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Michel HIDALGO : "Il faut retrouver le goût de l'offensive !"

Avec Michel Hidalgo, on vous parle d'un temps où le football français était beau à voir jouer, où les Bleus propageaient à travers la planète football ce jeu à la française qui n'a depuis cessé de vendre son âme au diable pour marcher sur les traces des chantres du réalisme. Certes, après lui, l'équipe de France a beaucoup gagné. Mais en s'éloignant de son identité offensive, nous y avons aussi tous beaucoup perdu. Entre autre ce goût du risque et ce panache qui faisaient le charme de la bande à Hidalgo et qui fait tant défaut aux footeux made in France d'aujourd'hui. A 77 ans, depuis Marseille, l'ancien demi centre de Reims et de Monaco n'en finit pas de défendre une certaine philosophie du football. (par Johan Cruyff)



"Le fossé entre le foot pro et le foot amateur a toujours existé"

Portés par Le Roux et Amoros, qui allaient ensuite le rejoindre à Marseille, Hidalgo aura redonné le goût du jeu et de la victoire au football français en 1984.
Portés par Le Roux et Amoros, qui allaient ensuite le rejoindre à Marseille, Hidalgo aura redonné le goût du jeu et de la victoire au football français en 1984.
M. Hidalgo, à travers les sites Footengo et son petit dernier, Foot13, sur Marseille et ses alentours, nous nous proposons de mettre en valeur le football amateur. Quelles relations avez-vous avec lui ?
Je n'ai pas d'action directe en liaison avec les clubs amateurs mais je m'intéresse évidemment à tout ce qui concerne le football donc à sa base également. Je sais que de nombreux bénévoles donnent de leur temps pour faire vivre les clubs mais je ne suis guère plus que mon petit fils de 13 ans lorsque je vais le voir sur Monaco.

Le foot amateur d'aujourd'hui a-t-il un rapport avec celui que vous avez connu avant de vous lancer dans le circuit professionnel ?
Les clubs existent toujours, les règles du foot sont les mêmes ou à peu près... il n'y a que l'âge qui change ! Il me semble tout de même que nous étions plus purs à notre époque. Je n'oublie pas que c'est grâce à ce foot de base que j'ai pu devenir professionnel. A 15 ans, j'étais avant centre, je marquais but sur but et il n'y a que le jeu qui comptait pour moi et mes copains. On ne savait pas qui montait? qui descendait, il n'y avait aucune notion d'argent ou de carrière.

Pourquoi étiez-vous plus purs ?
Parce que l'environnement n'avait pas encore travesti les enfants. Je vous parle des parents autour des terrains, des recruteurs de tous horizons... On ne pensait pas aux choses vénales. J'espère que les enfants d'aujourd'hui privilégient le jeu et n'ont que le plaisir de jouer en tête lorsqu'ils jouent le samedi après midi. Malgré tout...

Quelle impact a selon vous l'image renvoyée par le football pro sur les enfants ?
Il ne faut pas croire, on critique beaucoup les pros et le système actuel mais lorsque j'ai commencé, ce n'était pas parfait non plus, loin de là. Je concède que la Coupe du monde en Afrique du Sud n'a pas fait du bien à l'image du football mais il ne faut pas oublier toute la part de rêve qu'il continue de véhiculer à travers le monde. C'est ensuite aux éducateurs de savoir transmettre les bonnes valeurs.

"Il n'y a pas moins de bénévoles aujourd'hui qu'hier. Il y a seulement davantage de clubs..."

Vous ne faites pas partie de ceux qui disent ; "c'était mieux avant" ?
Non, il faut vivre avec son temps. L'argent n'a pas tout le temps apporté ce qu'on était en droit d'attendre, mais il a toujours été moteur dans la construction de stades, d'infrastructures, ou la mise à disposition de moyens humains supplémentaires. Le fossé entre le foot pro et le foot amateur a toujours existé et pas seulement aujourd'hui qu'on pourrait estimer qu'il y a trop d'argent pour l'élite ou bien qu'il est mal distribué. C'est un fait d'avoir de l'argent, encore faut-il bien l'employer. Malheureusement, il est un domaine où les pros et les amateurs rivalisent parfois c'est dans sa mauvaise utilisation.

A travers les performances des clubs amateurs en coupe de France, à l'image de Chambéry cette saison, considérez-vous que, sportivement, l'écart se resserre entre les deux mondes ?
Tout dépend qu'elle est votre définition du mot amateur. Les amateurs d'aujourd'hui, qui s'entraînent presque tous les jours en CFA2 ou CFA, n'ont rien à voir avec ceux d'hier qui, au même niveau, n'avaient qu'un ou deux entraînement hebdomadaires. Avec des joueurs qui ne sont pas parvenus à franchir le palier professionnel, mais qui ont bénéficié d'une bonne formation, et d'une bonne préparation, il n'est pas si étonnant que ça de voir des surprises. Qui n'en sont plus d'ailleurs puisque c'est aussi la magie de la coupe de France qui opère. Mais les choses ont-elles si évolué que ça ? Je n'en suis pas sûr. Je faisais partie de la grande équipe de Reims, finaliste de la coupe d'Europe, qui s'est fait sortir de la coupe de France par El Biar, un petit club algérois, à Toulouse en 1957 (en 16ème de finale 0-2).

Le jeune Hidalgo était un milieu de terrain fin et intelligent.
Le jeune Hidalgo était un milieu de terrain fin et intelligent.
Vous qui avez toujours mis en avant les valeurs de fair play et d'éthique, vous retrouvez-vous aujourd'hui dans ce que véhicule le football ?
Une chose est sûre, l'argent excessif ne peut pas apporter de la moralité. Mais je pense qu'il y a quand même beaucoup de clubs, pros ou amateurs, qui font un travail formidable avec peu de moyens. Il y a encore chez beaucoup de dirigeants une réelle volonté de servir et il faut leur tirer notre chapeau. Quand j'entends qu'il y a moins de bénévoles aujourd'hui qu'avant, je ne suis pas d'accord. C'est oublier un peu vite qu'il y a surtout beaucoup plus de clubs à prendre en charge, de gamins à transporter. Il y a 30 ou 40 ans, il y avait 400 000 licenciés, il y en a plus de deux millions aujourd'hui.

Le football reste-t-il encore un sport éducatif ?
Bien sûr... à condition que les éducateurs et les dirigeants, les parents autour des stades ne passent pas leur temps à crier après l'arbitre ou à amener leurs jeunes joueurs vers la violence. Mais la majorité se comporte bien.

A Marseille et dans toutes les Bouches du Rhône, au delà en région PACA, l'OM ne s'est jamais vraiment appuyée sur le potentiel des jeunes joueurs du coin. N'est-ce pas aussi une des raisons de son irrégularité récurrente depuis une bonne cinquantaine d'années ?
Le club n'a jamais cherché, c'est vrai, à exploiter cette richesse. Les jeunes ont préféré partir parce qu'ils estimaient qu'ils auraient davantage leur chance ailleurs. Mais le club est en train de revoir son approche et fait un effort important dans le domaine de la formation.

Vous êtes Normand de naissance mais Marseillais de coeur ?
Je suis à Marseille depuis 23 ans. Je suis Marseillais (rires) ! C'est une culture, une gueule, le soleil, la mer, un environnement et au final un contexte qui me plaît. J'avais découvert la région à Monaco en signant en 1957 après deux saisons à Reims au contact des Kopa, Fontaine, Batteux...

"Quand je vois le Barça évoluer aujourd'hui, je me souviens que j'alignais souvent en même temps trois numéro 10..."

Difficile de comparer Monaco à Marseille !
J'ai connu Monaco à une époque où il n'y avait pas un immeuble. Lorsque le premier immeuble s'est construit sur le port, 12 étages, l'Herculis, le président Campora (le père de Jean-Louis) qui était pharmacien, m'a dit : "Les gens lèvent la tête maintenant. Moi, je la baisse de honte !" Le port à ce moment là n'était constitué que de petites maisons.

Que faites-vous aujourd'hui M. Hidalgo à 77 ans ?
Je ne suis surtout pas à la retraite. J'ai une société de communication, je suis à la LNF, à RTL, sur Canal+ et encore à l'OM même si je n'y occupe aucune fonction officielle. Je suis très OM (rires) !

En fait, depuis 1986 et votre arrivée aux côtés de Tapie, vous n'en êtes jamais vraiment partie ?
Je suis venu avec Tapie parce qu'il m'avait contacté. Nous avions failli aller à Toulouse mais le maire de l'époque, Gaston Deferre, avait su nous convaincre. Ensuite, lorsque j'ai vu que ça ne correspondait plus à ce que je voulais mettre en place, je suis parti. Mais avant, nous avions bâti une belle équipe qui avait rapidement joué les premiers rôles alors que nous avions hérité d'un club au bord du dépôt de bilan qu'il avait fallu reconstruire de A à Z.

A 77 ans, l'ancien sélectionneur des Bleus reste au plus près des choses du football.
A 77 ans, l'ancien sélectionneur des Bleus reste au plus près des choses du football.
Si on vous dit que depuis les Bleus génération 82-86, on n'a plus retrouvé le même souffle dans le jeu de l'équipe de France malgré tous ses titres, êtes-vous d'accord ?
(enthousiaste) Ce qu'on appelait le jeu à la française, c'était quoi ? Je n'ai par exemple jamais joué avec des milieux défensifs. Quand je vois le Barça évoluer aujourd'hui, je me souviens que j'alignais souvent en même temps trois numéro 10, Genghini, Platini et Giresse, avec Tigana en quatrième milieu qui n'était pas à proprement parler un joueur de tempérament défensif. Avec eux il y a eu aussi Henri Michel, Jean-Marc Guillou et d'autres du même profil qui étaient de très bons joueurs de ballons. En France, trop d'entraîneurs choisissent maintenant de jouer avec trop de milieux défensifs. Pourtant, aucun de joue avec trois attaquants. Je ne comprends donc pas pourquoi ils veulent tant renforcer leur milieu.

"En 1986, j'ai refusé de rejoindre le Real Madrid..."

A quoi est due cette tendance selon vous ?
C'est lié à l'état d'esprit des entraîneurs qui préfèrent passer leur temps à essayer de tout faire pour ne pas prendre de but plutôt que de cogiter pour en marquer. On prend le problème à l'envers car on peut le retourner dans tous les sens, au football si on ne marque pas de but, on ne gagne pas. Aujourd'hui, on ne célèbre plus les buts qu'on marque mais bien ceux qu'on ne prend pas. Or, un match de foot sans but, c'est comme un poète qu'on n'a pas envie de lire : à quoi ça sert ? Il faut retrouver le goût de l'offensive. Ce n'est pas une faiblesse de prendre un but, c'en est une de ne pas en marquer.

A vous écouter parler aujourd'hui, après vous avoir vu entraîner hier, on regrette évidemment que vous n'ayez jamais eu d'équipes de clubs en main. Ne le regrettez-vous pas aussi ?
Je suis resté plus d'une dizaine d'années à la FFF, comme adjoint puis sélectionneur et DTN ensuite, j'avais besoin de respirer un peu. En 1985, après notre victoire à l'Euro, j'ai eu la possibilité d'aller au Real Madrid. Ils étaient venus me chercher en avion, je n'avais plus qu'à signer le contrat !

Pourquoi avoir refusé ?
Parce que j'avais envie de vivre. Après dix années loin des miens, je vivais à Bordeaux et je travaillais à Paris, je voulais retrouver une vie de famille digne de ce nom. Je ne suis pas comme certains fous de foot au point de ne pas pouvoir m'en passer. J'en vois certains à plus de 60 ans qui cherchent encore des clubs et vont même à l'étranger pour prendre des équipes, alors qu'ils n'ont pas forcément besoin d'argent, je ne suis pas dans cette logique. Je ne les envie pas.

Ne l'avez-vous jamais regretté ?
C'est toujours un regret d'avoir à dire non à un grand club comme le Real. Franchement, j'ai parfois regretté, oui... J'aurais pu faire trois ou quatre ans là-bas -à condition qu'ils ne me virent pas avant !- et me poser ensuite.

Foot13 a donc démarré cette semaine, selon vous quels messages devrons-nous véhiculer auprès de tous les clubs et pratiquants des Bouches du Rhône et des alentours ?
Il vous faut surtout vous attacher à mettre en avant ce qui fait la beauté du football, ce qui procure du plaisir aux spectateurs et aux joueurs, son côté offensif. Insistez davantage sur les buts marqués, les victoires, que sur les défaites pour redonner le goût de l'offensive aux générations qui arrivent. On a besoin de gens comme vous pour prendre du plaisir et en donner aux autres...

propos recueillis par Johan Cruyff

Michel HIDALGO : "Il faut retrouver le goût de l'offensive !"
MICHEL HIDALGO
Né le 22 mars 1933 à Leffrinckoucke
Parcours :
Joueur : US Normande, Le Havre (1952-54), Stade de Reims (1954-57), Monaco (1957-66)
Palmarès : champion de France 1955, 1961 et 1963. Coupe de France 1960 et 1963. Finaliste de la C1 en 1956. International, 1 sélection.
Entraîneur : Monaco, réserve (1967-68), Menton, entraîneur-joueur (1968-69), Monaco, réserve (1969-70), CTR Sud Ouest (1970-72), équipe de France, adjoint (1972-76), équipe de France (1976-84), DTN (1982-86), Marseille, manager général (1986-91).
Palmarès : champion d'Europe 1984, demi-finaliste de la Coupe du Monde FIFA 1982.


Samedi 12 Février 2011

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