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Michel ZAMORA : "La culture du Barça, c'est avant tout l'humilité !"

Depuis quatre ans, si les yeux et les oreilles du Barça dans toute la France appartiennent à Michel Zamora ce n'est pas tout à fait un hasard. Fils de réfugié politique catalan, cet ancien défenseur qui fit ses armes au TFC puis à Cahors s'identifie en effet complètement à une culture footballistique qui a toujours mis la technique et une certaine vision du football, donc de la vie, au dessus de tout. Pour toutes ces raisons, et d'autres encore, être l'observateur officiel des Blaugrana sur le territoire français représente pour lui un rêve. Une passion qu'il parvient d'autant plus facilement à nous faire partager qu'il prêche à des convaincus ! (par Jean-Louis Bouffartigues)



Il y a un avant...

Michel Zamora a fait découvrir l'envers du décors catalan à Yannick Stopyra, le responsable du pôle espoir de Castelmaurou.
Michel Zamora a fait découvrir l'envers du décors catalan à Yannick Stopyra, le responsable du pôle espoir de Castelmaurou.
Avant d'évoquer votre rôle à Barcelone, évoquons un peu le passé, votre passé. Quel joueur étiez-vous ?
Un défenseur latéral droit qui pouvait aussi jouer dans l'axe. C'est d'ailleurs en défense centrale que j'ai été sélectionné des cadets du Midi dans une génération qui comptait aussi Alain Merchadier, Gérard Lancien ou Christian Gonzalez, le gardien, avec André Riou comme CTR. Je jouais alors au TFC depuis minimes et j'allais y rester jusqu'en senior, en équipe réserve, que nous avions fait monter en DH. J'ai comme bon souvenir un huitième de finale de Gambardella que nous avions perdu face à St-Etienne où il y avait Santini, Lopez, Bathenay... Je suis resté au TFC jusqu'à la saison 1972-73 avant de partir sur Cahors où j'ai terminé ma carrière en PH. Je suis revenu sur Toulouse en 1989 pour créer ma société Sportmatic.

Que vous arrêtez pour rejoindre le Barça ?
Non, pas exactement. Entre temps, en 2003, j'ai créé une autre société, Mercato Sport, en me rapprochant de la Ligue et tout en étant en contact avec Jean-Luc Sassus, agent de joueur, que j'assistais parfois. J'amenais par exemple des jeunes camerounais que Jean-Michel Bénézet connaissait jusqu'en Chine pour les aider à trouver un club. Ainsi, petit à petit, j'ai intégré un milieu que je ne connaissais pas, celui des recruteurs et des observateurs. Mais à ce moment là, sans aucune idée derrière là tête. Habitant à Castelmaurou, j'étais souvent à la Ligue et je faisais l'intermédiaire entre les instances et certains clubs ou joueurs. Jusqu'au jour où l'équipe de France des moins de 17 ans, avec Anelka, Henry, Landreau..., est venue disputer un match international face au Danemark à Castanet. Jouant avec les vétérans de Castanet et étant proche de la Ligue, j'ai fait le lien pendant tout le séjour, m'occupant notamment de l'hôtel de l'équipe de France.

"J'ai signé un contrat d'un an que je renouvelle toutes les saisons depuis quatre ans..."

Où est le lien avec le Barça ?
J'y viens ! Quelques jours avant le match, des émissaires de Barcelone ont appelé à la Ligue car ils souhaitaient assister à la rencontre. Christophe Geniez, le directeur administratif, ne comprenant pas trop bien le Catalan, j'ai pris la communication. C'était Carlos Reixach qui voulait des renseignements. Finalement, je me suis retrouvé à aller les chercher à leur hôtel à Blagnac pour les amener à Castanet. Ils ont alors vu que j'étais bien introduit dans le milieu et m'ont laissé leur carte en me disant de les appeler si je voyais de bons petits joueurs dans le coin. Mais sans plus... Pendant deux ans, je n'ai plus eu aucun contact avec eux. Ne sachant trop si leur proposition relevait vraiment d'une volonté de leur part ou s'il ne s'agissait que d'une formule de politesse pour me remercier de les avoir aidé, je n'ai pas pris leurs paroles au pied de la lettre.

Comment avez-vous repris contact ?
Je les avais appelé car nous voulions aller voir la finale de la Ligue des Champions Manchester-Barcelone. C'est là, qu'ils m'ont dit qu'ils attendaient toujours de mes nouvelles ! Ils me reprochaient de ne pas les avoir informés. J'ai alors compris que c'était du sérieux. Serra Ferrer, qui allait prendre l'équipe une peu après, était le responsable de la cellule de recrutement pour les jeunes. Au TFC, Giresse était entraîneur et j'avais essayé de les mettre en relation pour créer une passerelle entre les deux clubs. Ils étaient intéressés. Malheureusement, ça ne s'est jamais fait car le TFC a déposé son bilan. Mais cela m'avait permis d'avoir une première approche auprès d'eux et de les appeler quand je voyais de bons joueurs. Jusqu'au jour où ils m'ont dit : "Plutôt que de venir à chaque fois, est-ce que ça t'intéresserait de travailler pour nous ?"

On connaît la réponse !
Le temps de régler certaines affaires, j'ai attaqué la saison d'après. J'ai signé un contrat d'un an que je renouvelle toutes les saisons depuis quatre ans... et que j'espère renouveler cette saison encore même s'il y a eu pas mal de changements à la tête du club cet été, un nouveau président notamment, Sandro Rosell, et le départ d'Alexanco et de Beguiristain.

...et un après Barça !

Xavi, Messi et Iniesta, les symboles d'une philosophie de jeu et de vie... qui gagne !
Xavi, Messi et Iniesta, les symboles d'une philosophie de jeu et de vie... qui gagne !
Ont-ils beaucoup d'exigences vis à vis des informations que vous leur remontez ?
Non, pas beaucoup. Je dois d'abord voir tous les matchs internationaux qui se disputent sur le territoire français toutes catégories confondues. Je sers aussi de relais pour les faire accéder plus facilement à tous les pôles espoirs notamment Clairefontaine et évidemment Castelmaurou, à toutes les coupes nationales. Ensuite, je fais mon propre calendrier, un programme pour les semaines qui viennent que je leur envoie pour qu'ils le valident. Je vais voir des matchs de Ligue 2, de National, des U19 jusqu'aux U14 nationaux... Parfois, parce qu'ils ont été contactés par un agent, ils me demandent d'aller voir tel ou tel joueur.

Est-ce une activité à plein temps aujourd'hui ?
Oui, bien sûr car en plus des déplacements, il y a aussi les rapports à taper. L'an dernier, j'étais à la CAN des moins de 17 ans en Algérie. Ils sont en train de s'ouvrir à l'étranger car jusqu'à présent ils n'avaient pas le droit de recruter des jeunes étrangers. La législation vient de tomber en Espagne donc ils vont aussi se positionner notamment en Afrique.

"Le niveau des jeunes à Barcelone est tellement élevé qu'il est difficile de trouver mieux"

N'est-il pas plus difficile de recruter pour Barcelone que pour le TFC ou Rennes ?
C'est aussi plus difficile parce qu'il s'agit d'un club étranger et qu'on ne peut pas prendre les gamins avant 16 ans. Et même à cet âge, il faut faire déménager la famille. Pour ça, il faut vraiment que ce soit un joueur exceptionnel. Ça arrive une fois tous les quatre ou cinq ans. Il y a eu Messi, et plus récemment un jeune israélien et un jeune allemand de Leverkusen.

En tant que représentant du Barça en France, n'êtes-vous pas trop sollicité par les agents notamment ?
Je ne vais pas vers eux. De toute façon, lorsqu'on se retrouve tous lors des matchs internationaux où on trouve le fleuron de chaque catégorie, si on repère un ou deux joueurs susceptibles de nous intéresser, c'est le bout du monde. Donc les possibilités ne sont pas nombreuses et jusqu'à présent, depuis quatre ans, aucun jeune joueur français n'a signé là-bas. Je fréquente beaucoup Jérôme Fougeron sur les stades, le recruteur du TFC pour les jeunes, ainsi que Sébastien Alé, son homologue d'Auxerre. On a d'autant plus de bons rapports qu'on sait tous les trois que nous ne sommes pas concurrents et que si un jour le Barça veut un joueur, il sera capable de mettre plus de moyens que n'importe quel autre club européen. Avec le TFC, j'espère même devenir un jour partenaire...

Y a-t-il beaucoup de jeunes joueurs de la région ou de France qui vous intéressent ?
Le niveau des jeunes à Barcelone est tellement élevé qu'il est difficile de trouver mieux. L'an dernier, deux responsables du recrutement du club sont venus voir un match des U14 Elite du TFC. De suite, ils ont flashé sur deux joueurs qui correspondaient à ce qu'on recherche. Et bien le TFC n'en a gardé qu'un, l'autre est parti à Montpellier. Tout cela pour dire que personne ne détient la vérité, chacun met ses priorités où il veut. Et c'est tant mieux car ainsi il y a de la place pour tous les profils. Je leur avais aussi fait un rapport sur Tabanou la première fois que je l'avais vu jouer avec le TFC. Lorsqu'ils sont revenus le voir pour un match face à Lille, ils regrettaient que je n'ai pas insisté davantage !

Une méthode, une culture, Mes que un club !

Depuis Cruyff jusqu'à Messi, on a tellement à apprendre de la philosophie du club catalan...
Depuis Cruyff jusqu'à Messi, on a tellement à apprendre de la philosophie du club catalan...
Vous êtes enthousiaste quand vous évoquez votre fonction. On sent que vous vous régalez beaucoup on se trompe !
Plus que ça ! Du Barça, je pourrais vous en parler des heures. Comme ils disent, c'est plus qu'un club, c'est une culture qui parle particulièrement au fils de réfugié politique catalan que je suis. Pendant quarante ans, il n'y avait qu'au Nou Camp qu'ils pouvaient parler catalan. Il faut y aller pour ressentir ce que ça représente pour les gens là-bas. Dernièrement, j'y ai amené Yannick Stopyra. Il a été impressionné par tout ce qu'il a vu et par ce qu'il a pu ressentir aussi de l'endroit. J'ai donc toujours été un supporter du Barça et me retrouver aujourd'hui en train de les représenter en France en alliant mon métier et ma passion, c'est génial.

Vous adhérez à 100% à la philosophie Barça ?
Elle me suit partout... et je vais en surprendre plus d'uns en disant que si j'avais une valeur à mettre en avant, ce serait l'humilité ! Le nouveau président n'a pas parlé d'autre chose lors de son intronisation en demandant à tous ceux qui gravitaient autour du club, joueurs, dirigeants, éducateurs... de bannir toute forme d'arrogance dans leur comportement. Et là encore, il faut aller sur place pour s'apercevoir que c'est une réalité. Quand vous allez voir des entraînements de jeunes, ils s'arrêtent pour vous expliquer ce qu'ils font. A mon niveau, j'aime donner cette image aussi. En plus, tout le monde aime le Barça et le jeu qu'il développe. Lorsque je fais une demande officielle pour assister à un match, les gens viennent spontanément vers moi. Cette saison, avec deux autres émissaires du club, nous sommes allés à Luzenac voir un match pour superviser Cacéres. De suite, France 3 m'a interviewé. En Algérie, pour la CAN des 17 ans, le soir même de mon arrivée, j'étais consultant sur Canal Plus (rires) ! Vraiment, cet engouement me donne encore plus envie de faire partager ma ferveur.

"Leur soucis n'est pas d'avoir des joueurs qui courent vite ou qui sautent haut mais d'avoir des joueurs capables de faire vite circuler le ballon, avec une grande vivacité de geste."

Après les victoires du club et le succès de la Roja, le phénomène n'est pas prêt de s'atténuer !
Les résultats valident les choix mais au départ il n'était pas évident de parier sur la technique et l'intelligence du jeu face au physique. Le Barça n'a pas attendu de voir la Roja priver l'Allemagne de ballon pendant 90 minutes en demi-finale de la Coupe du Monde pour avoir cette culture. Si vous allez voir un entraînement de jeunes à Barcelone, vous n'allez rien trouver d'extraordinaire dans les 3 contre 3 ou 4 contre 4 qu'ils font tout le temps. Vous allez dire, si vous êtes éducateur : "En France, je fais la même chose !". La différence c'est qu'à Barcelone ils font ça tous les jours pendant au moins une heure. Des jeux réduits avec des appuis sur les côtés et le passage constant de la position offensive à la position défensive dès la perte du ballon. Et quand ces jeunes arrivent au plus haut niveau, c'est devenu systématique. Iniesta et Xavi ont travaillé ça pendant douze ans avant d'être pro.

C'est ça leur secret ?
Leur secret c'est leur stabilité. Ils jouent en 4-3-3 depuis des années, même avant l'arrivée de Johan Cruyff. Le jour où un entraîneur voudra changer ça, un mois après il est viré ! De temps en temps, j'envoie des jeunes de la région en stage, à l'essai. Ils sont toujours surpris. En France, dans les clubs pros, on leur fait de suite faire des tests physiques, de vitesse, de détente... Ils ne le font jamais. Leur soucis n'est pas d'avoir des joueurs qui courent vite ou qui sautent haut mais d'avoir des joueurs capables de faire vite circuler le ballon, avec une grande vivacité de geste.

Et c'est donc à partir de ces critères là que vous regardez nos jeunes français ?
Oui, j'essaie de repérer celui qui voit le jeu avant les autres, celui qui a une vivacité gestuelle supérieure.

propos recueillis par J-L.B.

MICHEL ZAMORA
Né le 29 mars 1952 à Orleix (65)
Parcours :
Joueur : TFC (1963-73, jeunes et DH), Cahors (1973-83, PH).
Recruteur du FC Barcelone sur la France depuis 2006.


Samedi 16 Octobre 2010

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