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Maxime BOSSIS : "Revenir à Nantes ? Pourquoi pas..."

Il était une fois une époque où nous pouvions être fiers du comportement autant que du jeu déployé par les joueurs de l'équipe de France. Une époque où le sélectionneur n'hésitait pas à aligner quatre milieu offensifs, une époque où les défenseurs ne se sentaient pas obligés de tacler et d'intimider à tout va pour être efficaces. A cette époque, Maxime Bossis était le meilleur représentant d'un football français qui alliait fair-play, élégance et efficacité. Formé à Nantes, où il termina sa carrière en 1991, le grand Max n'a malheureusement pas su (ou pu) trouver un challenge à sa mesure une fois les crampons raccrochés. Pourtant, son aura autant que ses idées auraient bien été utiles à certains clubs. Le FC Nantes pour ne citer que lui... (par Johan Cruyff)



Maxime Bossis s'est reconverti dans les médias et la communication. (photo : orange sport)
Maxime Bossis s'est reconverti dans les médias et la communication. (photo : orange sport)
M. Bossis, que devenez-vous ?
Je suis consultant sur Orange Sport depuis quatre ans après l'avoir été huit ans sur TPS. Je commente des matchs de Ligue 1, de Bundesliga, de coupe de la Ligue anglaise, de coupe d'Italie et également des matchs internationaux. C'est un rôle qui me plaît bien et qui me permet de rester connecté à la réalité du football européen. Comme j'interviens sur une dizaine de matchs par mois, on peut considérer que c'est devenu un véritable métier. Comme je suis revenu habiter dans la région nantaise, je voyage beaucoup, je prépare les matchs, je suis souvent sur Paris, c'est passionnant.

Après avoir arrêté votre carrière professionnelle en 1991, après une dernière saison au FC Nantes, vous n'étiez pourtant pas dans les médias ?
Non, c'est vrai, j'ai d'abord été président de la commission centrale de la coupe de France, puis directeur sportif à l'AS Saint-Etienne. J'ai ensuite travaillé dans la communication tout en organisant des stages de jeunes.

Pourquoi ne pas avoir insisté pour rester dans un club après votre expérience à Saint-Etienne ?
J'aurais pu saisir des opportunités pour être entraîneur mais c'est un métier particulier qu'il faut sentir, pour lequel il faut avoir la vocation. Il faut croire que ce n'était pas mon cas. Dirigeant par contre, ça m'aurait plu. A Saint-Etienne, je suis arrivé dans une période difficile avec la descente en D2 au bout... Nul n'étant prophète en son pays, toutes les autres offres que j'ai pu avoir se situaient sur Paris et ne me correspondaient pas.

Pourquoi est-ce que ça n'a pas marché à Saint-Etienne ?
J'avais eu un contact grâce à un intermédiaire qui m'avait présenté le président Vernassa. J'avais 40 ans et je souhaitais m'investir dans un club en tant que directeur sportif, son offre m'avait intéressé. Le problème c'est que je venais du club rival, Nantes, et que là-bas quand vous n'étiez pas du coin il était difficile de s'imposer. A l'époque la rivalité entre les jaunes et les verts était très forte. J'étais très frustré de partir au bout d'un an seulement car la ville et le club avaient quelque chose d'exceptionnel. Je n'ai donc pas laissé de trace. Dans la foulée, j'ai eu la possibilité de rejoindre Toulouse où ma fille réside aujourd'hui (son gendre est Stéphane Lièvre, ancien joueur de Nantes et du TFC, membre de la cellule de recrutement du TFC : NDLR). Si je dois avoir un regret dans mon après carrière, il est là : ne pas avoir rejoint Toulouse à ce moment là.

Et pourquoi pas le FC Nantes ?
C'est une question qu'il faut poser aux dirigeants successifs qui n'avaient pas forcément envie de faire revenir certains anciens. J'aurais aimé revenir mais certainement pas pour occuper un poste honorifique.

Que vous inspire la situation du club aujourd'hui ?
Je ne me réjouis pas de le voir se débattre en Ligue 2 en attentant un hypothétique retour en Ligue 1. Sportivement, à l'image des résultats de cette saison, ça manque trop de stabilité. Il est très rageant de les voir là alors qu'il y avait, et qu'il y a encore tout pour faire un grand club à Nantes. Trop d'erreurs de management, qui ne datent pas d'hier, ont entraîné le club vers le bas inexorablement. On peut dater le début de la fin après le titre de 2001...

"Jeune, je rêvais de football... et de m'occuper d'une réserve naturelle."

On est loin du club que vos avez connu !
Oui, ça n'a plus rien à voir même s'il ne faut pas tomber dans la nostalgie car on sait très bien que le football et la société ont énormément évolué dans tous les domaines. Les gens qui ont été à la tête du club depuis une dizaine d'années ont voulu tirer un trait sur le passé. On voit ce que ça a donné ! Pourtant, aujourd'hui comme hier, les valeurs qui peuvent faire gagner un club restent les mêmes.

Où se situe désormais le salut du FCNA ?
Il faudrait évidemment des gens différents à sa tête et un discours plus proche de ce que pouvaient transmettre des coachs comme Suaudeau ou Denoueix, le tout adapté aux réalités actuelles, aux nouvelles normes de la société. Il est un fait que les meilleurs jeunes ne viennent plus à Nantes mais préfèrent désormais Rennes, Toulouse, Sochaux... La génération Toulalan a été la dernière à sortir de la Jonelière. Tout est à reconstruire.

Seriez-vous partant pour vous investir dans un projet de reconquête ?
Avec les décideurs actuels, non ! Avec d'autres, pourquoi pas... Mais encore une fois je ne suis pas demandeur, et je ne l'ai jamais été. C'est peut-être pour ça que je n'ai connu qu'une expérience de dirigeant (rires) ! En tout cas, si on fait le bilan avec le FCNA, il sera difficile de faire plus mal.

Récemment, vous êtes aussi intervenu à Clairefontaine auprès des joueurs de l'équipe de France à la demande de Laurent Blanc, le sélectionneur. Que leur avez-vous dit ?
En France, les jeunes joueurs sont moins dans la culture des anciens que nous pouvions l'être. Sans en rajouter sur le passé, je leur ai dit quelques mots sur le respect qu'ils devaient manifester à la sélection qui reste le summum dans une carrière. Bien davantage que les clubs, une notoriété se construit surtout à travers les sélections et les grandes compétitions internationales, coupes du monde ou championnats d'Europe. Certains en étaient conscients, d'autres moins... Je me suis aperçu, en discutant aussi avec Laurent Blanc, qu'il était devenu plus difficile de motiver les joueurs autrement qu'en les convaincant que c'est bien pour leur carrière personnelle. A notre époque, on n'appréhendait pas du tout les choses de la même manière. A 15, 16 ou 17 ans, plus que des agents, on avait la passion du football. Dans les années 70, le football était à peine considéré comme un métier donc ça engendrait forcément des comportement différents. Aujourd'hui, leur logique est avant tout matérielle et financière.

A Séville en 1982, le cauchemar avait un nom : Schumacher !
A Séville en 1982, le cauchemar avait un nom : Schumacher !
Les sites Footengo, dont le dernier sorti dans un département que vous connaissez bien, le 85, mettent en avant le football amateur. Quels contacts avez-vous avec lui ?
Je suis resté très proche de ma Vendée natale et j'ai d'ailleurs encore une licence de dirigeant à Saint-Gilles Croix de Vie, où j'organisais mes stages de jeunes, et où j'ai gardé des relations d'amitié avec les dirigeants du club. Je pense bien connaître le foot amateur depuis que j'ai présidé la commission centrale de la coupe de France une compétition qui permet justement des passerelles entre les deux mondes, amateur et professionnel. Mais là encore, on ne m'a jamais sollicité pour m'investir dans un club.

Vous avez démarré le foot en Vendée ?
Oui, d'abord à Saint-André Treize Voies puis au FC Yonnais où je poursuivais mes études secondaires quand des clubs pro m'ont contacté. Il y avait Nantes mais aussi Angers, Saint-Etienne et quelques autres. J'avais beaucoup hésité car je me voyais bien rester sur La Roche sur Yon pour terminer mes études et aller au moins jusqu'au Bac. Finalement, je l'ai eu tout en intégrant le centre de formation du FCNA et en considérant que, davantage que le football, les études restaient la priorité. Ce n'est qu'ensuite que je me suis aperçu qu'il était impossible de bien faire les deux choses en même temps. J'ai choisi le football et je ne le regrette évidemment pas.

Qu'auriez-vous fait comme études si le football n'avait pas pris le pas ?
J'avais failli préférer Angers à Nantes à l'époque car le club m'avait trouvé un lycée avant-gardiste qui proposait des cours en écologie, une sorte d'école supérieure qui m'aurait beaucoup plu d'intégrer car j'ai toujours été passionné par la nature. Je rêvais de football... et de m'occuper d'une réserve naturelle pour être au contact de la faune et de la flore. J'habite aujourd'hui dans un grand parc et lorsque je pars en vacances, je passe mon temps à observer la nature. Dans ma bibliothèque j'ai moins de livres sur le foot que sur les animaux, les végétaux, les milieux naturels...

Revoyez-vous les anciens de votre génération ?
Je ne joue plus avec le Variété Club de France, ni avec aucune autre équipe de vétérans. A un certain moment, il faut savoir arrêter complètement (rires) ! Je croise quelques anciens au hasard de mes déplacements sur les matchs, et c'est toujours un grand plaisir, mais je n'ai jamais entretenu un réseau.

"Les gens ne peuvent pas s'empêcher de ma parler de Séville... C'est plus fort qu'eux !"

Revenons un peu sur votre carrière. Vous souvenez-vous avoir défrayé la chronique en 1985 quand vous avez quitté Nantes pour le Racing Paris du président Lagardère ?
Oui, bien sûr car à ce moment là le club parisien avait beaucoup d'ambition mais repartait en Division 2. Un international en D2 ! Mon salaire avait défrayé la chronique car c'était aussi le début de l'arrivée des industriels dans le football à l'instar de Tapie à Marseille. Jean-Luc Lagardère nous suivait déjà beaucoup à Nantes à travers Europe 1 qui lui appartenait et qui était partenaire. Il avait failli racheter le club dans les années 80. Au final au Racing, ça n'avait pas pris, même si on était monté en D1. Il est arrivé trop tôt dans le foot. Il y était mal vu. Quand on voit comment les choses ont évolué ça laisse évidemment rêveur. On critiquait mon salaire alors qu'à valeur égale, un international gagne cinquante fois plus aujourd'hui ! J'ai même lu dans un article que j'avais été à l'origine de l'inflation des salaires dans le football français !

En 18 ans de carrière, vous avez tout gagné en France et connu de grands moments en Europe et dans le monde avec l'équipe de France. Vous êtes souvent revenu dessus depuis mais nous aimerions plutôt aborder avec vous une autre statistique moins médiatique mais tellement significative à nos yeux : durant toutes ces années, vous n'avez pris aucun carton jaune et aucun carton rouge. Vous partagez cette particularité avec Rocheteau sauf que vous, vous étiez défenseur. Comment avez-vous fait ?
Entre 18 et 21 ans, j'ai du prendre deux ou trois cartons jaunes... ensuite je n'en ai plus pris. Je jouais en équipe de France avec des défenseurs comme Battiston et Trésor qui n'en prenaient pas beaucoup non plus. C'est une éducation, une formation, un fair-play qu'on nous avait inculqués, une manière de se maîtriser et de considérer le tacle que comme la dernière possibilité de récupérer le ballon. On nous reprochait parfois de ne pas nous imposer davantage, de ne pas tacler plus. Mais si on peut être efficace sans prendre le risque du tacle, il vaut mieux. J'ai toujours joué avec cet état d'esprit. On peut être efficace sans mettre des coups. Les meilleurs défenseurs seront toujours ceux qui commettent le moins de fautes. Mais aujourd'hui, les arbitres sont plus sévères, il y a davantage d'avertissements et d'expulsions aussi.

Que pensez-vous des défenseurs français du moment ?
J'aime bien Trémoulinas, ou Abidal, qui est le plus complet. Même s'il pète les plombs de temps en temps, et c'est dommage, Mexès a beaucoup de talent. On parle moins de Reveillère mais il est toujours là. Rami a beaucoup progressé...

Bossis a longtemps détenu le record des sélections en équipe de France.
Bossis a longtemps détenu le record des sélections en équipe de France.
De tous les moments forts que vous avez pu vivre pendant votre carrière, s'il ne fallait en conserver qu'un, quel serait-il ?
France-Allemagne en 1982... (demi-finale de la coupe du Monde à Séville : NDLR)

C'est donc un mauvais souvenir !
C'est un match qui s'est mal terminé, surtout pour moi (il a manqué son penalty dans la série de tirs au but : NDLR), mais ça restera comme le summum de ma carrière. Et avec le temps, j'ai pu m'apercevoir que cette demi-finale avait aussi beaucoup marqué les gens. Ils m'en parlent tout le temps. Quand ils m'abordent, c'est un peu comme s'ils ne pouvaient pas s'empêcher de revenir dessus. Ils sont un peu gênés parce que j'avais manqué mon penalty qui avait entraîné notre élimination mais c'est plus fort qu'eux. Au début, je trouvais ça trop réducteur mais maintenant je comprends.

Orange Sport va certainement se désengager des droits télé au delà du contrat en cours. Allez-vous continuer votre rôle de consultant ailleurs ?
Dans la mesure où je fais ce métier depuis maintenant douze ans, si Orange Sport arrête, je vais essayer de continuer. Le milieu de consultant est également soumis à une forte concurrence. De plus en plus de joueurs qui arrêtent postulent et il est devenu difficile de se faire une place. Contrairement à ce qu'on pourrait penser, tout le monde ne peut pas s'improviser consultant. On est tout le temps jugé et ce n'est pas si simple de répondre à l'attente des gens.

Un transfert vers Canal Plus est-il envisageable... ou vers Al Jazeera où se trouve un proche du FC Nantes, Charles Biétry ?
J'ai failli aller sur Canal Plus il y a quatre ans mais j'avais décliné leur proposition pour différentes raisons. Al Jazeera arrive avec pas mal de moyens et je sais effectivement que Charles Biétry est un fan du Nantes de Coco Suaudeau. De là à m'embaucher... il a aussi côtoyé beaucoup de bons consultants. On verra...

Pour terminer, un petit mot sur le foot vendéen dont vous êtes issu. Foot85 se propose de le mettre en valeur, se porte-t-il bien ?
Oui, il se porte bien car il y a beaucoup de clubs entre la DH et le CFA qui ont des partenaires solides qui leur assurent une certaine pérennité. Mais le foot vendéen a toujours manqué de locomotive puissante. Aujourd'hui, ce rôle est tenu par Le Poirée sur Vie en National... avant c'était La Roche sur Yon en D2 après la fusion des deux clubs de la ville. La Vendée est une région de forte tradition football, une région sportive où le basket et le cyclisme ont aussi leur place.

Propos recueillis par J.C.


Maxime BOSSIS : "Revenir à Nantes ? Pourquoi pas..."
MAXIME BOSSIS
Né le 26 juin 1955 à Saint-André Treize Voies
Parcours
Joueur : Saint-André (1969-70), La Roche sur Yon (1970-73), Nantes (1973-85), Racing Paris (1985-90), Nantes (1990-91)
Palmarès : champion de France en 1977, 1980 et 1983, coupe de France en 1979 (finaliste en 1983), demi-finaliste de la C2 en 1983. 502 matchs de Ligue 1, champion d'Europe 1984, demi-finaliste de la Coupe du monde 1982 et 1986.
International : 76 sélections (1 but)
Dirigeant : Commission centrale de la coupe de France, président (1993-1995), St-Etienne, directeur sportif (1996-97)
Profession : consultant pour Orange Sports


Samedi 17 Décembre 2011

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