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L'entretien VESTIAIRES - Frédéric HANTZ : "Arrêtons de compliquer, le football est quelque chose de très simple."

Il a entraîné à tous les niveaux. Dans le cadre de son dossier sur le football corse, VESTIAIRES est parti à la rencontre de Frédéric Hantz, entraîneur d'un Sporting de Bastia qui caracole en tête du championnat de National. Douze mois après une expérience malheureuse au Havre (Ligue 1), l'ancien coach de Rodez, Brives (CFA), Le Mans (L2/L1) et Sochaux (L1), a donc retrouvé les terrains... au terme d'une saison passée à la tête des U13 d'Onet-le-Château ! Authentique et atypique dans un milieu de plus en plus superficiel et aseptisé, Frédéric Hantz nous a livré, pendant plus d'une heure, une vision lucide et sans concession de notre football, "son" football. (par Julien Gourbeyre)



A Bastia depuis le début de la saison, Frédéric Hantz est bien parti pour ramener le club en Ligue 2.
A Bastia depuis le début de la saison, Frédéric Hantz est bien parti pour ramener le club en Ligue 2.
Avant de rejoindre Bastia cette saison, vous avez encadré un an les U13 d'Onet-le-Château dans l'Aveyron (12). C'est plutôt rare pour un coach de Ligue 1 !
A chaque fois que je me suis retrouvé au chômage, je suis retourné dans mon club d'origine où j'ai joué de 6 à 13 ans. C'est un peu mon phare, mes racines. Ma famille est encore là-bas. Je crois que beaucoup des choses que l'on fait adulte sont initiées par ce qu'on a connu enfant ou adolescent. Ce club sera mon "Fil d'Ariane" tout au long de ma vie. Une année, après Brive, j'y suis retourné pour entraîner les U15. Là, j'ai proposé de prendre les U13. J'ai un fils qui jouait dans la catégorie. Vu que je l'emmenais à l'entraînement, je me suis dit : autant rester et prendre la séance !

Vous avez pris du plaisir ?
Oui, mais c'est une vraie responsabilité. Avant de signer au Havre (en décembre 2008, NDLR), j'avais déjà fait six mois en U13. J'étais responsable de la catégorie. Quand j'ai quitté le HAC, je suis donc revenu pendant un an. Mais cette fois, je ne voulais plus être responsable de la catégorie (rires).

C'était plus difficile que vous ne l'imaginiez ?
Gérer soixante gamins, c'est un métier ! L'organisation, les convocations, la communication avec les parents... le travail est colossal.

Quels points communs, s'il y en a, avec ce que vous vivez au haut niveau ?
A partir du moment où vous encadrez des gens, qu'ils aient 13 ou 25 ans, qu'ils soient pros ou amateurs, c'est une responsabilité qu'il faut assumer. Et ça réclame beaucoup d'investissement. Dans tous les cas, il faut bien préparer ce que vous avez à faire pour rester cohérent. Il faut enfin toujours tenir sa parole, instaurer des règles de vie, avoir des idées et les partager.

En définitive, qu'est-ce qui vous est apparu le plus difficile, en U13 ?
Devoir limiter ses exigences du fait du public auquel on s'adresse, tout en s'inscrivant quand-même dans une logique de progression. L'équilibre est délicat à trouver. D'ailleurs, au final, je pense que je n'ai pas été suffisamment exigeant dans les exercices proposés aux gamins. J'aurais pu leur apporter davantage et eux auraient pu progresser plus vite. C'est là qu'on voit l'importance de l'expérience, même en U13 ! Si je les avais eu deux années de suite, j'aurais réajusté deux ou trois petites choses. Toujours est-il que cette expérience m'a permis de bien me ressourcer.

"Les leaders de vestiaire doivent être aussi de vrais leaders sur le terrain. Sinon, c'est ingérable."

À Bastia également, vous avez déclaré avoir redécouvert votre métier d'entraîneur. Que vouliez-vous dire exactement ?
Mes trois derniers clubs ont été des clubs de Ligue 1 qui jouaient le maintien. Et qui dit objectif maintien dit interrogations sur l'avenir. Dans un tel contexte, je me suis rendu compte qu'il était difficile pour les joueurs de faire confiance, d'aller vers quelque chose de nouveau, que ce soit sur le plan tactique ou dans la façon de travailler. Ils restent un peu en situation de sécurité, campent sur ce qu'ils savent faire. C'est compliqué, pour le coach, de les entraîner là où il veut les amener.

Pas à Bastia ?
Le contexte est différent. J'ai récupéré des joueurs qui, pour la plupart, proviennent de clubs moins huppés. Ils sont dans une démarche de vouloir découvrir des choses, dans une écoute extraordinaire ! Je ressens chez eux cette volonté de mettre en pratique ce que je leur demande. Tactiquement, on travaille des choses la semaine qu'on revoit très souvent en match. Et comme les résultats sont au rendez-vous, une confiance mutuelle s'est installée. Voilà pourquoi je dis que je redécouvre mon métier d'entraîneur dans la relation avec les joueurs et dans l'écoute par rapport aux conseils que je peux leur apporter.

Après Brive, c'est au Mans que l'Aveyronnais a gagné sa reconnaissance au niveau professionnel.
Après Brive, c'est au Mans que l'Aveyronnais a gagné sa reconnaissance au niveau professionnel.
C'est plus facile d'impacter sur un joueur de National que sur un joueur de Ligue 1 ?
En termes de dynamique de groupe et de relation individuelle, c'est plus facile et confortable car les égos sont moins importants. En National, le joueur a une ouverture plus grande, un altruisme plus grand, et cette soif de progresser. Elle existe en Ligue 1, je l'ai vu chez beaucoup de joueurs, mais pas chez la majorité.

Au plus haut niveau, c'est le management qui prime sur tout le reste ?
Je ne dis pas que Mourinho entraîne le Real comme il entraînerait une équipe de National, mais je pense qu'un entraîneur doit être dans une attitude d'entraîneur et de manager partout. Que ce soit en DH ou en Champion's League, un entraîneur a des idées sur le jeu, travaille sur des aspects techniques, tactiques... Après, il y a en effet cette dimension de management par rapport à l'égo des joueurs, qui n'est pas la même au très haut niveau qu'en amateur.

Quelle place tient-il dans votre fonctionnement au quotidien ?
Il a un peu évolué au fil des années. J'ai toujours des convictions, des idées, mais qui passent aujourd'hui inévitablement par des relais dans le groupe. C'est fondamental. Et la leçon que je tire de mes dernières saisons, valable à tous les niveaux, c'est que ces leaders de vestiaire doivent être aussi de vrais leaders sur le terrain. Sinon, c'est ingérable.

Pourquoi ingérable ?
Parce que vous ne pouvez rien faire ! Un joueur qui, par son charisme ou son ancienneté, a de l'influence sur ses partenaires et sur le club, est un leader de vestiaire. Mais s'il n'est plus au niveau sur le terrain, comment on fait ? Si vous vous en séparez, vous déstabilisez le vestiaire. Si vous persistez à le faire jouer, c'est une injustice pour les remplaçants et là aussi vous déstabilisez le vestiaire… Par conséquent, ces leaders, ces relais dans le groupe qui sont très importants pour les messages que l'entraîneur veut faire passer, doivent être choisis et évalués très soigneusement.

En parlant de messages, quels mots peut-on encore trouver lorsque son équipe vient d'enchaîner 8 victoires consécutives, comme ce fut le cas avec Bastia cet automne (avec 3,3 buts par match !) ? N'est-on pas à court d'idée pour entretenir la flamme dans le discours ?
Non, ça ne m'a pas posé pas de problème, car je n'ai jamais annoncé cette saison un objectif de résultat ou de points à atteindre. Je me suis toujours focalisé uniquement sur : comment peut-on optimiser notre façon de jouer ? Étant dans cette démarche de moyens, qui n'exclut pas de temps en temps de mettre en place des petits challenges, on maintient les joueurs sous pression.

Vous n'avez pas craint un relâchement, même inconscient, de la part de vos joueurs ?
Mon premier réflexe quand on est devenu premier a été de dire : "on regarde devant !". Cela veut dire : "qu'est-ce qu'on doit mettre en oeuvre maintenant, individuellement et collectivement, pour continuer à progresser ? On est toujours dans cette démarche de moyens. Y compris avant un match, où je ne parle que de jeu, de ce qu'il faut faire par rapport à nous, par rapport à l'adversaire. Je ne dis jamais aux joueurs "aujourd'hui les gars, il faut 3 points".

"Ce qui se fait à Barcelone est une leçon exceptionnelle à une époque où tout est basé sur la rentabilité..."

Finalement, la grosse inconnue pour vous, cette saison, c'est la capacité de réaction de vos joueurs à faire face à une série de mauvais résultats…
C'est vrai. Mais là, il faut bien comprendre ce qui est essentiel pour qu'un joueur et une équipe restent sereins en toute circonstance. Le plus important, ce n'est pas de bien s'entraîner, c'est : quelle est la situation du joueur dans le club ? Quel est son statut ? En professionnel, la chose la plus importante, c'est le contrat. La deuxième, c'est la gestion des contrats dans leur ensemble. Dès le mois de novembre, un joueur dont le bail se termine en juin commence à s'interroger sur son avenir. Le soir, il a peut-être une femme qui lui dit : "en juin, chéri, qu'est-ce qui va se passer ?". Parfois on dit qu'untel n'est pas bon. Mais peut-être qu'il n'est pas bon parce qu'il est inquiet, parce qu'il n'est pas respecté au club, parce qu'il se sent trahi... Dans ce cas, comment voulez-vous exiger de lui des choses à l'entraînement ou en match ?

Quelle est la solution ?
A Bastia, j'ai souhaité que tous les joueurs ayant signé soient sur du "un plus un". C'est-à-dire tous avec le même statut. Après, le salaire est forcément différent entre un jeune de 20 ans et un attaquant qui vient de Ligue 2… Alors je ne dis pas qu'il faut mettre cinq ans de contrat à tout le monde ! C'est le haut niveau, on n'est pas là pour faire plaisir aux joueurs, mais pour leur proposer quelque chose de cohérent par rapport à ce qu'ils ont fait ou ce qu'on attend d'eux. Et c'est là que je dis qu'il faut affronter les choses d'un point de vue statutaire. C'est la base. Y compris en amateur. Le joueur doit savoir ce qu'on attend de lui, quel projet on a pour lui, est-ce qu'il y aura des primes, un boulot, quelles sont les règles sociales du club, etc… ?

La saison dernière, c'est à Onet le Château, éducateur parmi les autres, qu'Hantz s'est ressourcé.
La saison dernière, c'est à Onet le Château, éducateur parmi les autres, qu'Hantz s'est ressourcé.
En clair, quels que soient les résultats de l'équipe, si les joueurs se sentent bien dans le club, il n'y a pas de souci à se faire sur du moyen long terme…
Ce qui est primordial, c'est que le joueur ait des ressources. Il ne faut jamais qu'il soit désemparé par une situation, mais soit en mesure de réagir. Et pour ce faire, il faut, en amont, asseoir des repères. J'ai parlé des contrats et de leur gestion collective, mais ce n'est pas tout. Christian Gourcuff a dit un jour : "Les dirigeants doivent faire confiance à l'entraîneur parce que les joueurs le ressentent". Cela fait partie également de ce socle à mettre en place. Si on y arrive, on est solide. Et alors ce n'est pas une contre-performance qui va tout remettre en question.

Et si ce socle n'existe pas ?
Alors tout sera éphémère. À un moment donné, ça pourra marcher, mais pas sur la durée.
Malheureusement, les dirigeants n'affichent pas toujours une grande confiance envers leur entraîneur… Le problème, c'est qu'ils mettent l'accent pour la plupart sur le fait qu'un entraîneur effectue ou pas les bons choix, entraîne bien son équipe, etc... On se moque du monde ! Le plus important dans un club, que vous soyez en DH, en Ligue 1, en jeunes ou en seniors, c'est : le joueur qui arrive, dans quel état d'esprit est-il ? Quelle vision a-t-il de son club ? S'il est rassuré par son statut, par le fonctionnement, par de bonnes installations, s'il sent une unité dans le club, vous créez un climat favorable. On peut alors passer au travail sur le terrain.

Vous avez connu les U13, les U15, le CFA, la Ligue 2, la Ligue 1 et aujourd'hui le National ! En retirez-vous une conviction quant à la bonne attitude à avoir avec un joueur, quel que soit le niveau ?
Toujours peser ses mots et ses actes. Mieux vaut ne rien dire plutôt que de ne pas tenir une promesse. Pour un joueur, il n'y a rien de pire. Sinon, je parlais tout à l'heure de statut et de leaders. C'est vrai même en jeune. Cela relève du domaine social, anthropologique. Il y a toujours des gens qui se mettent en avant dans une meute ou un groupe d'individus. Ces gens-là ont besoin de prendre des responsabilités, il faut les leur donner. Mais là encore, on ne doit pas se tromper. Il y a les vrais et les faux leaders. En jeunes, c'est plus difficile à déceler car les relations fluctuent.

"La formation à la française a fait quelques monstres en axant trop le travail sur le développement individuel du footballeur"

Avec les années, avez-vous fait évoluer votre manière d'entraîner ?
Je fais davantage de travail collectif "à vide".

Vous travaillez sur des circuits préférentiels ?
Oui, c'est un travail analytique pour lequel j'utilise tout le terrain. Je mets en place mon équipe, assez tôt dans la semaine pour rassurer les joueurs, avec un thème. Ensuite, on travaille la même chose mais sous forme d'opposition. Là, je vais plutôt réduire les espaces pour favoriser la technique, la vivacité.

Il y a une erreur que vous ne commettez plus, par rapport à vos débuts ?
Le manque de distanciation. Quand on est jeune entraîneur, on a tendance à trop insister sur ce qu'on veut voir à l'entraînement. Aujourd'hui, si je mets en place un exercice et que je vois qu'il ne fonctionne pas, je passe tout de suite à autre chose. C'est là que je dis qu'il faut savoir prendre de la distance. Lorsqu'on est jeune entraîneur, on a besoin de se rassurer. Quand on a de l'expérience, on cherche d'abord à rassurer ses joueurs.

La définition du bon joueur a-t-elle évolué d'après vous ?
La référence des années 2000, c'était un joueur d'abord athlétique et puissant, rapide si possible. En 2010, l'émergence du FC Barcelone fait que la technique individuelle et collective revient au premier plan et ça c'est super ! Je le dis d'autant plus facilement que je suis un entraîneur qui aime les équipes solides, athlétiques. Mais je suis admiratif devant ce que fait le Barça. Vous savez, quand vous prenez un peu de recul comme je l'ai fait pendant un an, il y a un moment où vous revenez à l'essentiel, où vous vous dites "mais pourquoi je fais ce métier ?"

Et alors ?
On fait ce métier pour transmettre. Or, je peux vous dire que lorsque vous regardez jouer Barcelone ou Arsenal, puis que vous voyez un match entre Stoke City et Sunderland, vous savez ce que vous avez envie, ou pas, de transmettre ! Quoi qu'on en dise, le football est un art. Et il est joué devant un public. Les footballeurs sont livrés aux gens. C'est le cirque des temps modernes ! Il y a une dimension spectacle à ne pas occulter. Alors même si on est axé sur le résultat, mettons tout en oeuvre pour y adjoindre de l'esthétique ! Ce qui se fait à Barcelone est une leçon exceptionnelle à une époque où tout est basé sur la rentabilité, où quelle que soit la manière, il faut gagner ! Or, ces équipes-là gagnent tout en étant dans le beau, la qualité, et aussi dans une certaine image de fair-play. C'est unique.

De 1993 à 1995, c'est à Nice que le gaucher a passé ses deux dernières saisons en L1.
De 1993 à 1995, c'est à Nice que le gaucher a passé ses deux dernières saisons en L1.
Barcelone, c'est l'exemple à suivre aujourd'hui ?
Oui parce qu'il y a de la vitesse, de la force, mais aussi de la technique, de l'altruisme, du plaisir partagé. Il faut que tout le monde aille dans cette direction. D'ailleurs, je crois que la DTN est en train de prendre un tournant à ce niveau-là. On en récoltera les fruits dans dix ou quinze ans.

Ce qui se faisait jusqu'à maintenant n'était pas adapté selon vous ?
Quand on voit certains internationaux sortis de Clairefontaine, c'est toujours "vitesse et individualité". Ça me gêne. Pendant des années, ce qui a été fait sur le plan technique est fantastique. Cependant, je pense qu'il est indispensable aujourd'hui d'y intégrer une dimension plus collective. Le déplacement par rapport au partenaire, par rapport à l'adversaire... C'est là-dessus qu'il faut mettre l'accent, tout en conservant nos qualités athlétiques qui sont un peu notre marque de fabrique.

Il y a aussi l'état d'esprit à changer…
Oui mais vous savez, je suis convaincu que ce qu'un éducateur propose à ses joueurs dépasse le cadre du football. Dans la notion de collectif, il y a des valeurs éducatives essentielles. Or, et là je vais employer un mot fort, je pense qu'on a fait quelques monstres… On a trop axé le travail sur le développement individuel du footballeur. Et comme par hasard, on s'aperçoit aujourd'hui que ces joueurs-là, socialement, sont des égocentriques forcenés. Et ils ont été formés à la Française !

La DTN dit aujourd'hui vouloir former de bons équipiers. Des joueurs capables de faire des efforts avec et pour les autres. Vous êtes d'accord ?
C'est sûr que je préfère cette définition à celle qu'on a connue ces 25 dernières années. Maintenant, il ne faut pas tomber non plus dans l'effet inverse. On a besoin que les joueurs aient du talent.

Ce qui s'est fait ces 25 dernières années a permis quand-même de gagner une Coupe du Monde ! Bien sûr, c'est l'apogée d'une histoire qui remonte à très loin, à Georges Boulogne, etc... Alors oui, c'est la formation qui a fait 98. Mais c'est aussi la formation qui a fait 2010 ! On a craché sur les dirigeants à juste titre en leur reprochant de ne pas assumer leurs erreurs. Mais nous, éducateurs, techniciens, formateurs, devons aussi nous remettre en cause.

Vous avez été choqué par ce qui s'est passé en Afrique du Sud ?
Choqué, énormément, surpris, à moitié. Je pense que les joueurs se sont retrouvés dans une situation d'isolement et de frénésie qui a débouché sur ce que l'on sait. Ils ne mesuraient même plus qu'ils représentaient la France. Ils ont franchi des limites parce qu'on n'avait peut-être pas suffisamment posé de cadre. Et poser un cadre, c'est parfois dire non. C'est ce qui s'appelle l'éducation. Or, la majorité des joueurs qui étaient à la Coupe du Monde n'avait pas d'éducation.

La majorité ?
Oui parce qu'ils peuvent nous dire ce qu'ils veulent, pas un n'est descendu du bus ! Avoir une éducation, c'est apprendre des choses à des gens pour qu'ils deviennent ensuite autonomes. Et là, ce fut un signe d'immaturité incroyable. Alors on ne va pas charger la mule. Aujourd'hui, tournons la page et formons des joueurs qui deviennent des adultes. De cette Coupe du monde, il y a beaucoup de leçons à retenir.

"On s'entraîne pour progresser et on joue pour gagner. Et je n'ai pas honte de ça."

Après avoir joué le maintien à Sochaux et au Havre, Hantz apprécie d'être à la tête d'un groupe qui gagne à Bastia.
Après avoir joué le maintien à Sochaux et au Havre, Hantz apprécie d'être à la tête d'un groupe qui gagne à Bastia.
Revenons au jeu. En voyant jouer Barcelone, on parle beaucoup de possession du ballon. D'autres préfèrent insister sur la nécessité d'être fort dans la récupération. Comment vous situez-vous par rapport à ça ?
Mais Barcelone ne fait pas autre chose que récupérer le ballon ! Tout se passe dans ce qu'on appelle les changements de statut, les transitions. Qu'est-ce qui se passe quand on gagne et quand on perd la balle ? Là où les Barcelonais sont le plus actifs, c'est à la perte. Tous les joueurs se montrent concernés. Après, je pense qu'on joue au foot d'abord pour avoir le ballon, c'est l'essence même du jeu. Et eux le font excessivement bien.

Parce qu'ils ont des joueurs d'exception…
C'est sûr que si, techniquement, vous n'avez pas des joueurs au-dessus du niveau, vous prenez de gros risques à vouloir conserver la balle. Mieux vaut parfois ne pas l'avoir. Enfin, c'est plus complexe que ça. Pour pouvoir user d'attaques rapides, il faut aussi savoir garder le ballon ! Car, dans ce cas, vous fatiguez l'adversaire. Donc à un moment donné, quand il va attaquer, il va moins bien défendre...

En matière de système de jeu, ce sont les joueurs ou l'entraîneur qui doivent s'adapter d'après vous ?
Je pense que tout entraîneur a un système qu'il préfère parce qu'il le maîtrise bien. Alors certes, il faut aussi savoir s'adapter aux joueurs que l'on. Mais on n'est pas entraîneur pour tout subir, au contraire. Je pense qu'on est là parce qu'on a des idées et qu'on veut les partager et les faire avancer. Aussi, même si au départ on a n'a pas les joueurs pour, un entraîneur doit aller, dans la durée, vers le système qu'il souhaite. Cela dit, le plus important reste l'animation. Défendre haut, bas, attaquer vite, garder le ballon...

Toujours en ce qui concerne l'organisation de jeu, on voit trop souvent en amateur des éducateurs copier ce qui se fait au haut niveau. Comment y remédier ?
C'est vrai que dans les clubs, on fait peu de formation. La compétition prend le dessus. Les éducateurs voient un système qui marche alors ils l'utilisent, sans même savoir pourquoi ! C'est encore plus vrai lorsqu'ils ne sont pas formés. Il faudrait vraiment que les éducateurs, en général, parviennent à dépasser l'enjeu et à sortir de ce que peut représenter leur équipe pour eux.

C'est-à-dire ?
Il y a beaucoup de frustration dans la vie sociale, professionnelle, personnelle… Pour les entraîneurs, surtout en amateur, le samedi est une échappatoire. C'est un exercice du pouvoir, une ambition enfouie, un moyen de se valoriser. C'est pareil pour les dirigeants. Imaginez un mec qui bosse dans la sécurité sociale et qui devient "président" d'un club de PH. Rien que le terme fait tourner la tête de certains. L'envie du pouvoir, la notion de représenter quelque chose... Tout cela peut faire perdre la réalité des choses. Après, on voit des dirigeants qui, dans leur club, ne se soucient que des 3 points de l'équipe fanion, ne vont jamais voir jouer les autres équipes.

Parce que, encore une fois, l'enjeu prend le pas sur tout le reste...
Oui, pour quel résultat ! Chez les jeunes, y compris dans les centres de formation, on voit trop de schémas tactiques figés. Des équipes qui sont toujours en attaque placée où il n'y a pas de prise de risque dans la passe, dans la course, dans le système... Pourquoi ? Parce qu'il y a des clubs où, si l'éducateur est champion des 15 ans, il s'est assuré un contrat pour les trois ans à venir ! De la même manière, un dirigeant va avoir beaucoup d'estime pour son éducateur champion de France des 17 ans, et négliger celui des U19 qui a fini cinquième, mais qui va former des joueurs qui, à 22 ou 23 ans, seront exceptionnels !

La "championnite" est identifiée comme le mal du football amateur à la base. Vous êtes d'accord ?
Oui, même si tout est une question de discours. Il ne faut pas tomber dans l'excès inverse. Moi j'ai une phrase très simple : on s'entraîne pour progresser et on joue pour gagner. Et je n'ai pas honte de ça. C'est ce que je disais à mes U13. La semaine, je ne leur parlais jamais du match. On était dans nos thèmes, dans nos cycles... Et le samedi, il fallait mettre en place ce qu'on avait travaillé, face à un adversaire. On était donc dans la rivalité, tout en restant dans le respect des règles. Là, on essaye de marquer des buts, de ne pas en prendre, on essaye de gagner, quoi ! Gagner des matches, en perdre, c'est aussi de la formation. Le fait que des gamins de 6 ans jouent le samedi pour gagner, ça ne me gêne pas. Ils font la même chose tous les jours dans la cour de l'école. Ce qui me gêne, c'est ce qu'il y a autour. Le problème n'est pas lié aux compétitions, mais aux gens qui les font vivre. Il faut recentrer le débat. Arrêtons de compliquer les choses. Le football est quelque chose de très simple.

Propos recueillis par J.G.

L'entretien VESTIAIRES - Frédéric HANTZ : "Arrêtons de compliquer, le football est quelque chose de très simple."
FRÉDÉRIC HANTZ
Né le 30 mai 1966 à Rodez
Joueur : Onet le Château, Rodez (1980-87, D3), Aurillac (1987-88, D3, Clermont (1988-89, D2), Istres (1989-92, D2), Metz (1992-93, D1), Nice (1993-95, D1), Niort (1995-97, D2).
Entraîneur : Rodez, CFA (1998-2001), Brive, CFA (2002-04), Le Mans, L1 (décembre 2004-2007), Sochaux, L1 (juillet-décembre 2007), Le Havre, L1 (décembre 2008-2009), Bastia (depuis 2010)


Dimanche 9 Janvier 2011


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