Foot33.fr - le magazine officiel du football amateur en Gironde
Bandeau resultats

Robert PIRES : "A 15 ans, j'ai tout misé sur le foot..."

Mine de rien, parce qu'il n'a jamais été homme à trop se mettre en avant, Robert Pires possède l'un des plus beaux palmarès de l'histoire du football français. Pour le gentil Robert qui débuta le football à la Ste-Anne de Reims dans les années 80, rien n'était pourtant écrit. Pour le tendre Pires qui se faisait remonter les bretelles par Aimé Jacquet dans les vestiaires du Stade de France en pleine Coupe du monde, c'est une belle revanche, la concrétisation d'un rêve qui lui a fait tout sacrifier au football. A l'aube d'une carrière qu'il ne se résout pas à terminer, depuis Londres où il a posé ses valises, le nouveau consultant d'Europe 1 revisite pour nous ce cheminement linéaire qui l'a placé sur orbite. (par Jean-Louis Bouffartigues)



A Villareal, Robert Pires s'est régalé au coeur d'un football offensif et d'une Liga spectaculaire.
A Villareal, Robert Pires s'est régalé au coeur d'un football offensif et d'une Liga spectaculaire.
Robert, dans un passé pas si éloigné, vous aviez initié sur Toulouse un journal, un hebdo qui n'existe plus, entièrement consacré au football amateur. Est-ce à dire que vous êtes sensible au sort du foot de la base ?
Je suis sensible au foot amateur, oui. Depuis mes 17 ans, j'ai basculé dans le foot pro mais je suis toujours resté connecté au foot amateur. Cette initiative dans le sud-ouest au début des années 2000 en était la preuve. Malheureusement, je me suis fait planter par une personne qui était sensée s'en occuper. Mais l'idée était de mettre en valeur tout ce qui se faisait de bien chez les amateurs. Je n'ai jamais oublié d'où je venais.

Et d'où venez-vous ?
D'un club de quartier de Reims, l'EF Reims Ste Anne Châtillons, où j'ai pris ma première licence à l'âge de huit ans. Et comme tous les enfants à ce moment là, on jouait sur le terrain rouge, un stabilisé comme il y en a de moins en moins désormais. Et c'est tant mieux (rires) ! Cette passion pour le foot me venait de mon père qui jouait aussi et qui était mon idole. Tout est parti de là... et j'ai été particulièrement ému le jour où le club a donné mon nom à son stade. Si on m'avait dit ça...

A partir de quand avez-vous senti qu'une carrière professionnelle était dans vos cordes ?
J'ai toujours eu ce rêve en moi. Chaque fois qu'on me demandait ce que je voulais faire, je disais : footballeur ! J'ai arrêté l'école en troisième alors que j'étais en sport-études parce que je ne pensais qu'à à, j'étais obnubilé par le foot.

Arrêter avant le lycée, c'est tôt, on imagine que vos parents ont adhéré au projet !
Mes parents étaient forcément inquiets mais ils m'ont toujours soutenu dans ma démarche. C'était une grosse prise de risque mais qu'il fallait que je tente pour ne pas avoir de regrets.

N'avez-vous jamais douté de parvenir à vos fins ?
Si, bien sûr, notamment dans les années délicates pour un ado, entre 15 et 17 ans. A ce moment là, il y a toujours un virage à prendre... que j'ai bien pris contrairement à beaucoup de mes potes qui ont préféré se tourner vers les filles et les sorties. J'ai bien négocié cette période aussi parce que mes parents étaient derrière moi et me soutenaient, voulaient que je réalise mes rêves. Je ne les remercierai jamais assez ! Souvent, on me demande pourquoi j'ai réussi et pas d'autres qui étaient au même niveau que moi à certains moments. Il n'y a pas de secrets : il ne faut pas avoir peur de prendre des risques tout en mettant tous les atouts de son côté pour y parvenir. Les gens nous voient tout en haut de l'affiche, gagner beaucoup d'argent et s'imaginent que tout a toujours été facile pour nous. Mais c'est faux. Prendre la décision d'arrêter l'école à 15 ans, faire ce choix, n'est jamais simple. J'ai tout misé sur le foot.

"A Reims, Ste-Anne est mon club de coeur parce que c'est là que tout a commencé. S'ils ont besoin de moi, ils savent où me trouver !"

Ne l'avez-vous jamais regretté ? On aurait pensé que vous auriez pu aller au moins jusqu'au bac, c'est largement faisable, non ?
Quand j'analyse ma carrière, je me dis que j'ai quand même vécu pas mal de choses, découvert trois pays, trois cultures, appris trois langues... Je ne sais pas si le fait d'avoir eu le bac m'aurait aidé davantage ou facilité les choses. De toute façon, vu l'état d'esprit dans lequel j'étais le bac, je ne l'aurais eu. J'ai pris la voie du sport avec le soutien de mes parents qui m'ont poussé pour que je réussisse.

Et si un de vos enfants souhaite dans quelques années prendre le même chemin que vous, quelle attitude aurez-vous ?
Je ne me vois pas empêcher mes enfants de réaliser leurs rêves. Même si tout a évolué dans le football et si on peut considérer qu'il est devenu plus difficile de percer. Les mentalités aussi sont différentes pour des jeunes qui sont habitués à tout avoir plus facilement.

De Reims à Aston Villa, quels sont les hommes qui ont compté pour vous ?
A Reims, Robert Sarre, qui est décédé depuis, m'a incité à aller à Metz. Il était au contact des clubs amateurs et travaillait avec les petits clubs à la recherche de la perle rare. Plus qu'un recruteur, je n'aime pas trop le terme pour les jeunes, c'était un observateur. A Ste-Anne, je ne veux pas oublier Bernard Roussel, mon premier coach. A Metz, je citerais Philippe Hinschberger, Joël Muller et Carlo Molinari, à l'OM Rolland Courbis qui a fait des pieds et des mains pour m'avoir, ou Robert Louis Dreyfus avec qui je m'entendais bien. A Arsenal, évidemment Arsène Wenger et à Villareal, Manuel Pellegrini, un vrai bon coach, compétent, qui connaît parfaitement son métier. Sur la fin Gérard Houllier m'a permis de revenir en Angleterre, à Aston Villa, même si cette dernière expérience ne fut pas concluante. Et puis comment ne pas citer Aimé Jacquet !

Et son fameux : "Robert, il faut que tu muscles ton jeu !" qui vous a longtemps suivi !
Et qui me suit encore (rires). Au début, c'était un peu lourd mais depuis je m'y suis fait. Il avait raison Aimé parce que j'étais vraiment tendre à cette époque. Heureusement, je suis passé par Marseille, et pour le coup je me suis endurci. Là-bas, avec la pression que vous mettent les supporters, vous n'avez pas vraiment le choix. Soit vous assumez, soit vous explosez. Sans l'OM, je n'aurais pas aussi bien réussi à Arsenal. Pour quelqu'un qui veut réussir à l'étranger, un passage par un des gros clubs français est indispensable. Et comme des gros clubs en France il n'y en a pas 36, j'avais le choix à l'époque entre le PSG ou l'OM. Ensuite, lorsque vous arrivez à l'étranger, où personne ne vous connaît, l'important est de montrer rapidement que vous êtes bon. A Arsenal, j'ai eu la chance d'avoir Arsène, qui m'a fait confiance, et de tomber à un moment de l'histoire du club particulier (NDRL : lors de la saison 2003-04, Arsenal n'a perdu aucun match de Premier League et porté le record d'invincibilité à 49 matchs d'affilée). J'ai la fierté d'avoir marqué le club.

Tout sacrifier au football dès son plus jeune âge... un exemple à nepas forcément suivre !
Tout sacrifier au football dès son plus jeune âge... un exemple à nepas forcément suivre !
Est-ce en raison de vos origines espagnoles que vous avez ensuite opté pour la Liga ?
Oui, ça me tenait à coeur autant en raison des origines de ma mère -j'ai aussi de la famille qui habite encore en Espagne- que du style de jeu qui se pratique dans la Liga. A ce niveau, même si je n'ai rien gagné avec Villareal, je me suis autant régalé qu'à Arsenal où on a presque tout gagné en six ans. A Villareal, j'ai signé deux ans et je suis resté quatre ans.

Est-ce encore le plaisir du jeu qui vous pousse à essayer de poursuivre votre carrière à 37 ans passés ?
J'ai été content de revenir en Angleterre, à Aston Villa, la saison dernière, mais je ne me satisfait pas de ce que j'y ai fait. Je ne veux pas finir sur ça. Je veux finir sur une bonne note et j'espère encore trouver un club qui me donnera cette opportunité.

Pourquoi ne pas revenir en France ?
Parce que les gens en France ont peur de mon âge et croient que je suis cher. Pour ce qui est de mon âge, ils ont le droit de penser ce qu'ils veulent mais pour le côté financier, qu'ils sachent que je ne cours plus après l'argent. J'aimerais découvrir un autre contexte qui me permette de retrouver des sensations. Des clubs du Qatar et de Russie m'ont appelé mais ils me demandent d'être patients. Je le suis, je n'ai pas le choix, mais à un moment donné il faudra bien prendre une décision. Arrêter ne me posera pas de problèmes particuliers, car j'y suis préparé et j'ai déjà pas mal d'activité notamment dans les médias (Europe 1 et TF1), mais je veux exploiter toutes les pistes possibles. Après, ce sera trop tard...

Certains reviennent dans leur club de jeunesse, leur club formateur, pour renvoyer l'ascenseur...
J'ai été en contact avec Metz, Sylvain Wiltord qui y a joué m'avait appelé, mais le fait qu'ils jouent en Ligue 2 est rédhibitoire pour moi. La L2, c'est un piège duquel il est difficile de sortir. J'ai encore envie d'essayer de jouer au plus haut niveau. Je suis avec attention le parcours du Stade de Reims qui joue les premiers rôles en Ligue 2, avec un bon coach (NDLR : Hubert Fournier) et le président Cailleux que je connais aussi. Pourquoi pas y revenir s'ils montent en L1 ? Si je trouve un challenge avant la fin de l'année, je me donne encore une saison et demi avant de raccrocher.

Et quid de St-Anne à Reims quia donné votre nom à son stade ?
Plus que tous mes autres, St-Anne est mon club de coeur parce que c'est là que tout a commencé. S'ils ont besoin de moi, ils savent où me trouver !

Où envisagez-vous de vivre une fois les crampons raccrochés ?
Pour le moment, nous sommes à Londres, où je fais pas mal d'aller-retours avec Paris pour mes activités de consultant. On aimerait y rester et, plutôt que d'être entraîneur, un métier qui ne correspond pas, je pense, à mon tempérament, je me verrais davantage comme adjoint ou observateur, recruteur pour un club. Mais pour l'heure, je prends plaisir à commenter des matchs à la radio. Je dois forcer ma nature, m'enlever cette image de "Robert le gentil" pour être plus pertinent et parfois critique dans mes commentaires. Même si je ne tomberai jamais gratuitement sur un joueur, mais quand il y a des choses négatives à dire, je suis prêt à les dire, tout en expliquant pourquoi. Je n'ai pas hésité à l'ouvrir lorsque j'ai senti, en équipe de France, que la situation n'allait pas avec Domenech.

Ne sera-t-il pas plus facile de l'ouvrir une fois que vous serez passé de l'autre côté, comme le font les anciens pros à longueur de talk show ?
Je n'aurai jamais la même vision des choses que les supporters et les journalistes. Je sais trop le mal que peut faire une critique non justifiée sur un joueur. Je suis passé par là.

propos recueillis par J-L. B.

Robert PIRES : "A 15 ans, j'ai tout misé sur le foot..."
ROBERT PIRES
Né le 29 octobre 1973 à Reims
1,80 - 75 kg
Poste : milieu de terrain
Parcours : Ste-Anne Reims, Reims (1989-92), Metz (1992-98), Marseille (1998-2000), Arsenal (2000-2006), Villareal (2006-2010), Aston Villa (2010-2011)
Palmarès : champion du monde 1998, champion d'Europe 2000, champion d'Angleterre 2002 et 2004, vainqueur de la coupe d'Angleterre en 2003 et 2005, de la coupe de la Ligue 1996.
79 sélections, 14 buts.
Consultant pour Europe 1 depuis 2011


Samedi 22 Octobre 2011

Dans la même rubrique :

`Parrains

Ligue d'Aquitaine
concours de pronosticsTwikiz est le spécialiste : paris sportif,