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Thierry ROLAND : "Je continue à prendre mon pied !"

C'est depuis un hôtel proche de Lille, avant de commenter le match du LOSC face au PSV Eindhoven en Europa League sur W9, que Thierry Rolland est revenu avec nous sur un demi siècle d'une carrière de commentateur sportif qui lui a conféré une popularité hors norme. Ses dérapages, ses prises de position, son image, ses polémiques, son départ de TF1... fidèle à sa légende, l'ancien compère de Jean-Michel Larqué ne renie rien, surtout pas sa volonté de rester au contact d'un football dans lequel il n'aura jamais cessé d'évoluer. Jusqu'au bout. Incorrigible. (par Johan Cruyff)



"Le bon Dieu s'est bien occupé de moi..."

Avec Jacques Vendroux et Michel Platini, le président du Variété Club de France parcourt la France toute l'année.
Avec Jacques Vendroux et Michel Platini, le président du Variété Club de France parcourt la France toute l'année.
Monsieur Rolland, à 73 ans, vous êtes encore sur le pont. En fait, vous n'avez jamais arrêté. Pourquoi ?
Parce que j'aime trop ça. Tant que ma santé me le permettra, et que le bon Dieu le voudra, je continuerai. J'ai été très marqué par la fin de mes amis et mes grands frères dans ce métier de journaliste, Roger Couderc et Robert Chapate. Je pense qu'ils auraient moins souffert s'ils avaient continué plus longtemps à faire ce qu'ils aimaient. Donc, moi, je n'ai pas envie d'arrêter et je continue à avoir le même rythme qu'il y a vingt ans, les hôtels, les stades, les avions ou les trains... Quand TF1 m'a congédié en considérant que j'étais trop vieux, j'ai eu la chance de rebondir sur les chaînes du Groupe M6 où je m'éclate aujourd'hui à commenter des matchs. Il n'y a plus l'équipe de France mais quand on est mordu comme je le suis, on apprécie autant commenter un match d'Europa League comme ce soir entre Lille et le PSV.

Vous avez débuté votre carrière en 1975 sur Antenne 2. 35 ans plus tard vous êtes encore là sans jamais avoir fait dévier votre trajectoire. Pourquoi n'avez-vous pas essayé autre chose dans le journalisme ?
Dans la vie, il faut avoir la sagesse de se contenter de ce qu'on sait faire. Mon truc, dès le début, c'était les commentaires de matchs, donc j'ai suivi cette voie là. J'aurais pu me consacrer à la gestion des gens à certains moments, prendre un poste de rédacteur en chef, mais j'aime trop me retrouver sur le terrain, être au contact des manifestations sportives, que ce soit les Coupes du monde, les Jeux Olympiques, les matchs de foot, de boxe ou d'athlétisme. J'ai pris mon pied là dedans et je continue de le prendre. Non, je n'ai aucun regret et j'estime que le bon Dieu s'est bien occupée de moi. Je reste fier d'avoir duré dans un métier qui ne favorise pas forcément les longues carrières.

Les sites Footengo parlent exclusivement du foot amateur. Quel contact avez-vous avec ce football là ?
Il se résume aux matchs de coupe de France que je peux commenter avec la découverte d'équipes amateurs qui parviennent à éliminer des pros. C'est toujours agréable de constater que tous les ans il y a un renouvellement permanent qui démontre la grande richesse de notre football. Le foot est une pyramide avec l'équipe de France tout en haut et une base qui a de la qualité.

C'est cette base, ce foot amateur des villes et des campagnes qui constitue aussi vos fans, ceux qui vous écoutent depuis des années et ont fait de vous un des journalistes les plus populaires du siècle. Comment vivez-vous cette notoriété ?
Me dire que je suis populaire est le plus beau compliment que vous puissiez me faire. Quand je rencontre les gens au bord des stades, je constate qu'ils m'aiment bien et ça fait évidemment plaisir. Et quand on me dit que je suis au foot l'équivalent de ce qu'était Roger Couderc au rugby, ça me touche encore davantage.

"M. Benasseur, M. Foote... si c'était à refaire, je referais de la même manière !"

Vous avez de nombreux fans mais aussi des gens qui ne vous aiment pas vous reprochant votre chauvinisme assumé, votre racisme latent...
On ne peut pas faire l'unanimité et je ne prétends certainement la faire. J'ai un caractère qui fait que lorsque j'ai quelque chose à dire, je le dis. Je considère que c'est mieux d'agir ainsi plutôt que de passer par des intermédiaires et apprendre ensuite par quelqu'un d'autre ce que vous pensez vraiment... J'ai toujours assumé ce que d'aucuns ont considéré comme des dérapages. On m'a par exemple accusé d'être raciste lorsque j'ai critiqué l'arbitre tunisien du match Angleterre-Argentine pendant la Coupe du monde 1986 avec la fameuse main de Maradona. Et en France, la Coupe du monde s'est arrêtée là... pour savoir si j'étais ou non raciste alors que la nationalité de l'arbitre avait moins à voir que sa compétence. Il aurait été Américain, Russe ou Mexicain, je me serais quand même interrogé sur son manque d'expérience. Manque de chance pour mes détracteurs, tout ça s'est retourné contre eux quand ils ont appris que la nourrisse de mon fils, qui avait deux ans à l'époque, était une Tunisienne ! Mais quand même, certains enfoîrés sont venus roder autour de chez moi pour savoir si c'était vrai. Des mecs qui ont la même carte de presse que moi...

Chauvin par contre, vous ne vous êtes jamais caché de l'être ?
Dans tous les pays du monde, tous les commentateurs des équipes nationales le sont. Je ne fais pas exception à la règle.

N'avez-vous quand même pas l'impression que vous êtes parfois allé trop loin ?
Franchement, non. Si vous voulez parler des deux arbitres qui ont fait ma réputation, M. Benasseur et M. Foote, pour ce Bulgarie-France de 1977... si c'était à refaire, je le referais de la même manière.

En 2011, le VCF a fêté ses 40 ans...
En 2011, le VCF a fêté ses 40 ans...
Traiter un arbitre de salaud, c'était du jamais vu et cela ne s'est jamais plus entendu depuis à la télé !
A ce moment là, les plombs ont sauté. Je traite M. Foote de salaud et devant son poste de télé mon directeur s'est trouvé mal ! Il a de suite cherché à me joindre mais à une époque où il n'y avait pas de téléphones portables, il n'y est pas parvenu. Les Bleus savaient ce que j'avais dit et les réactions que cela avait suscité en France. Michel Hidalgo est même venu me voir. Il m'a dit : "Sache Thierry que si tu as le moindre problème, toute l'équipe de France est derrière toi." Je ne me rendais pas trop compte de l'ampleur du truc. Lorsque je suis arrivé à mon bureau le lundi matin, des milliers et des milliers de lettres m'attendaient dans deux énormes sacs postaux. Le mardi il y en avait quatre, le mercredi six, le jeudi huit ! J'en ai reçu environ un million. Du jamais vu à la télé. Surtout que je n'avais rien demandé, c'était spontané. Et dans 99,99% des cas, on me soutenait. Du coup, le carton rouge que j'aurais peut-être pris de la part de mon directeur, s'est transformé en timide carton jaune. Les plus jeunes ne l'ont pas vécu mais M. Foote avait quand même fait fort en accordant un penalty imaginaire à la Bulgarie à quelques minutes de la fin juste après en avoir refusé un d'évident à la France.

Vous avez démarré le métier lorsque le football n'était pas encore aussi médiatisé et que les rapports journalistes-footballeurs étaient cordiaux et naturels. Ne regrettez-vous pas cette époque ?
Il est évident que je n'ai plus les mêmes contacts avec les joueurs mais c'est aussi en raison de l'écart d'âge qui n'a cessé de grandir. Je ne suis plus tout le temps avec eux, les joueurs ne viennent plus me chercher à la gare comme cela m'arrivait dans les années 70, ce ne sont plus des potes. Mais ça se passe encore très bien. Il y a quelques années, je me souviens d'avoir été gêné, et même énervé, que les joueurs m'appellent Monsieur quand ils me croisaient. J'avais beau leur dire de m'appeler Thierry, ils me répondaient que ça leur faisait drôle de me tutoyer alors qu'ils avaient passé leur enfance à m'écouter à la télé (rires). Cela a donc mis du temps avec les nouvelles générations mais aujourd'hui tout va bien.

Le comportement de beaucoup de joueurs pros, qu'on accuse d'individualisme, est critiqué. Comment ressentez-vous tout ça ?
J'étais en Afrique du Sud cet été et quand j'ai vu qu'ils faisaient grève, j'étais abasourdi. Non, ils n'ont pas fait ça ! Je savais qu'ils n'allaient pas être bons sur le terrain mais qu'ils allaient faire grève, là ils ont décroché le pompon. En même temps, il ne faut pas les accabler non plus, ils ne sont pas les seuls fautifs. Dans cette histoire, du sélectionneur au président de la FFF, ils sont tous coupables.

Quelles mesures prendriez-vous pour améliorer le fonctionnement de la FFF ?
Il faut tout remettre d'aplomb et permettre à toutes les bonnes volontés, surtout si elles viennent du milieu professionnel, de s'investir et d'avoir des responsabilités dans les plus hautes instances de notre football. M. Escalettes est un brave homme mais il était trop vieux et trop en décalage avec ce milieu pour gérer comme il le fallait. Et je ne suis pas loin de penser que son successeur, M. Duchaussoy est de la même trempe... Heureusement, en attendant, Laurent Blanc a fait beaucoup de bien. C'est un type formidable et une chance pour le football français. Parce que depuis le temps, je commence à comprendre comment ça se passe. Quand l'équipe de France, qui est la vitrine, se porte bien, tout va bien, jusqu'en bas de la pyramide. Et avec Blanc, les Bleus ont quand même plus de chance d'aller bien qu'avec Domenech.

"Séville, ma plus belle émotion !"

Vous avez commenté sept Coupe du Monde et plus de 1500 matchs toutes compétitions confondues... jusqu'à cette finale de 1998 que vous avez vécu comme une apothéose. Est-ce vraiment votre meilleur souvenir ?
Vivre cette Coupe du monde fut vraiment quelque chose d'extraordinaire pour des gens de notre génération qui ont longtemps souffert de voir leur équipe nationale incapable de gagner de grandes compétitions. Mais au niveau de l'intensité émotionnelle, Séville 1982 a été plus fort car il y eu une terrible injustice, les Bleus méritaient de gagner et le scénario a été extraordinaire. C'était la première fois dans l'histoire de la Coupe du monde qu'une place en finale se jouait aux tirs au but. Je regrette beaucoup que cette génération, celle de Platini, ne soit jamais arrivée en finale. Ils avaient les moyens de gagner aussi... Pour le reste, je pense que l'Euro 2000 a aussi été supérieur à la Coupe du Monde 1998 car il est toujours plus difficile de confirmer, surtout lors d'un championnat d'Europe où le niveau est tout de suite plus relevé.

En club, votre popularité doit beaucoup à l'épopée des Verts !
Evidemment, à l'époque d'Antenne 2 lorsque je faisais équipe avec le regretté Bernard Père. Cette épopée m'a laissé à jamais un coeur vert. Aujourd'hui encore, on attend tous que ça redémarre et que la fièvre verte reprenne. Pourquoi pas, un jour !

...en étant reçu par le pape à Rome (Thierry Rolland ici aux côtés de Marius Trésor).
...en étant reçu par le pape à Rome (Thierry Rolland ici aux côtés de Marius Trésor).
Vous retrouver aujourd'hui sur M6, à 73 ans, après avoir été débarqué sans ménagement de TF1, est-ce une revanche ?
J'ai beaucoup de défauts mais pas celui d'être rancunier. Je suis juste content de leur montrer que je n'étais pas complètement carbonisé ! Car si les meilleures audiences de M6 et de W9 sont des matchs que j'ai pu commenter, je pense que j'y suis un peu pour quelque chose quand même.

Vous avez connu trois chaînes, Antenne 2, TF1 et M6, jamais Canal+, la chaîne du football. Pourquoi ?
Je pense pouvoir dire que lorsque Biétry a été nommé patron des sports sur Canal Plus en 1984, je fus un des premiers à qui il a demandé de le rejoindre. Et là, c'est moi, Thierrry, qui me suis dégonflé. Il voulait que je vienne mais j'ai eu peur. Je vous disais tout à l'heure que je suis un homme de terrain et je n'imaginais pas aller sur le terrain à Canal. J'étais évidemment loin d'imaginer à ce moment là que Canal allait connaître un tel succès. Il faut se replacer dans le contexte. Par la suite, j'ai failli rejoindre la chaîne cryptée à trois reprises mais pour diverses raisons, ça ne s'est jamais fait. Il est évident que Canal a beaucoup apporté au football, dont elle est devenue la vache à lait, et à la retransmission des matchs à la télé. Dans les années 70, s'il y avait six caméras pour un match, c'était le bout du monde. Il y en a trente aujourd'hui. On doit ça à Canal qui a donné un coup de neuf et de jeune. Je suis ici à Lille avec François Lanot, un des meilleurs réalisateurs, qui revient du Qatar où il a participé à la retransmission d'un match avec 51 caméras. C'est un record. Vous imaginez, il avait devant lui 51 boutons qu'il lui fallait choisir !

"J'étais le joueur utile qui devait récupérer le ballon pour le donner à ceux qui avaient du talent..."

Voilà qui promet pour la Coupe du monde en 2022 ?
Franchement, cette Coupe du monde au Qatar me choque moins que celle du handball par exemple et pour une seule raison qui tient à l'universalité du football. Le handball là-bas, ça a moins de sens que le football qui y est beaucoup suivi comme partout dans le monde. En plus, l'un des concurrents pour accueillir la Coupe du monde de hand était la France avec certainement la meilleure équipe de tous les temps. On va encore dire que je suis chauvin (rires) !

Vous êtes aussi président (à vie !) du Variété Club de France qui parcourt la France toute l'année ?
C'est ma façon à moi d'être au contact du foot amateur.

N'avez-vous jamais été tenté de vous investir dans un club, à l'image de beaucoup de vos collègues qui deviennent président de l'OM, du PSG... ?
Etre président d'un club pro aujourd'hui est devenu un véritable métier. Et ce n'est pas le mien, tout simplement. Je n'ai jamais eu envie de lâcher mon job et les expériences parfois désastreuses de certains collègues ne m'ont pas encouragé à me lancer.

En quoi votre rôle de président du VCF est-il comparable à celui des milliers de dirigeants de petits clubs ?
Déjà, je suis bénévole et je sais tout ce que nécessite l'organisation de tous les matchs. Heureusement, le camarade Vendroux est un manager général très actif et efficace. Le Variété lui prend une ou deux heures par jour mais je sais que s'il n'avait pas ça il serait malheureux alors je lui laisse (rires) ! Nous devons être l'équipe française qui dispute le plus de matchs dans une saison entre 60 et 80 selon les années.

On n'imagine pas Thierry Rolland ailleurs que derrière un poste de commentateur.
On n'imagine pas Thierry Rolland ailleurs que derrière un poste de commentateur.
Il fut un temps où vous disputiez la coupe de France, pourquoi ne le faites-vous plus ?
Parce qu'on vieillit tous et qu'il était devenu difficile, voire dangereux, de se mesurer à des joueurs en pleine force de l'âge. Au départ, on bénéficiait d'une dérogation accordée par Fernand Sastre qui, soit dit en passant, aura été le plus grand président de la FFF depuis l'après guerre. Nous avions réussi à atteindre une saison les 64èmes de finale en perdant face à Fécamp, une bonne équipe de CFA, aux tirs au but. Il y avait Giresse, Platini, Fernandez, Lacombe... ça jouait.

Avec l'âge, comment assurez-vous le renouvellement des cadres ?
Lors des matchs de gala importants, on fait appel à France 98.

Que doivent faire les clubs ou les associations pour accueillir le Variété ?
Déjà un premier point, ça coûte beaucoup moins cher que les rumeurs que je peux entendre à droite à gauche. Il faut juste envoyer un mot à Vendroux à France Inter, ou à moi par l'intermédiaire de vos sites, et se caler une date. C'est quand même une grosse organisation pour faire venir des joueurs d'un peu partout. Même s'ils viennent bénévolement, le déplacement est pris en charge par le club qui nous reçoit.

Avez-vous joué au football Thierry Rolland ?
Bien sûr, au Racing Club Paris. Ma finale de la Coupe du monde à moi fut un quart de finale de coupe Gambardella que nous avons perdu à Rouen face à Sedan 0-1. Je me souviens avoir pleuré toutes les larmes de mon corps à la fin du match parce que nous avions dominé et tiré trois ou quatre fois sur les poteaux. Ce fut mon sommet footballistique (rires) !

A quel poste jouiez-vous ?
J'étais inter, on dirait milieu offensif aujourd'hui. J'étais le joueur utile qui devait récupérer le ballon pour le donner à ceux qui avaient du talent.

propos recueillis par J.C.

Thierry ROLAND : "Je continue à prendre mon pied !"
THIERRY ROLLAND
Né le 4 août 1937 à Boulogne Billancourt
Parcours
Joueur : Racing Club Paris
Palmarès : quart de finaliste de la coupe Gambardella.
Dirigeant : Variété Club de France, président (depuis 1975).
Journaliste : Antenne 2 (1975-84), TF1 (1984-2005), M6 (depuis 2005).
Palmarès : 7 Coupes du Monde, 7 Euros, 1500 matchs commentés (série en cours), toutes compétitions confondues.
Pour consulter le site du Variété Club de France


Thierry ROLAND : "Je continue à prendre mon pied !"


Samedi 19 Février 2011

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