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L'entretien FOOTENGO - Darren TULETT : "Je suis l'Anglais de service, c'est clair !"

Darren Tulett. Le trublion du service des sports de Canal+, qui aura longtemps été la caution anglaise de L'Equipe du Dimanche, entretient son personnage parfois jusqu'à la caricature. Parce que ça marche. Mais au delà des préjugés et sous des airs de dandy volage et superficiel se cache un authentique passionné qui a appris à aimer le football dans les pas de son paternel dans les pubs de la banlieue de Brighton. A l'heure où la bi-nationalité de certains pose problème à d'autres, sa double culture lui permet de tirer magnifiquement son épingle d'un jeu médiatique qu'il a appris à maîtriser. A 46 ans, il est bien plus que l'Anglais de service... (par Johan Cruyff)



"Dans mon milieu social, modeste, on naît avec le football dans les veines !"

Iconoclaste Daren Tulett ! (photo : Surface Magazine)
Iconoclaste Daren Tulett ! (photo : Surface Magazine)
Parce que vous avez un profil atypique dans un milieu très conservateur, beaucoup remettent en cause l'authenticité de votre passion pour le football !
Pourtant, j'ai toujours été un passionné comme beaucoup en Angleterre, comme une évidence. Dans mon milieu social d'origine assez modeste, on naît avec le football dans les veines. Et automatiquement les gens ont un club préféré, généralement celui le plus proche géographiquement. Mais s'il ne s'agit pas d'un grand club, comme ce fut mon cas habitant à Brighton, on a le droit (sic) d'en supporter un autre. C'est permis (rires) ! Lorsque j'avais cinq ou six ans, c'est Arsenal qui gagnait donc j'avais choisi Arsenal. Depuis, je suis fan des Gunners envers et contre tous. Même si je me réjouis du retour de Brighton en deuxième division et de l'inauguration prochaine d'un nouveau stade de 22 000 places !

L'Angleterre, c'est aussi le rugby, n'avez-vous jamais hésité entre les deux ?
Non, parce que le rugby là-bas n'a longtemps concerné que les docteurs, les avocats, les universitaires... un milieu qui n'était pas le mien, mon père étant ouvrier en usine. J'ai suivi mon père qui jouait en corpo comme vous dites en France et qui avait aussi monté une équipe avec ses copains du pub. La semaine avec l'usine, le week-end avec ses potes...

Revenez-vous souvent sur Brighton ?
Jamais le week-end parce que je travaille mais en semaine donc je ne peux pas revenir voir l'équipe jouer. J'en garde des souvenirs d'ado extraordinaires dans l'ancien stade avec notamment la montée de l'équipe en Premier League. Jamais avant et jamais depuis ils n'ont pu y revenir et vivre ça lorsque vous avez 14 ou 15 ans comme c'était mon cas est fantastique.

Et quel joueur étiez-vous ?
Nul (rires) ! Je jouais avec mon école la semaine et avec le club de mon quartier le dimanche matin. Au début, je jouais attaquant, neuf et demi. Lorsque j'ai intégré l'université, parce que le niveau était plus relevé, je suis passé latéral droit, comme mon père. ce n'est qu'en revenant dans mon club de quartier, que je suis redevenu avant-centre.

Quel style aviez-vous ?
Utiliser le mot "style" pour qualifier mon jeu serait peut-être un peu osé... Disons que je me rêvais en Peter Ward, l'attaquant de Brighton de l'époque que tout le monde connaît en France, je n'en dote pas (rires) !

"Au début, j'étais plus neutre mais on s'est aperçu que les gens préféraient que je sois chauvin !"

A quand remonte votre premier contact avec la France et pourquoi la France ?
Avant de venir en France, je n'étais quasiment jamais sorti d'Angleterre. C'était en 1989 pour accompagner un ami avec qui je venais de terminer mes études. Il avait déjà été sur Paris travailler comme plongeur au Moulin Rouge et on est parti sans rien prévoir, sans idées préconçues. Quelques semaines, quelques mois... on ne savait pas trop. Juste pour aller à la rencontre des petites françaises qui ont quand même une super réputation outre-Manche ! Finalement, lui n'est jamais rentré, il s'est marié ici, et a des enfants aujourd'hui. Je suis quand même resté six ans après avoir fait quelques petits boulots mais pour revenir chez moi faire des études de journalisme. Lorsque je suis revenu en France, en 1997, c'était en tant que journaliste pour Bloomberg News, une agence d'information américaine. J'étais leur correspondant sur Londres et je me suis fait muter sur Paris. Ce fut une chance énorme pour moi car cette agence était en pleine expansion et m'a permis de suivre les plus grands événements sportifs comme la Coupe du monde en 1998, le Tour de France, Rolland Garros.

Comment avez-vous ensuite atterri sur Canal Plus ?
Au hasard des rencontres que vous pouvez faire dans ce milieu. Je participais déjà à une émission sur Europe 1 avec Pierre Louis Basse, et lorsque Hervé Mathoux a lancé le concept de L'Equipe du Dimanche avec des intervenants étrangers, il a pensé à moi. On a mangé ensemble le lundi, le mardi j'étais pris et le dimanche on faisait le premier numéro !

Le journaliste de Canal+ est à la convergence de la mode, du sport et des médias.
Le journaliste de Canal+ est à la convergence de la mode, du sport et des médias.
Vous vouliez faire de la télé ?
Je n'avais jamais pensé que c'était une option qui pouvait s'offrir à moi mais ce fut une agréable surprise qui me correspond bien, même si la presse écrite me manque. Je prenais un plaisir énorme à lire mon nom dans le journal. La télé est plus "kleenex", je ne regarde que rarement les émissions que je fais ou présente, l'approche n'est pas la même.

Pourtant, avec votre look et votre répondant, on ne vous imagine pas ailleurs !
C'est la réminiscence de mes années de collégien où j'ai eu la chance d'avoir un prof de théâtre extraordinaire qui nous poussait à découvrir des univers qui n'étaient pas ceux d'enfants de notre condition. C'est lui qui m'a donné le goût de la scène. Je regrette qu'en France on ne sensibilise pas suffisamment les enfants à autre chose qu'aux matières traditionnelles, les maths, le français, l'histoire... Cette approche plus ouverte m'a beaucoup servi et je considère que c'est une grande richesse car j'ai toujours gardé en moi cette envie de monter sur scène. Je le revendique et c'est aussi pour ça que je me sens aussi bien dans mon rôle aujourd'hui à la télé.

Au milieu de tous ces spécialistes conventionnels comment gérez-vous votre image décalée et un brin caricaturale ?
Je suis l'Anglais de service, c'est clair ! Il y a des clichés difficiles à éviter donc plutôt que de les subir autant essayer de sen servir, de rebondir dessus et d'en profiter même. Il est évident que je joue un rôle. Un exemple; je ne suis pas chauvin, je ne l'ai jamais été, sinon je ne vivrais pas en France depuis plus de vingt ans, et je ne le serai jamais, mais je joue un rôle lorsque je défends de mauvaise foi certaines équipes britanniques. Ça va avec le personnage. Au début, j'étais plus neutre, plus journaliste dans l'âme mais on s'est aperçu que les gens préféraient que je prenne position et que je sois plus chauvin. Maintenant, je suis à fond dans le personnage (rires) ! Je m'amuse beaucoup à faire ça... au second degré même si je suis un peu enfermé dans le rôle de l'Anglais de service. A moi d'éviter les pièges.

Un Anglais aux commandes d'une émission de foot français... un Français pourrait-il vous imiter outre-Manche ?
Il faudrait pour ça que les Anglais s'intéressent au foot français... et c'est loin d'être le cas. Je serais moins visible à la télé si j'étais belge parce que les français se foutent du foot belge. Mais je mesure ma chance d'avoir ce statut d'étranger à la présentation d'une émission de foot anglais en France. C'est rare.

"En France, vous n'êtes pas conscients de la chance que vous avez ! Nous, on court après un titre depuis 1966 !"

Et c'est évidemment ce qui fait votre force...
Oui si on considèrent que les gens en ont marre d'avoir des programmes formatés sur la multitude de chaînes qu'ils peuvent voir. Le fait d'être un étranger est un plus. J'ai un regard différent, un look différent, une approche différente et je fais quelques fautes de français... c'est un plus !

Par les temps qui courent en France et à la FFF notamment, le statut d'étranger n'est pourtant pas forcément très bien vu. Que pensez-vous de la polémique qui a alimenté la chronique au coeur de la DTN ? Qu'en pense l'Anglais que vous êtes ?
J'ai été surpris par le choix de certains mots. Quand on lit froidement les comptes rendus on se demande ce qu'ils sont allés chercher car il me semble qu'il s'agit d'un faux débat. Cette histoire de bi-nationaux est ridicule car la France n'a jamais perdu un grand joueur qu'elle a formé tout simplement parce que tous ceux qui passent par un centre de formation rêvent d'être sélectionnés en équipe de France. Vous n'auriez jamais été champions du monde sans ces bi-nationaux, sans ces gens là comme ils disent dans ces réunions internes !

Qu'elle est la situation en Angleterre à ce niveau ?
Nous avons pas mal de Sud Africains concernés par la doublé nationalité mais... en criquet et ça n'émeut personne. Au foot, nous avons surtout des joueurs des Caraïbes, de la Jamaïque ou d'Afrique mais qui ont moins le choix que tous ceux qui évoluent dans les clubs français.

Arrivé comme un OVNI dans le PAF, Daren a su s'y faire une place de choix.
Arrivé comme un OVNI dans le PAF, Daren a su s'y faire une place de choix.
Ce thème ethnique est sorti au coeur d'une remise en cause profonde de la formation à la française. Comment est-elle perçue en Angleterre ?
Anglais, Allemands, Italiens, Espagnols... tout le monde est venu observer et copier ce que vous faites en France en matière de formation. Il faut faire attention de ne pas tout perdre en s'égarant avec des polémiques aussi stériles. Grâce à des formateurs venus de France, le foot anglais a fait beaucoup de progrès dans les clubs et franchement, face aux mauvais résultats de l'équipe de France, les Anglais ne comprennent pas tout. Je pense que vous n'êtes pas conscients de la chance que vous avez de posséder une sélection conquérante depuis l'époque Platini ! Nous, on court après un titre depuis 1966 ! Vous avez gagné la Coupe du monde en 1998, l'Euro en 1984, 2000 puis encore une finale de Mondial en 2006... Peut-être prendrez-vous conscience de votre chance dans vingt ou trente ans. Nous on rame depuis quarante ans (rires) ! Mais on reste optimiste car nous sommes un peuple qui préfèrera toujours voir son verre à moitié plein !

Allez-vous rester longtemps sur Canal + ?
Pour le moment, je suis bien où je suis. Mais je reste ouvert à toutes les influences, toutes les cultures, à l'idée de m'aventurer dans d'autres domaines.

Quelles relations avez-vous avec les joueurs ?
En regardant L'Equipe du Dimanche, les joueurs actuels ont grandi en me regardant, j'ai donc le privilège de ne pas être un inconnu pour eux. Le premier contact est plus facile. La position de Canal + par rapport au football français m'aide aussi à avoir des contacts privilégiés, évidemment. Les joueurs français qui partent à l'étranger savent tout l'intérêt qu'ils ont à collaborer avec nous pour ne pas se faire oublier. Quand ils sont inaccessibles parce que très très sollicités par la multitude de chaînes thématiques, de sites internet, de journaux dans tous les pays d'Europe, ils deviennent plus accessibles pour nous. J'ai même parfois la chance de prendre une "cup of tea" avec eux, dans leur maison. C'est formidable. J'ai conscience d'être un privilégié et je ne garde que de bons souvenirs de ces rencontres, de ces interviews. Ce sont des moments rares que j'apprécie à leur juste valeur. Quand ce n'est pas le cas, je me souviens de l'enfant que j'étais et qui regardait ses idoles sans pouvoir les approcher...

propos recueillis par J.C.

L'entretien FOOTENGO - Darren TULETT : "Je suis l'Anglais de service, c'est clair !"
DARREN TULETT
Né le 2 juin 1965 à Shoreham-by-Sea (près de Brighton)
Parcours : Bloomberg News, Londres (1995-2004), Canal+, L'Equipe du Dimanche (2004-2007), Canal+, Fabulous Sport (2007-2010), Canal+, Samedi Sport et Match of ze day (depuis 2010).


Samedi 14 Mai 2011

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