AS) lors d'une conférence-débat à Lyon le 9 juin 2011.
Pourquoi avoir choisi ce nom, « tatane » ?
C’est Pierre Walfisz qui a l’inventé. J’ai trouvé l’idée super ! On utilise ce mot dans le foot comme dans la vie. On dit qu’on met ses tatanes pour jouer au foot, on met un coup de tatane dans le ballon, les gamins disent « je vais te mettre un coup de tatane »… C’est assez rigolo !

Tatane s’articule au travers de débats. Quels en sont les objectifs ?
A travers le débat, on souhaite que Tatane prenne de l’ampleur et devienne une sorte de lobbying. Le débat est ouvert à tous. Il y a des actions à mener et à soutenir. Hier, par exemple (jeudi 16 juin à La Goutte d’Or, ndlr), on a organisé un débat qui a réuni des gens très différents qui parlaient de foot de manière très intéressante. Tous partageaient la même vision. Il y avait des artistes contemporains, des gens de la pub, des éducateurs, des joueurs, des joueuses… C’était formidable de réunir tant de personnes. Tous avaient quelque chose à dire.

Tatane se fait connaître du grand public par un manifeste. Pouvez-vous justifier ce choix ?
Ce manifeste n’est pas quelque chose d’abstrait. Si on lit bien, chaque point est très précis. On ratisse large car on veut ouvrir le débat au maximum. Il est clair que ça ne parle pas de choses sérieuses puisque c’est du rêve, une vision à long terme. Mais on pense qu’on a raison et que ça peut se matérialiser. A partir de ça, on parle de choses concrètes et réalistes. On peut prouver qu’il existe une alternative.

"Rappeler que le foot est un jeu collectif"

Quelle est cette alternative ?
C’est de mettre le plaisir du jeu au centre du débat. Le foot nous réunit tous, on aime ce sport et on veut rappeler qu’il s’agit d’un jeu collectif. Aujourd’hui, on voit de moins en moins de jeu. Celui que l’on nous propose est mauvais, tout comme le rapport avec la défaite. Tout est fait pour la gagne. Seulement, on perd plus souvent que l’on ne gagne. Les clubs ont peur de perdre à cause de l’enjeu économique. Les clubs et les collectivités locales doivent adhérer à un vrai projet, qui peut être social. Dans ce cas-là, même si on perd, l’objectif est toujours là et la mission sera remplie.

Qu’avez-vous à répondre à ceux qui prétendent que votre combat est perdu d’avance ?
On ne voit pas pourquoi les choses ne pourraient pas changer. Le système n’est pas verrouillé, on peut bousculer les choses. En tout cas, on n’est pas résignés. On n’est pas là, dans notre canapé, à se contenter de critiquer le système. Mais on n’est pas là non plus pour être contre quelque chose. Il n’y a pas les mauvais d’un côté et les gentils de l’autre. On est pour quelque chose dans le sens où on peut faire mieux. Eux font les choses à l’envers à partir d’un plan business. Gagner n’est pas un projet. Il faut une base. Après, oui, il peut se passer des choses, on peut parler de victoires. On ne se demande jamais quels sont les rêves des gamins. Ils rêvent d’être professionnels ? Non, ils ont d’autres rêves ! Il n’y a pas que le fait de gagner ou de perdre qui importe. On réfléchit là-dessus. Par exemple, il est possible de créer des partenariats avec l’Education Nationale, les politiques…

Est-ce l’absence de projet qui a conduit à la perte d'un club comme le FC Gueugnon, par exemple ?
Dans le cas du FC Gueugnon, le club n’a pas bossé sur un projet social. Il faut monter, monter, et à un moment donné, ça ne suit pas financièrement, ce n’est plus possible d’assumer. La vie d’un club est toujours liée aux résultats. C’est risqué. La politique ne suit plus et le club chute. Là dedans, les politiques, les élus jouent un rôle énorme. Ils sont toujours présents lorsque l’équipe gagne alors qu’ils devraient l’être lorsqu’elle perd.

Face à Fabio Grosso lors d'un match entre le Milan et l'US Palerme le 20 mai 2005 (3-3).
Face à Fabio Grosso lors d'un match entre le Milan et l'US Palerme le 20 mai 2005 (3-3).
Aujourd’hui, un des objectifs de Tatane est d’investir collectivement dans un club en Inde. N’était-il pas possible de choisir un environnement plus proche ?
En football, l’Inde est au degré zéro. C’est une terre vierge. En Occident, le système arrive en bout de course et risque d’exploser dans de nombreux domaines. On veut montrer qu’il est possible de créer quelque chose de nouveau. Il y a beaucoup d’idées à creuser. Dans ce projet, c’est l’aspect social qui nous importe. C’est ça, le point d’ancrage. Le but n’est pas de gagner des matchs ou de former des joueurs pour qu’ils deviennent professionnels. Ce club indien sert en quelque sorte de laboratoire. Tout cela ne serait pas possible d’être entrepris en France où les priorités sont à revoir. La grande priorité est de gagner. L’équipe de France doit gagner la Coupe du Monde, l’Olympique Lyonnais doit remporter la Coupe d’Europe… Mais la gagne ne peut pas être une politique ! Si on gagne, tant mieux, mais ce n’est pas ça, le plus important ! Le football est un plaisir. En France, deux millions de personnes jouent au foot chaque week-end. Il y a aussi le foot loisir, on peut jouer entre potes…

Vous souhaitiez présenter une liste aux élections de la FFF du 18 juin dernier. Pourquoi cette liste a-t-elle été refusée ?
Il s’est passé une chose incroyable avec cette liste. Il nous fallait dix parrainages et dix licenciés. Sur cette liste, un président qui représente son club devant les instances depuis cinq ans n’avait pas de licence. Il ne le savait pas. On a fait une erreur, c’était à nous de vérifier. Les règles ont fait que les conditions n’étaient pas remplies. Mais c’est quand même incroyable que ça se passe comme ça ! Le lendemain, on s’est dit que c’était dommage, mais on a tellement de choses à faire ! C’était déjà une bonne chose d’avoir toutes ces signatures et ces parrainages.

"Je ne serai jamais président de la Fédération"

Vous ne regrettez donc pas ce contretemps ?
On regrette surtout de ne pas avoir été dans le débat. On voulait que Cyril Lequesne, qui était la tête de liste, participe au débat télévisé. Pour le reste, ce n’est pas grave. Les prochaines élections sont dans un an et demi. On se représentera en espérant améliorer certaines choses. D’ici là, Tatane aura avancé. Personnellement, je ne serai jamais président de la Fédération, mais Tatane peut être représenté.

Entre Noël Le Graët et Fernand Duchaussoy, Eric Thomas, un troisième homme, s’est présenté. Qu’avez-vous pensé de son programme ?
Je n’ai pas étudié le programme d’Eric Thomas en détail, mais je sais qu’il a mis en avant le foot amateur. Le monde amateur et le monde professionnel doivent fonctionner ensemble. Les deux sont indissociables. On ne peut pas défendre l’un sans l’autre. »

Propos recueillis par Fabrice Dufaud
Pour retrouver le manifeste Tatane sur www.tatane.frmanifeste

Vikash DHORASOO : "Tatane... pour remettre le plaisir au coeur du jeu !"
VIKASH DHORASOO
Né le 10 octobre 1973 à Harfleur (Seine-Maritime)
Activités : co-fondateur de Tatane, chroniqueur TV (100% Foot sur M6), joueur de poker, parrain de Paris Foot Gay
Parcours : Havre Caucriauville SP, Le Havre AC, Olympique Lyonnais, FC Girondins de Bordeaux, Olympique Lyonnais, AC Milan, Paris Saint-Germain, AS Livourne Calcio
Sélections : équipe de France A (18 sélections), équipe de France espoirs, équipe de France olympique, équipe de France militaire
Palmarès : champion de France (OL 2002-2003 et 2003-2004), vainqueur de la Coupe de France 2006 (Paris SG), vainqueur de la Coupe de la Ligue (OL 2000-2001, Bordeaux 2001-2002), vainqueur de la supercoupe d’italie (AC Milan, 2004-2005), vainqueur du Trophée des Champions (OL 2003-2004), finaliste de la Ligue des Champions (2004-2005, AC Milan), champion du Monde militaire (équipe de France militaire, 1995), finaliste de la Coupe du Monde 2006 (équipe de France), Etoile France Football (Le Havre AC 1997-1998, OL 2003-2004)


Samedi 25 Juin 2011

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