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L'entretien VESTIAIRES - Jean-Marc FURLAN : "Sous la pression, le groupe ne doit pas découvrir chez vous un autre homme..."

A l'heure du "money time", cette période charnière qui va déterminer l'avenir de votre club, en quête de maintien ou d'accession, vous êtes nombreux à stresser, à vous interroger, à vous réveiller la nuit pour savoir quoi faire, quelle équipe composer, quel discours tenir à vos joueurs. Pour vous aider à trouver des réponses à vos questions, Jean-Marc Furlan tente de dénouer les fils d'une problématique à laquelle il a souvent été confronté dans sa carrière de coach amateur ou professionnel à Libourne-Saint-Seurin, Troyes, Nantes ou Strasbourg. (par Julien Gourbeyre)



"J’ai déjà vu des entraîneurs mais aussi des joueurs de très haut niveau se liquéfier complètement..."

Cette saison à l'ESTAC, Jean-Marc Furlan vit un printemps tranquille au milieu de tableau de L2.
Cette saison à l'ESTAC, Jean-Marc Furlan vit un printemps tranquille au milieu de tableau de L2.
Jean-Marc, entre tactique, technique, mental ou physique… y-a-t-il une composante à privilégier à l'entraînement et/ou en match suivant que l'on joue la montée ou le maintien ?
Avant toutes choses, et quel que soit son classement, il est impératif de pouvoir compter sur une bonne cohésion collective et une véritable dynamique de vestiaire. Si des problèmes relationnels viennent perturber la vie du groupe, vous n’aurez que très peu de chances d’atteindre l’objectif final. Maintenant, pour répondre à la question, je dirais que dans une situation de maintien, l’entraîneur doit prioritairement faire preuve de sang froid et ne montrer aucune faille sur le plan mental.

Plus facile à dire qu’à faire…
Effectivement. J’ai déjà vu des entraîneurs mais aussi des joueurs de très haut niveau se liquéfier complètement dans un tel contexte ! Or, il ne faut surtout pas que votre groupe découvre chez vous un autre homme... Montrez que vous savez où vous allez. C'est primordial.

Et dans le cas d’une accession encore possible à quelques semaines de la fin de saison ?
C’est différent. Les facteurs qui accompagnent cet objectif sont essentiellement positifs. Le plaisir est là, les joueurs sont confiants et prêts mentalement. L’important ici est de maintenir son groupe éveillé et de travailler dans la continuité sur les plans techniques et tactiques. Attention toutefois, car la pression peut prendre le pas sur la satisfaction d’être au rendez-vous dans le cas d’une équipe programmée pour la montée, et qui vivrait un véritable échec si elle n’atteignait pas son but.

"En 2008, à Strasbourg, après un problème relationnel interne au groupe, on a enchaîné 11 défaites consécutives... pour descendre en L2 !"

Là aussi donc, l’aspect mental revêt une importance particulière…
Oui, sans jamais perdre de vue encore une fois la notion de cohésion collective. Un exemple : avec Strasbourg, lors de la saison 2007-2008, nous étions 7ème ou 8ème au 1er mars avec 35 points. Tout se passait plutôt bien lorsqu’un problème relationnel interne au groupe, que nous n’avions pas su déceler en amont, nous a explosé à la figure. Résultat, nous avons enchainé 11 défaites consécutives et sommes descendus en Ligue 2 ! Normalement, si vous avez bien travaillé tout au long de la saison et cultivé une bonne dynamique de vestiaire, vous ne devriez pas vous interroger sur la manière d’aborder la dernière ligne droite.

Que voulez-vous dire ?
La réussite d’une équipe est systémique, c’est-à-dire qu’elle dépend en grande partie de la santé du club, et de la symbiose entre les aspects tactique, technique, physique et mental sur l’ensemble de la saison, et pas uniquement sur les deux derniers mois de compétition. Par ailleurs, c’est la connaissance de votre groupe qui fera la différence, car chaque situation est différente selon les clubs.

A Nantes, par contre, point de printemps. L'hiver y fut court et difficile...
A Nantes, par contre, point de printemps. L'hiver y fut court et difficile...
Mais, par définition, une équipe qui joue le maintien, sauf si c’était attendu, a nécessairement failli dans un ou plusieurs de ces domaines. On ne parle donc pas de réussite systémique…
Tout à fait.

Dès lors, dans ce cas précis, quel conseil donneriez-vous à un entraîneur pour redresser la barre dans la dernière ligne droite ?
Cela peut valoir aussi pour une équipe bien classée : il faut proposer aux joueurs d’établir une planification d’objectifs. De quoi s’agit-il ? Demandez leur, par écrit et de façon anonyme, la façon dont ils voient la période qui les attend : que faut-il conserver et améliorer, sur tous les plans, technique, tactique, mental, physique, pour atteindre l’objectif fixé ? Vous recueillez les informations, qui auront été déposées dans une boite, puis vous en faites un condensé, une sorte de sondage. Plusieurs points vont ressortir de tout cela, et il faudra en faire part à vos joueurs. Affichez les résultats dans le vestiaire… et appuyez vous là-dessus pour organiser vos semaines d’entraînement.

L’objectif est de responsabiliser les joueurs ?
Oui, ils auront tracé leur route eux-mêmes et appliqueront naturellement les consignes. J’avais utilisé ce procédé à Troyes (2006-2007, Ndlr). Même si nous avions manqué le maintien de très peu, beaucoup d’anciens joueurs me reparlent encore aujourd’hui de cette expérience. Yann Lachuer (ex-joueur d’Auxerre et du PSG notamment, ndlr), qui est devenu entraîneur, utilise couramment ce genre de planification.

"En France, c’est en haussant la voix ou en étant grossier avec les joueurs qu’on arrive à quelque chose…"

Revenons au cas de figure où une équipe veut assurer son maintien. Que faut-il mettre en place sur le plan tactique pour aborder se donner toutes les chances de réussir ?
Cela dépend du ressenti de l’entraîneur vis-à-vis de son groupe. Difficile donc d’établir la recette idéale… En revanche, il me semble très important de recenser les matchs qui se sont bien passés dans ce domaine-là, de repérer l’équipe qui a été la plus performante sur les plans statistiques et de l’organisation de jeu. Qu’est-ce qui a le mieux fonctionné ? Quels sont les joueurs qui ont influé sur les résultats positifs ? Est-ce en jouant de manière défensive qu’on les a obtenus ? Ou l’inverse ? Composez votre équipe type en fonction des éléments objectifs que vous avez recueillis.

Et sur le plan technique ?
Là aussi, il faut évaluer les besoins de votre groupe et définir, en fonction de cela, des séances d’entraînement qui vont lui permettre de s’épanouir. Attention cependant, contrairement à ce qu’on pourrait penser, l’aspect ludique peut aussi être néfaste. Il m’est arrivé d’épuiser des garçons en ne misant que sur les jeux.

Pour jouer la montée ou le maintien, Furlan estime qu'il est primordial de s'appuyer sur ses leaders.
Pour jouer la montée ou le maintien, Furlan estime qu'il est primordial de s'appuyer sur ses leaders.
A ce point ?! Que s'est-il passé exactement ?
Le manque de résultats avait généré pas mal de stress et de tension chez les joueurs. Ils se donnaient à fond mais n’étaient pas relâchés pendant les exercices. On sentait plus de nervosité qu’autre chose, notamment en match. J’ai donc stoppé les jeux et je suis revenu à un travail beaucoup plus analytique, devant le but pour les attaquants, de relance pour les défenseurs, etc… Et j’ajoutais parfois un jeu en fin de séance. Avec d’autres groupes, il faudra faire le contraire. Notamment avec les effectifs qui n’ont pas de grandes compétences au niveau technico-tactique, et qui vont avoir besoin de toucher le ballon de manière ludique.

Beaucoup disent par ailleurs que l’aspect mental est prépondérant sur la fin de saison ?
J’ai tendance à penser qu’en France, c’est en haussant la voix ou en étant grossier avec les joueurs qu’on arrive à quelque chose… Or, à mon avis, il y aura toujours plus à gagner à faire preuve de sérénité, de sang froid, de cordialité, et de tact avec son groupe. Montrez que vous n’avez pas de craintes, que la nervosité ne vous gagne pas… Positivez, encouragez vos troupes ! L’histoire du sport en général montre qu’on obtient des résultats beaucoup plus probants en agissant ainsi. Et c'est valable quel que soit le classement de l'équipe.

"Pour monter ou ne pas descendre, le rôle des leaders me semble incontournable."

Vraiment ?
Oui… Enfin, dans le cas d’une formation qui joue la montée, il s’agit de conforter la confiance qui existe dans le groupe, mais aussi de faire en sorte qu’il ne se relâche pas, surtout s’il s’agit de joueurs dominateurs sur le plan technique par rapport aux adversaires. Parfois aussi, en haut de tableau, vous pouvez avoir une équipe qui s’en sort toujours à l’arrache (sic). Votre discours ne sera donc pas le même, plus exigeant dans le premier cas de figure, plus mesuré dans l’autre. Il faut avoir du nez, comme on dit.

Quelle est maintenant la place à accorder à la composante physique d'après vous, sur la fin de saison ?
Vous ne pouvez pas vous en passer, sachant qu’il est plus facile d’en demander plus à des joueurs qui jouent la montée. Avec une formation qui lutte pour ne pas descendre, vous pouvez aussi vous montrer exigeant sur ce plan-là, mais à condition de privilégier le travail intégré, avec ballon.

Pour terminer, avez-vous un dernier conseils à donner eu égard à votre expérience ?
Le rôle des leaders me semble incontournable dans les deux types de situations. Il faut leur donner une importance plus grande que d’ordinaire, sauf si vous n'avez pas choisi les joueurs idoines dès le départ ! La réussite est multi factorielle, elle ne provient pas seulement d’un homme. S’appuyer sur les leaders me parait essentiel, que ce soit dans le cadre d’une remise en cause de l’ensemble du groupe, ou, tout simplement, pour montrer l’exemple. Les équipes qui gagnent sont celles qui peuvent compter sur leurs cadres.

propos recueillis par J.G.

L'entretien VESTIAIRES - Jean-Marc FURLAN : "Sous la pression, le groupe ne doit pas découvrir chez vous un autre homme..."
JEAN-MARC FURLAN
Né le 20 novembre 1957 à Ste Foy la Grande (33)
Parcours
Joueur : Vélines (1964-73), Bordeaux (1973-79), Laval (1979-80), Lyon (1980-82), Tours (1982-85), Bastia (1985-86), Montpellier (1986-87), Arras (1987-88), Lens (1988-89), St-Quentin (1989-92), Libourne (1992-93).
Palmarès : Gambardella en 1976, champion de France de D2 en 1984 et 1987. 273 matchs de L1.
Entraîneur : Libourne, jeunes (1993-98), Libourne (1998-04), Troyes (2004-07), Strasbourg (2007-09), Nantes (décembre 2009-février 2010), Troyes (depuis 2010).


Samedi 23 Avril 2011