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L'entretien Footengo - Jacques VENDROUX (Radio France) : "Nous partons à la découverte des petits clubs"

Créateur du premier multiplex de l'histoire du football à la radio en 1972, déjà sur France Inter (Interfootball), sa station de toujours, Jacques Vendroux continue d'innover. Ainsi, fort de son statut de directeur des sports de Radio France, impulse-t-il depuis la rentrée un nouveau concept qui met en lumière le football amateur. En délocalisant ses multiplex, les soirs de Ligue 1, une fois par mois, le président et fondateur du Variétés Club de France paye de sa personne pour valoriser le foot d'en bas et ramener celui d'en haut à de plus saines préoccupations. (par Johan Cruyff)



Ami de Thierry Rolland, proche de Michel Platini, Jacques Vendroux ne manque aucune occasion de célébrer la mémoire de son ancien collègue...
Ami de Thierry Rolland, proche de Michel Platini, Jacques Vendroux ne manque aucune occasion de célébrer la mémoire de son ancien collègue...
M. Vendroux, pourquoi avoir choisi de délocaliser les multiplex de Radio France dans des clubs amateurs ?
L'idée m'est venue lors de la dernière campagne présidentielle, en écoutant l'émission "Carnets de campagne" sur France Info tous les jours. Le journaliste allait à la rencontre des Français, dans les petites villes et les villages, dans la France profonde donc, sans aucun sens péjoratif donné à cette expression. Fort du succès de cette émission, je suis allé voir le patron de Radio France pour lui proposer de faire la même chose mais avec les clubs amateurs. Une fois par mois, nous partons donc à la découverte d'un petit club.

Pourquoi vous intéresser aux clubs amateurs ?
Pour connaître leur réalité, savoir ce qu'ils pensent du football professionnel, des stars, découvrir leurs joies, leurs peines, leurs difficultés à joindre les deux bouts. Je ne suis pas là pour révolutionner le foot amateur, pour délivrer des messages ou jouer au juge et au procureur en donnant des leçons. Mon objectif est de donner la parole à ceux qui ne l'ont pas. Et à partir de là, on s'aperçoit qu'on apprend énormément de choses.

"Le footballeur professionnel d'aujourd'hui se moque complètement du foot amateur. Il s'en fout."

Qu'avez-vous appris lors de votre première délocalisation à Coulogne, dans le Pas de Calais ?
Plein de choses... que le club venait de créer une équipe féminine parce que de plus en plus de filles, attirées par la bonne image de l'équipe de France féminine, voulait se mettre au football. A l'inverse, le président de l'US Coulogne m'a dit qu'il venait de perdre une centaine de licenciés parce que les parents préféraient mettre leurs enfants au basket, au rugby ou au handball, sports désormais réputés moins "risqués", plus sains et respectueux de certaines valeurs éducatives. Encore une fois, je ne porte aucun jugement mais je fais un contact à travers tout ce qui est dit dans l'émission.

Un constat qui n'est pas forcément positif et favorable au football ?
Et qui est lié au contexte économique, car il est de plus en plus difficile de trouver des partenaires financiers et des bénévoles mais aussi à l'image catastrophique renvoyée par l'équipe de France en Afrique du Sud, puis lors du dernier Euro. Même les arbitres ont mauvaise presse et peinent à renouveler leurs effectifs car les gens sentent qu'il n'y pas une bonne ambiance entre eux, même chez les meilleurs, les pros. Les licences étant chères, tout ça mis bout à bout finit par décourager les parents. De plus en plus de communes sont obligées de fusionner pour pouvoir créer un club qui se tienne. Il est clair que le football traverse une mauvaise passe et qu'il faut absolument que tout le monde se ressaisisse pour redonner envie aux gamins d'aller au stade.

Ici avec Claude Puel, consultant pour Radio France.
Ici avec Claude Puel, consultant pour Radio France.
Votre émission est une passerelle de plus entre les pros et les amateurs...
Alors qu'il n'y en a pas suffisamment, je vous l'accorde. Contrairement à ses prédécesseurs des années 80 et 90, le footballeur professionnel d'aujourd'hui se moque complètement du foot amateur. Il s'en fout. Il a oublié d'où il venait. La reconquête passe par une formation différente qui le sensibilisera davantage à des valeurs qui lui échappent. Savoir d'où on vient, avoir du respect pour ses origines, c'est quand même important.

Quel jeune footballeur étiez-vous ?
J'étais gardien de but et j'ai débuté au RC Calais. Je me souviens avec émotion que ce sont les parents nous amenaient au stade, eux qui nous faisait à manger avant, ou nous préparaient le goûter après, eux qui étaient dans les vestiaires et nous protégeaient. J'ai passé des moments merveilleux car je reste persuadé que le vestiaire, où il se passe tant de choses, reste une formidable école de la vie. Et ce quel que soit le niveau, amateur ou professionnel. C'est pour ça qu'il faut absolument protéger le foot amateur, aider les petits clubs et leur donner la parole. C'est ce que je m'attache à faire à mon niveau avec Radio France. parce que je n'ai pas oublié que j'ai grandi dans un vestiaire, c'est lui qui m'a fait devenir ce que je suis aujourd'hui.

Jusqu'à quelle âge avez-vous joué ?
J'ai joué une trentaine d'années dans les buts et j'ai arrêté en 1993 après la catastrophe de Furiani (Jacques Vendroux a fait partie des victimes du drame. Il est resté plusieurs semaines dans le coma : ndlr)

"J'aime ça, porter les ballons, nettoyer les vestiaires, sentir l'atmosphère des avant-matchs."

Avez-vous déjà été dirigeant d'un club amateur ?
Parce que je suis originaire de Calais, le club m'avait sollicité pour devenir membre du comité directeur. Dans un premier temps, j'ai accepté, heureux et flatté, mais rapidement, au bout de six mois en fait, je n'ai pas pu assumer en raison de mon emploi du temps. Entre temps, j'avais été nommé directeur des sports de Radio France. Mais en matière de bénévolat, j'ai donné et je donne encore comme dirigeant du Variétés Club de France, que j'ai créé en 1971. Tous les week-ends, nous partons jouer dans un club amateur, gratuitement et pour des oeuvres caritatives. Nous en sommes à plus de 2500 matchs. Prochainement, nous serons à Chalon sur Saône, à Saint-Malo, à Lamorlay. J'aime ça, porter les ballons, nettoyer les vestiaires, ramasser les maillots, sentir l'atmosphère des avant-matchs.

Pour en revenir à l'opération de décentralisation que vous avez débuté le 22 septembre dernier à Coulogne, savez-vous quels seront vos prochaines étapes ?
Non, pas encore. Je ne fais pas de sélections même si j'ai plusieurs milliers de demandes. Pour choisir un club, c'est au feeling. Mais que les clubs n'hésitent pas à faire acte de candidature en m'écrivant à cette adresse mail : jacques.vendroux@radiofrance.com. Notre prochain déplacement est prévu le 27 octobre.

propos recueillis par J.C.

L'entretien Footengo - Jacques VENDROUX (Radio France) : "Nous partons à la découverte des petits clubs"
JACQUES VENDROUX
Né le 1 mars 1948 à Calais
Parcours
Joueur : RC Calais, Olympique Lyonnais, Paris UC, Stade Français, RC France.
Journaliste : ORTF (1966-1969), France Inter (1969-1992), Canal Plus (1992), France Inter (1993-2009), France Info (depuis 2009). Directeur des sports de Radio France depuis 2002.
Dirigeant : manager général du Variétés Club de France (depuis 1971).


Samedi 20 Octobre 2012

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