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L'entretien VESTIAIRES - Claude PUEL : "L'éducateur qui dit à un gamin de ne pas dribbler a tout faux !"

Bas le masque. "Trop défensif", "trop autoritaire", "pas assez communiquant"... A Lyon, Claude Puel est souvent la cible de critiques, à tort ou à raison. Au point de renvoyer l'image aujourd'hui d'un entraîneur introverti, à la carapace dure. Exit la polémique ! Pour VESTIAIRES, le technicien a accepté de parler longuement de football. Il y dévoile une partie de ses convictions, de sa philosophie, de sa personnalité aussi. Et stigmatise au passage la caricature dont il est s'estime faire l'objet. (par Julien Gourbeyre et Xavier Cerf)



"Je me sens comme un éducateur qui exerce au plus haut niveau !"

Un coach de Ligue 1 est souvent un technicien très seul.
Un coach de Ligue 1 est souvent un technicien très seul.
En 1996, vous raccrochez après plus de 600 matches avec Monaco ! Entraîner "votre" équipe était-il pour vous la suite logique ?
Non, j'avais plutôt une vocation de formateur. Je me voyais diriger le centre de formation, ce qui d'ailleurs m'était dévolu à l'origine.

Que s'est-il passé ?
Tigana recherchait un préparateur physique. Il m'a proposé le poste. Très vite, j'ai eu en réalité un rôle d'adjoint. Je conceptualisais presque toutes les séances. Y compris celles pour les jeunes en périphérie du groupe ou qui avaient besoin de travailler davantage. Il y avait Trezeguet, Henry, Christanval… J'ai fait ça pendant 2 ans avant de prendre également la CFA la 3ème année.

Vos semaines étaient chargées !
Je m'occupais des pros jusqu'à la veille du match, de la réserve dont je dirigeais la dernière mise en place avant de la coacher le week-end. Jacques Devisme me remplaçait pour le décrassage de l'équipe une.

Dont vous prenez la tête en janvier 1999…
Tigana est parti et on m'a demandé d'assurer l'intérim pour un match. Finalement, ça s'est prolongé jusqu'à la fin de saison. Et j'ai rempilé.

Ces deux années avant de devenir coach principal vous ont-elle été profitables ?
Cela m'a conféré un certain bagage. Étant passé directement de joueur à technicien, j'ai dû entamer une profonde réflexion. Il aurait été intéressant de pouvoir la confronter à ce qui se pratiquait ailleurs. Mais tout s'est enchaîné. D'ailleurs, diriger du jour au lendemain les joueurs dont j'étais le capitaine n'était pas évident…

Votre premier entraînement ?
Je me suis bien fait chambrer. Mais le lendemain, c'était fini (rires). Il a fallu de suite établir une certaine distance.

"Je pense avoir marqué les premiers joueurs que j'ai entraînés (rires) !"

Vous avez dit que votre vocation était la formation. Irez-vous un jour ?
J'ai pris trop de mauvaises habitudes (sic). Un formateur est dépendant d'une politique sportive mais aussi de l'entraîneur des pros qui permet de valider et valoriser le travail de formation en donnant du temps de jeu aux jeunes. C'est un peu frustrant. Moi, ce qui m'intéresse aujourd'hui, c'est de maîtriser le processus de A à Z. Ce qui ne m'empêche pas d'avoir conservé une âme de formateur. Je me sens comme un éducateur qui exerce au plus haut niveau.

Quels techniciens vous ont le plus inspiré à vos débuts ?
Tous m'ont aidé à me construire et à mettre en place ma propre philosophie. Il y a eu mon premier préparateur physique, Jacques Vankersschaver, à une époque où la fonction n'était pas encore reconnue; Gérard Banide dont l'approche était intéressante de par la variété de ses séances; Lucien Muller et sa fameuse "grinta"... Sans oublier Arsène Wenger que j'ai eu pendant 7 ans. C'est peut-être lui qui m'a le plus marqué. Lorsqu'il est arrivé, il venait de descendre avec Nancy. Une bonne pioche pour Campora qui a eu raison de regarder d'abord ses compétences.

La manière avec laquelle Puel a résisté et résiste encore à la pression populaire et médiatique à Lyon soulève l'admiration de ses collègues entraîneurs.
La manière avec laquelle Puel a résisté et résiste encore à la pression populaire et médiatique à Lyon soulève l'admiration de ses collègues entraîneurs.
Qu'est-ce qui vous plaisait chez lui ?
Sa façon d'être, avec beaucoup de mesure et de recul, ce qui lui permettait après le match de toujours avoir la bonne analyse, de rester objectif et constructif. Plus tard, lorsque je suis allé le voir une semaine à Arsenal, j'ai vu qu'il avait un peu fait évoluer son approche de l'entraînement. Être entraîneur, c'est aussi ça : être capable de se remettre en question pour continuer à avancer et progresser.

Vous étiez un joueur combatif et dur au mal. Dans quelle mesure cela a-t-il influencé vos convictions d'entraîneur ?
Je pense avoir un peu marqué les premiers joueurs que j'ai entraîné (rires). Ils en ont bavé, mais m'ont témoigné par la suite de la reconnaissance. Certains sont devenus internationaux et ont joué dans de très grands clubs. J'avais cette forme de discipline, de rigueur... Les jeunes en avaient sans doute besoin pour grandir. Mais c'est vrai que j'avais une façon un peu plus abrupte d'inculquer certaines valeurs. Je pouvais être très sanguin, car intolérant.

Intolérant ?
Oui, comme sur le terrain. J'étais un joueur de devoir qui travaillait pour l'équipe, pour le collectif, et qui ne supportait pas le "je m'en foutisme" après une défaite ou un petit jeu perdu à l'entraînement. Depuis, j'ai changé. Heureusement, sinon je n'aurais pas pu exercer très longtemps.

"Le public est à l'image des médias, il n'y a pas de véritable analyse, pas d'objectivité."

Pourquoi ?
Parce que chaque joueur est différent, a une approche, un vécu et une éducation qui lui sont propres. Les modes d'expression et de pensée ne sont pas les mêmes pour tous. D'où la nécessité de faire preuve de tolérance. Cela ne veut pas dire tout accepter, mais prendre en considération ces composantes pour ensuite parvenir à inscrire le joueur dans un collectif, l'amener à penser collectif. C'est certainement aujourd'hui le rôle le plus important et le plus difficile de l'entraîneur.

Le joueur que vous étiez n'influence-t-il pas vos choix en matière de recrutement ?
J'ai tendance paradoxalement à chercher des profils techniques, créatifs, pas spécialement besogneux. L'idéal, bien sur, c'est un joueur qui a les deux... Et puis j'ai deux gamins qui jouent au foot et qui sont tous deux attaquants (rires).

Il y a aussi l'empreinte qu'on laisse au jeu de son équipe. Sous vos ordres, le LOSC était réputé pour son agressivité, domaine dans lequel vous excelliez…
Cette équipe était méconnue, car sous-médiatisée. À force de nous prédire la descente et de nous voir terminer 2ème ou 3ème (en 2005 et 2006, NDLR), les gens ont commencé à dire qu'on était une équipe qui rentrait dedans, qui mettait des coups. C'était caricatural. Si vous revoyez les matches aujourd'hui, vous vous rendez compte que Lille était surtout un petit peu en avance sur son temps.

Puel, un homme de convictions.
Puel, un homme de convictions.
En avance ?
Nous avions un vrai collectif avec des joueurs présents à la récupération, certes, mais qui, dès qu'ils avaient le ballon, avaient le souci de mettre de la qualité dans le jeu. On a terminé deux fois 2ème attaque derrière Lyon ! On a gagné à Milan et contre Manchester… Alors oui, on était dur à jouer. Nous étions l'une des premières équipes à avoir cette notion de récupération collective, de pressing haut, de défendre en avançant… On a aussi instauré le turn-over, devenu monnaie courante depuis. Mais à l'époque, on me prenait pour un fou ! Je pouvais changer jusqu'à 8 ou 9 joueurs d'un match à l'autre ! Cette année-là, on est vice champion et on va en huitième de finale de la coupe UEFA, le tout après avoir disputé 64 matches avec des gamins qui venaient pour la plupart de divisions inférieures…

Gérard Houllier a déclaré que vos joueurs faisaient preuve d'une telle agressivité à la récupération, que la meilleure façon de vous battre était de jouer long pour sauter le milieu et disputer le 2ème ballon…
Encore de la caricature. On disait aussi que Puel était un entraîneur défensif.

On l'entend dire encore aujourd'hui…
Et pourtant, j'ai participé à sortir des joueurs comme Bodmer, Odemwingie, Keita, Bastos… des profils offensifs ! Et d'autres qui font encore les beaux jours de Lille. C'est dommage parce qu'on colle une image sans aller au fond des choses.

Justement, allons-y ! À Lyon, quelle est votre philosophie lorsque votre équipe a le ballon ?
Avoir un jeu complet. C'est-à-dire être capable de procéder par contre, en attaque rapide, mais aussi de jouer en attaque placée face à un gros bloc adverse. En France, la majorité des équipes prônent un style de jeu direct, avec beaucoup de verticalité à la récupération. On se repositionne bas pour se laisser des espaces et contrer... C'est plus facile à mettre en place. C'est aussi ce qui rend la Ligue 1 si difficile. Or, quand on s'appelle Lyon, on se doit d'afficher en plus une certaine qualité pour contourner cette densité et continuer à produire du jeu. Savoir faire courir l'adversaire, l'user, le fatiguer mais aussi, dans certaines situations où il y a des espaces, être en capacité de jouer très vite vers l'avant. Le tout sans s'exposer aux contres, sinon ce n'est pas viable.

Vous semblez tenir à ce fameux 4-3-3…
On me parle d'organisation mais c'est l'animation qui compte ! Il n'y a pas un système plus défensif ou offensif qu'un autre. Ils sont tous valables. L'essentiel est d'en choisir un qui corresponde aux caractéristiques des joueurs. Et puis à Lyon, il y a depuis longtemps cette culture du 4-3-3.

"Les agents et les pseudo-conseillers font beaucoup de mal..."

Avec d'autres joueurs !
Ceux qui sont partis ont transmis des choses. Si bien que cette culture perdure. Mais l'important, je le répète, ce sont les caractéristiques des joueurs. Dans un 4-4-2 par exemple, il faut des joueurs de couloir ayant un gros volume. Des joueurs forts dans les phases de transition, capables à la fois de faire des différences offensivement et de se montrer performants dans le travail défensif. Avec un 4-3-3, on peut se permettre d'aligner sur les côtés des profils un peu plus "attaquants" parce qu'on a un milieu plus fourni. On va donc leur demander peut-être un peu moins de travail sur le plan défensif, si ce n'est des efforts de replacement.

Lisandro, qui court beaucoup au point de perdre parfois un peu de présence dans la zone de finition, a-t-il vraiment le profil pour jouer dans un système à une seule pointe ?
Il a besoin de cette générosité. Mais je dois le freiner. Défensivement, Il effectue des sprints, des courses pas toujours à bon escient. Il bouffe du jus pour rien (sic). Je préfère qu'il soit plus attentif à des replacements et à un positionnement qui lui permettront d'être plus utiles encore à l'équipe, notamment sur le plan offensif. Mais bon, c'est un joueur qui n'a pas énormément travaillé tactiquement. Il est arrivé tard dans le football, sans véritable cursus dans un centre de formation. C'est un attaquant talentueux et généreux, avec beaucoup de spontanéité dans son jeu, mais qui doit structurer davantage ses d'efforts.

Vous modifiez souvent l'organisation de votre équipe en cours de match. D'autres entraîneurs y sont opposés. Qu'en pensez-vous ?
En match, j'estime devoir jouer ce que je conçois comme étant mon rôle. C'est-à-dire aider mon équipe si elle est en difficulté. On vient de prendre un but et les joueurs ont la tête basse ? Qu'est-ce que je peux faire pour inverser la tendance ? C'est ça mon rôle ! Je suis là pour donner aux joueurs des clés qui puissent les aider à avancer dans l'adversité. Et ce à n'importe quel moment de la partie.

Avec Aulas, Benzema et Cornillac, entre Lyonnais...
Avec Aulas, Benzema et Cornillac, entre Lyonnais...
Quelle place accordez-vous au beau jeu dans la performance ?
Je pense que le beau jeu ne peut être validé que s'il est efficace. Si c'est pour perdre, ça ne m'intéresse pas. Ceci dit, pour être efficace lorsqu'on produit du jeu, il faut du temps. D'où la nécessité d'accepter de ne pas être tout de suite récompensé. Après, je dirais que le style de jeu doit être aussi en lien avec la culture d'un club, d'un pays, pour répondre à une attente. Ce qu'a fait Mourinho à l'Inter, il ne pourra pas le faire au Real. À Milan, on cultive la tactique, la rigueur, la discipline, car le plus important, c'est la gagne, quelle que soit la qualité entrevue sur le terrain. En France et notamment à Lyon, c'est différent. Le public est difficile car il veut voir du jeu.

Sans se montrer forcément très patient ?
Oui, mais c'est à l'image des médias où il n'y a pas de véritable analyse, pas d'objectivité. Une équipe qui gagne 3-0 est encensée, même si elle est désastreuse dans le jeu (sic). Une autre qui fait match nul en jouant bien, comme cela a pu nous arriver cette année, est critiquée. À terme, cela peut toucher les joueurs. C'est pourquoi on se doit toujours, à travers les montages vidéo notamment, de tout remettre en perspective afin de leur donner de l'objectivité sur ce qu'ils ont fait. Les inciter à prendre du recul sur tout cet environnement destabilisant et superficiel.

Que vous inspire Barcelone aujourd'hui ?
Tout ce qu'on peut aimer dans le football, on le retrouve à travers leur expression collective. Le ballon est donné dans le bon tempo, au bon moment, les joueurs effectuent des petits déplacements d'un ou deux mètres, juste pour se montrer, donner des solutions et enchaîner. Ils savent percuter quand il le faut, mais aussi jouer simple et juste, à une ou deux touches quand le jeu l'exige. C'est fort.

"On parle beaucoup des Etats Généraux ? Donnons plutôt la paroles aux techniciens..."

Vous en avez fait l'amère expérience en C1, il y a 2 ans…
Tout le monde s'est un peu moqué de nous après cette défaite 5-2 au match retour. Pourtant, on les avait pas mal titillés. Et je rappelle qu'à l'aller (1-1, NDLR), nous avons été l'une des rares équipes à les avoir mis autant en difficulté. Derrière, le Bayern en a pris 4 et le Real 6 sur son terrain. Ça relativise les choses...

Qu'est-ce qui vous avait le plus impressionné face au Barca ?
Les efforts à la perte du ballon. Je l'avais d'ailleurs souligné dans un montage vidéo présenté aux joueurs. Les premiers défenseurs chez eux, ce sont les attaquants. Les autres récupèrent les miettes. Ils étouffent littéralement leur adversaire. Le fait de récupérer le ballon de suite permet de faire moins d'efforts et de maintenir la pression. Tout est très bien orchestré. Et quand le Barça remporte la Liga, il termine meilleure défense et meilleure attaque. Cela veut tout dire. Un champion doit être bon dans tous les registres.

Toute proportion gardée, c'était la force de Lille…
Oui parce que la plupart des gars découvraient la Ligue 1, ils étaient donc plus réceptifs, plus maniables. Avec des joueurs confirmés, ces efforts à la perte sont plus difficiles à faire accepter. La force de Barcelone, c'est d'y parvenir avec des joueurs d'exception !

Parce que c'est inscrit en eux.
Exactement. J'en ai discuté un jour avec Guardiola. Je lui ai demandé s'il travaillait cette récupération à l'entraînement. Il m'a répondu que cela provenait d'abord de l'éducation des joueurs formés au club. On leur inculque ça dès le plus jeune âge. Après, ça devient naturel. Et une fois en pro, on continue simplement à cultiver cette philosophie par des exercices sous forme de jeu.

Face à Mozer et l'OM (ici en finale de la coupe de France), Puel n'a jamais rien lâché dans sa carrière.
Face à Mozer et l'OM (ici en finale de la coupe de France), Puel n'a jamais rien lâché dans sa carrière.
Travailler collectivement à la perte réclame de faire des efforts sans ballon. Or, c'est justement ce que vous aviez stigmatisé lors d'une réunion avec l'Amicale, à Lyon, en prenant l'exemple de Benzema, lequel avait tendance à se déconnecter du jeu en phase défensive...
Il est en train de rectifier ça au Real où il effectue plus de déplacements. Chez nous, il aimait avoir le ballon dans les pieds et créer quelque chose. L'équipe avait trop tendance à se reposer sur son talent, à le regarder jouer. Ça ne marche qu'un temps. C'est pour ça qu'un joueur, même très talentueux, doit s'inscrire dans un collectif. Car c'est ce collectif qui va lui permettre de s'exprimer, mais aussi de trouver des réponses le jour où il n'est pas là ou en méforme.

Plus de vertus collectives et moins d'individualisme, c'est le projet de la DTN aujourd'hui.
Oui, même si c'est un peu plus fin que ça. Il y a un équilibre à trouver. En France, on a de bons dribbleurs, des joueurs qui ont de la percussion, qui sont capables de faire des différences. Ces profils, il faut les garder, ne pas les brider par certains discours du type "arrête de dribbler". Un éducateur qui dit ça à un enfant, il a tout faux ! Bien sûr, il veut dire "ne dribble pas à cet endroit, pas à ce moment-là ou dans ce contexte-là". Mais ce que le gamin entend, lui, c'est "je n'ai pas le droit de dribbler". Et ça, ça peut faire des ravages.

Trouver un amalgame entre expression des qualités individuelles et capacité à travailler avec et pour les autres, c'est ça ?
Oui, un gamin qui conserve sa spontanéité, son envie d'entreprendre, tout en s'inscrivant dans le collectif. Il faut les deux, car un joueur que l'on met dans un moule va peut-être réussir à s'exprimer dans une équipe, mais aura du mal à le faire dans une autre où le jeu sera moins bien léché. En revanche, celui qui possède, en plus, un bon bagage individuel, pourra jouer n'importe où.

On ressent là votre âme de formateur…
C'est un sujet intéressant dont on ne parle pas assez je trouve. On ne parle que d'états généraux, mais très peu de terrain ! La DTN y est sensible ? Alors donnons-leur la parole. Donnons la parole aux techniciens ! L'avenir de notre football ne va pas se faire dans l'administratif, mais par une vraie réflexion sur ce que doit être le jeu en France. On ne peut pas copier les Espagnols parce qu'on n'a pas les mêmes caractéristiques. En revanche, nous avons des qualités athlétiques que eux n'ont pas. Cela veut dire qu'on doit s'orienter sur du culturel technique, tactique, le tout avec une densité physique qui peut nous permettre au final d'être plus fort que les Espagnols. On l'a montré par le passé. On peut reprendre un temps d'avance à condition de se poser les bonnes questions et de faire évoluer les choses.

"Je m'entraîne parfois avec les joueurs car certaines choses se voient mieux de l'intérieur"

À commencer par l'état d'esprit. Ben Arfa, pour ne pas le citer, a déjà connu 7 clubs depuis qu'il a 12 ans, vous 1 seul pendant 24 ans ! Vous ne vous sentez pas un peu en décalage avec ces nouvelles générations ?
Je n'aurais pas envie d'entraîner si je me sentais dépassé. Ce ne sont pas des choses que j'accepte, mais je conçois que la société évolue, que les jeunes ont aujourd'hui d'autres priorités, d'autres perspectives… Alors oui, le métier d'entraîneur devient plus difficile. Pas mal de valeurs se sont envolées. Il faut parfaire pour certains une éducation qui fut défaillante. Tout cela est dû aussi aux agents et autres pseudo-conseillers qui font beaucoup de mal et polluent l'évolution du gamin... Ils boycottent en quelque sorte les valeurs éducatives d'une bonne formation. Il appartient aujourd'hui à nos dirigeants de légiférer sur ces choses-là.

Quel type de management utilisez-vous avec les pros ?
Comme je l'ai dit, les joueurs ne fonctionnent pas tous de la même manière. Il y en a avec lesquels il faut se montrer très ferme, d'autres qu'il faut amener vers plus de réflexion… C'est toujours un équilibre entre accompagnement, mise en confiance et responsabilisation. Si on ne fait qu'accompagner un joueur, sans remise en cause, il finira par échouer car il n'aura pas acquis les armes pour faire face à l'adversité.

Au plus haut niveau, on a l'image d'un Mourinho qui communique beaucoup avec ses joueurs. Vous, vous renvoyez une image un peu à l'opposé de cela...
Là encore, il y a beaucoup de caricature. Après, on peut toujours communiquer davantage. C'est vrai que c'est important. Et c'est vrai aussi que dans le rapport avec le joueur, il y a des choses que j'ai pu faire quand j'étais jeune entraîneur que je ne referai pas aujourd'hui.

Pas toujours facile de garder le sourire entre Aulas et Lacombe !
Pas toujours facile de garder le sourire entre Aulas et Lacombe !
Seriez-vous favorable à l'arrivée d'un préparateur mental dans votre staff ?
Cela dépend… À Lille, on avait pris non pas un préparateur mental mais un psychologue pour accompagner les jeunes dans leur formation. C'est important car on peut perdre des joueurs uniquement sur des aspects psychologiques. Alors qu'il y ait une aide, une écoute, à disposition de tous y compris des pros, pour ceux qui auraient des questionnements, des blocages, je dis oui. Mais qu'une personne extérieure prépare mentalement l'équipe pour qu'elle joue mieux, je suis contre. Ou alors il faut arrêter d'entraîner ! Je considère que cela relève du rôle du technicien.

Vous avez souvent recours aux entretiens individuels ?
L'échange est quotidien. C'est souvent informel sur ou autour du terrain. On ne peut pas systématiquement venir dans le vestiaire et dire "untel, viens me voir dans mon bureau" !

Vous vous entraînez régulièrement avec vos joueurs. Pourquoi ?
Certaines choses se voient mieux de l'intérieur, on a un autre oeil. Et puis c'est intéressant aussi de parvenir à galvaniser une équipe, à priori moins forte dans un jeu, et qui finalement s'impose parce que vous l'avez aidé à mieux s'organiser, à lui donner de la confiance.

Certains disent qu'une telle attitude a valeur d'exemplarité. D'autres, au contraire, affirment que cela dilue l'autorité et le rapport hiérarchique…
L'exemplarité, peut-être. Mais pour le reste, je ne crois pas. En ce qui me concerne, ça n'a jamais été le cas.

Peut-on avoir la lucidité nécessaire pour évaluer et corriger lorsqu'on a la tête dans le guidon ?
Oui, car on est centré essentiellement sur son équipe. Et puis vous savez, quand on a été joueur pendant tant d'années, à ce poste de milieu de terrain, on a une certaine vision de l'intérieur du jeu.

En définitive, qu'est-ce qui est le plus difficile au haut niveau : la gestion humaine ou l'approche technico-tactique ?
Le plus facile, c'est de coacher en Ligue des Champions. Il n'y a pas besoin de travailler sur l'aspect motivationnel pour que le joueur soit réceptif, concentré et rigoureux. Ça se fait naturellement. Au contraire, il y a besoin parfois de dépassionner les débats, de ne pas en rajouter. Toujours est-il que je retrouve alors l'essence même du métier d'entraîneur, c'est-à-dire uniquement les aspects techniques et tactiques. C'est un pur bonheur ! Quand on dit quelque chose au bord du terrain, les joueurs réagissent de suite à la consigne. Entre guillemets, je dirais qu'ils obéissent au doigt et à l'oeil parce qu'ils sont hyper concentrés (sic).

Et le plus difficile alors ?
Quand on n'est pas en coupe d'Europe (rires). Des matches où on se triture les méninges pour renouveler le discours afin d'aller chercher l'étincelle chez le joueur pour qu'il se sente impliqué et concerné à 100%.

Vous n'avez pas mentionné l'environnement…
C'est vrai qu'on se sent parfois à contre courant par rapport à tout ce qui se dit, tout ce qu'on vous prête. Il faut une grande endurance psychologique, savoir maintenir son cap si on est convaincu que c'est le bon. Et ce, même s'il n'y a pas grand monde autour de vous qui pensent la même chose.

Propos recueillis par J.G. et X.C.

L'entretien VESTIAIRES - Claude PUEL : "L'éducateur qui dit à un gamin de ne pas dribbler a tout faux !"
CLAUDE PUEL
Né le 2 septembre 1961 à Castres (81)
Parcours
Joueur : Castres, Monaco (1979-96)
Palmarès : champion de France 1982 et 1988, coupe de France 1991 (finaliste en 1984 et 1989), finaliste de la C2 en 1992, 486 matchs de L1 (4 buts).
Entraîneur : Monaco, CFA (1996-99), Monaco (1999-2001), Lille (2002-08), Lyon (depuis 2008)
Palmarès : champion de France 2000, demi-finaliste de la Ligue des Champions 2010.

L'entretien VESTIAIRES - Claude PUEL : "L'éducateur qui dit à un gamin de ne pas dribbler a tout faux !"


Samedi 5 Février 2011


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