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L'entretien FOOTENGO - Raynald DENOUEIX : "Pourquoi je n'ai jamais replongé..."

Raynald Denoueix nous manque. Depuis qu'il a quitté le banc basque de la Real Sociedad, il manque à tous ceux qui considèrent qu'un entraîneur de football, fut-il professionnel, est avant tout un éducateur amoureux du beau jeu et de sa dimension collective. Dans le paysage audiovisuel français où les bons consultants sont aussi rares que les bons matchs, il manque également aux téléspectateurs qui appréciaient ses commentaires, aussi mesurés que pertinents. A 64 ans, faute d'avoir trouvé un challenge à sa mesure, l'héritier de José Arribas et de Jean-Claude Suaudeau a coupé avec un football français qui ne le mérite peut-être pas. Mais, à Nantes ou ailleurs, plus à Nantes qu'ailleurs, tout n'est peut-être pas perdu. C'est l'impression que nous a laissé cet entretien fleuve qui nous laisse espérer revoir l'entraîneur champion de France il y a onze ans revenir aux affaires. (par Johan Cruyff)



Raynald Denoueix n'a jamais été aussi heureux qu'à Nantes lorsqu'il perpétuait le style de jeu à la nantaise.
Raynald Denoueix n'a jamais été aussi heureux qu'à Nantes lorsqu'il perpétuait le style de jeu à la nantaise.
M. Denoueix, que répondez-vous à ceux qui regrettent de ne plus vous voir sur un banc de touche depuis votre départ de la Real Sociedad ?
Je leur réponds que j'ai quand même 64 ans et qu'on n'effectue pas les mêmes choix à 60 ans qu'à 40 ans. On devient plus exigeant et certainement plus difficile par rapport aux projets qui peuvent vous être proposés, aux conditions de travail. C'est aussi une question de motivation. Je n'exerce plus le métier d'entraîneur depuis huit ans et, depuis un an, j'ai complètement coupé avec le football puisque je n'interviens plus sur Canal Plus. Cela me permet de disposer de pas mal de temps de libre. C'est aussi simple que ça. Entre le match de Liga du week-end, celui de Ligue des Champions la semaine, une émission de temps en temps, je passais mon temps dans les aéroports ou les gares. Même si j'appréciais beaucoup ce rôle qui m'a permis de découvrir l'envers du décors tout en restant connecté au haut niveau, à mon âge, il n'y a rien d'illogique de décrocher.

Vous n'êtes pas sans savoir que les sites Footengo sont consacrés au football amateur. Votre nouveau rythme de vie vous permet-il d'avoir plus de relations avec le football de la base ?
Je ne sais pas si on peut parler de foot amateur pour Carquefou, car aujourd'hui en CFA l'organisation des clubs est supérieure à ce qui se faisait au niveau professionnel il y a trente ans, mais je m'entretiens très régulièrement avec Denis Renoud, le coach de cette équipe. Il me communique tout le temps leur résultat et on s'appelle toutes les semaines pour parler foot. De temps en temps, il passe prendre un café et on discute... J'entretiens aussi des liens réguliers, même s'ils en sont que téléphoniques, avec un entraîneur d'une équipe auvergnate que j'ai rencontré dans le cadre d'un programme d'entraîneurs reliés sur Internet. Lorsque j'entraînais Nantes, je n'hésitais pas à recevoir des entraîneurs qui me contactaient par courrier, ou à répondre à des invitations... Aujourd'hui, je me régale toujours autant à parler de foot.

Même de ce foot pro qui n'est pas parvenu à vous donner envie de vous relancer ?
Oui car, malgré tout, que ce soit au niveau professionnel ou au niveau amateur, j'ai toujours considéré que c'était du foot, le même foot. On oppose souvent les deux mais, pour moi, ça n'a toujours fait qu'un.

Pourtant, le fossé n'a jamais été aussi grand entre les privilèges toujours plus grands du sommet et les difficultés croissantes de la base. Ne pensez-vous pas que l'image renvoyée par nos élites footballistiques nuise au rôle éducatif que tout club amateur doit prendre à sa charge ?
On parle beaucoup de la baisse des licenciés mais ceux qui se détournent du football parce que l'image renvoyée par le plus haut niveau est négative, parce que certains, une minorité, se comportent mal, ne doivent pas trop aimer le ballon. Je suis par exemple sceptique sur l'influence négative qu'aurait pu avoir le parcours de l'équipe de France lors de la dernière Coupe du Monde 2010 en Afrique du Sud. Encore faudrait-il que les deux soient liées, qu'il suffise que les Bleus gagnent pour que les gosses aient envie de jouer au foot. A mon avis, ce n'est pas aussi simple. La vérité se trouve dans les clubs, dans tous les clubs, dans leur capacité à transmettre des messages, à donner un état d'esprit et une mentalité à leurs joueurs. Si chacun se réfugie derrière le mauvais exemple de quelques-uns, on n'en sort plus. L'amour du football va bien au delà de ça et l'impact des images, aussi médiatiques soient-elles, n'a pas autant de puissance.

"Je suis choqué lorsqu'on j'entends qu'on va désormais s'efforcer de former des joueurs pour qu'ils jouent en équipe..."

Le foot demeure donc un sport éducatif malgré tous ses excès ?
Bien sûr, ce n'est qu'une question d'hommes. A vingt ans, on a tous été des petits cons et c'est encore le cas ! La mauvaise influence, je n'y crois pas trop. J'ai toujours en tête le souvenir de mon premier directeur sportif qui, le lendemain de la première retransmission télévisée d'un match, nous avait dit que le foot était foutu !

Au plus haut niveau, il ne véhicule quand même plus tout à fait les mêmes valeurs, notamment celles qui ont fait la force du FC Nantes ?
Je ne sais pas ce qui se fait ailleurs, ce qui se fait maintenant dans les clubs. Je sais juste que pour moi, le foot a toujours été avant tout un sport collectif. Mes équipes sont toujours rentrées à onze sur un terrain et j'ai donc toujours essayé de former des joueurs qui allaient être capables de jouer avec leurs partenaires. Je suis choqué lorsqu'on j'entends ou lorsque je lis qu'on va désormais s'efforcer de former des joueurs pour qu'ils jouent en équipe et non plus de manière individuelle. Cela me semble tellement évident. Peut-être parce que j'étais un joueur moyen qui savait ne pas pouvoir faire la différence tout seul et qui avait besoin des autres pour faire gagner son équipe.

Vous faites indirectement référence aux nouvelles directives de la DTN qui, effectivement, semble découvrir le caractère collectif du football. A Nantes, dans la lignée de José Arribas ou Jean-Claude Suaudeau, ne vous sentiez-vous un peu en décalage lorsque vous étiez encore en poste, au centre de formation ou avec les pros ?
En opposition, en décalage... oui certainement un peu. Disons que nous n'étions pas dans le courant dominant par rapport à certains principes de jeu. Mais, franchement, ça ne me dérangeait pas du tout car en rentrant dans mon club j'allais pouvoir faire ce que je voulais. J'avais la chance, au centre de formation comme avec les pros ensuite, de jouir d'une grande liberté d'action. J'avais même le merveilleux privilège de pouvoir faire des conneries (rires) ! Pendant seize ans, avec "Coco" Suaudeau au dessus de moi, sans lui ensuite mais avec d'autres, j'ai pu faire passer mes idées. Mais je les sentais tellement au plus profondément de moi que c'en était simple, naturel. On parlait collectif, déplacements, passes... et le fait de jouer de la sorte créait un état d'esprit général dans lequel les joueurs s'inscrivaient pour se respecter les uns les autres, respecter le jeu. Comme l'a dit un entraîneur de basket, expression que je lui emprunte, c'était le JEU avant le JE. Et jamais personne à Nantes ne m'a empêché de transmettre cette philosophie. Blazevic a bien essayé pourtant...

Arribas, Suaudeau, Denoueix, la légende peut-elle renaître ?
Arribas, Suaudeau, Denoueix, la légende peut-elle renaître ?
Dans un entretien Footengo précédent, Jean-Claude Suaudeau nous disait qu'il considérait que dans les années 70-80, le FC Nantes avait trente ans d'avance sur le Barça d'aujourd'hui. Vous souscrivez ?
(rires) J'ai eu la chance d'arriver à Nantes à 17 ans lorsqu'il y avait José Arribas. Les entraînements étaient d'une grande variété. On n'en était qu'aux balbutiements de la préparation physique mais nous faisions déjà de la pliométrie -sans en connaître le nom- en montant et descendant des escaliers en courant. On cavalait aussi énormément, avec "Coco" (Suaudeau), qui était encore joueur, et "Bud" (Budzinski) en tête du groupe. Dans la variété, il y avait du lourd ! On faisait des étirements ce qui ne se faisait pas à l'époque... et toujours les mêmes principes de jeu basés sur le déplacement, le démarquage, l'utilisation des espaces etc. Pour L'Equipe Magazine, je suis allé récemment visiter le centre d'entraînement du Barça. Ils ne m'ont pas tout révélé de leurs exercices mais ils m'ont bien dit que si un jour un Abrahamovitch arrivait et leur demandait de tout changer, de jouer long et de privilégier les grands costauds, ce serait impossible. Peut-être avec les pros... mais pas avec le centre de formation. Et même avec les pros car il faudrait d'abord qu'il se fasse élire en tant que président et qu'il présente un programme. Au Barça, j'ai donc vu des choses toutes simples dans la manière de se démarquer, d'utiliser la largeur et le profondeur pas seulement vers l'avant mais aussi en n'hésitant pas à revenir vers l'arrière, jusqu'au gardien pourquoi pas, pour mieux repartir. Tout ça va au delà de l'organisation de jeu qui varie de temps en temps mais qui reste ancrée sur des principes immuables.

Le style du Barça est-il transposable dans un autre club ?
Oui, bien sûr. Je m'insurge contre ceux qui pensent le contraire. Vous n'atteindrez jamais leur niveau de jeu car ils l'expriment avec des joueurs exceptionnels mais rien de mieux que de regarder jouer cette équipe pour apprendre à jouer ensemble au football. Et on s'aperçoit aussi que cette façon de jouer engendre souvent un certain type de comportement sur le terrain... aux antipodes des tacles assassins d'un Pépé par exemple au Real Madrid.

Ne regrettez-vous pas de n'avoir été que l'entraîneur de deux équipes, Nantes et la Real ?
On peut toujours rêver de gagner la Ligue des Champions ou la Coupe du monde mais j'ai déjà eu la chance d'être un entraîneur heureux à Nantes et à la Real Sociedad où je ne suis pas arrivé par hasard non plus. J'étais bien dans ces deux contextes.

Pourquoi n'êtes-vous pas resté plus longtemps à San Sebastian ?
Notre deuxième saison, celle de la Ligue des Champions, a été difficile. J'avais alors dit aux dirigeants qu'on se préparait des saisons encore plus difficiles. Ils m'ont senti trop pessimistes et, surtout, le président qui m'avait fait venir, n'a pas été réélu. Je ne m'étais pas trompé puisque deux ans après ils descendaient en D2.

Pourquoi n'avez-vous pas répondu favorablement à la demande de la DTN après le départ de Gérard Houiller en 2010 ?
Parce que je ne le sentais pas tout simplement. Seul le terrain m'intéresse. Je ne me voyais pas dans ce rôle.

"Si je reviens, c'est dans une sorte de club idéal. Mais pour le moment, il n'existe pas..."

Il n'y a donc aucune chance de vous revoir dans un club pro ou amateur ?
Ou alors dans une sorte de club idéal qui n'existe pas pour le moment. Dans cette logique, et pour en revenir à votre question du début de notre entretien, il n'y a pas pour moi de club pro ou de club amateur, de foot pro ou de foot amateur, juste des possibilités de jouer en mettant l'intelligence en avant au service du jeu avec l'appui de tout le club, avec le public qui fait partie du projet, avec tous les éducateurs et tout le monde sur la même longueur d'ondes. Et ça, je sais que c'est difficile à obtenir. C'était un peu le cas à Nantes où on parlait toute la journée de foot en croisant les entraîneurs des autres équipes à la Jonelière, en discutant sans cesse avec eux. On n'avait pas besoin de faire des réunions, on se côtoyait tout le temps et on échangeait en permanence. C'était très enrichissant, une atmosphère de travail dynamisante qui nous faisait prendre du plaisir à nous retrouver et à partager autour du ressenti des uns et des autres. Oui, à Nantes à cette époque là, ça parlait foot à 95% de huit heures du matin à huit heures du soir, 365 jours sur 365 ! Les 5% restants, c'étaient les administratifs...

La fin du FC Nantes que vous avez connu n'est-elle pas intervenue le jour où on a cessé de n'y parler que de foot ?
Oui, le jour où le football n'a plus été la préoccupation principale de tous.

Revoyez-vous Coco Suaudeau ?
Non, pas souvent. Nous ne sommes pas des accros du téléphone et nous avons un peu le même caractère plutôt solitaire. Même si je me suis retrouvé sur Canal Plus, nous n'étions pas tous les deux très médiatiques.

Dernièrement, toujours dans un entretien Footengo, Maxime Bossis, votre ancien coéquipier, nous disait qu'il était prêt à revenir au sein du FC Nantes si on faisait appel à lui. A condition de vous retrouver dans le projet éventuel, seriez-vous prêt à faire la même démarche ?
Oui, s'il y a des conditions favorables et si je dois servir à quelque chose. Si je peux retrouver le plaisir de côtoyer des gens qui se comprennent, remettre à l'ordre du jour ma définition du jeu : le plaisir de se comprendre, la relation entre gens qui pigent le truc. Si recruter redevient un moyen de prendre des gens capables de comprendre les autres, de se mettre à leur service.

Propos recueillis par J.C.

L'entretien FOOTENGO - Raynald DENOUEIX : "Pourquoi je n'ai jamais replongé..."
RAYNALD DENOUEIX
Né le 14 mai 1948 à Rouen
Consultant Canal Plus depuis 2005.
Parcours
Joueur : Nantes (1966-79)
Palmarès : champion de France 1973 et 1977
Entraîneur : US Gétigné (1975-81), Nantes, centre de formation (1982-97), Nantes (1997-2001), Real Sociedad, Esp. (2002-04)
Palmarès : champion de France 2001, coupe de France 1999 et 2000. , vice-champion d'Espagne 2003

A la fin des années 70, le FC Nantes ne se doutait pas qu'il détenait en son sein le successeur de Suaudeau.
A la fin des années 70, le FC Nantes ne se doutait pas qu'il détenait en son sein le successeur de Suaudeau.


Samedi 14 Avril 2012

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