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L'entretien FOOTENGO - Daniel COHN-BENDIT : "La folie financière du foot doit s'arrêter"

Incarnation des événements de 68 en France, Daniel Cohn Bendit, dit "Dany le rouge", est devenu Vert avec l'âge. Député européen, co-président du groupe Vert et membre d'Europe Ecologie les Verts, il poursuit à 66 ans une croisade anti-libérale qui n'a jamais paru aussi pertinente qu'en ces temps de crise du système capitaliste. Le Montalbanais qui a grandi dans la ferveur du grand Reims et plus tard dans celle des Verts... de Saint-Etienne, peine à trouver des leviers à actionner pour alimenter son authentique passion du foot. Favorable à ce qu'on appelle déjà la taxe Hollande relative à l'imposition des plus gros salaires qui touchera peut-être, la saison prochaine, une grosse centaine de footeux, il y voit un moyen de redistribution vers ce football de base qu'il connaît bien. Près de Francfort, où il réside, son fils vient de créer un club et lui a demandé d'en être son président d'honneur. Pour le papa comme pour le passionné, ça ne se refuse pas. (par Johan Cruyff)



Passionné de foot, Cohn Bendit ne l'est pas forcément des footballeurs...
Passionné de foot, Cohn Bendit ne l'est pas forcément des footballeurs...
M. Cohn-Bendit, abordons d'abord le principal sujet d'actualité qui mêle politique et football avec la fameuse proposition de François Hollande d'imposer à 75% les revenus supérieurs à un million d'euros par an. Etes-vous pour ou contre ?
Je suis pour évidemment. Cette proposition est légitime. Il faut que les footballeurs professionnels cessent de considérer qu'une fois leur carrière terminée, à 35 ou 36 ans, ils peuvent vivre de leurs rentes. Ils devraient plutôt envisager de faire autre chose. Il est aberrant de considérer qu'en 2012 des gens puissent encore gagner autant d'argent aussi facilement. Et encore, lorsque François Hollande propose de taxer 75% des revenus supérieurs à un million d'euros, ça ne concerne que la tranche qui dépasse le million. Il ne faut pas exagérer non plus. Comme je suis d'accord avec Vikash Dhorasoo et Claude Onesta qui ont pris position pour cette imposition, je le suis aussi avec Michel Platini dans sa croisade pour une Europe du football plus juste, ce qu'il appelle le fair-play financier. Les salaires ont atteint de telles démesures, sans même parler du montant des transferts, qu'un plafond salarial me semble urgent pour ne pas risquer la banqueroute comme c'est le cas dans plusieurs clubs. On peut considérer que c'est de l'ordre du moral, de l'éthique mais aussi d'une logique économique et financière. Il faut arrêter cette folie du foot, cette démence des sommes en jeu. Sinon dans deux ou trois ans on aura une Ligue des Champions sans Barcelone ou le Real Madrid.

Pensez-vous comme Cesar Luis Menotti le disait dans les années 70-80 au moment de la dictature argentine du président Videla qu'il existe un football de gauche et un football de droite ?
J'en suis persuadé ! Celui qui pratique le football de gauche essaiera de marquer plus de buts que d'en encaisser, celui de droite essaiera avant tout de ne pas en prendre... Vous saisissez la nuance ? Pour illustrer mes propos je ne vois pas mieux que la défaite du Brésil de Socrates, Zico et Junior en 1982 qui s'est fait massacrer face à l'Italie de Gentile. L'émanation du football de droite est le Catenaccio italien super défensif. Hier soir, je regardais d'ailleurs une belle confrontation de ce style entre Arsenal et le FC Berlusconi (Milan AC). Inutile de vous dire que j'étais pour l'équipe d'Arsène Wenger qui pratique un football agréable en toutes circonstances. Sinon, le jeu du Barça en ce moment est toujours le meilleur.

"Arrivé au pouvoir, je récupère 10% de toutes les recettes liées au droits télé et je les redistribue au foot amateur."

Préférez-vous une belle équipe qui perd, façon Bleus d'Hidalgo en 1982, ou une "moche" qui gagne, façon Allemagne toujours en 1982 ?
(rires) Le beau jeu, c'est la vie donc je préférerai tout le temps la vie. Les équipes "moches" qui gagnent sont énervantes.

L'Allemagne nous a longtemps énervés !
C'est vrai mais il ne vous aura pas échappé que la tendance est en train de s'inverser entre le football français romantique et le football allemand pragmatique et réaliste. En s'ouvrant au monde, en intégrant dans ses sélections des joueurs issus de nouveaux horizons, les Allemands ont aussi ouvert leur football et gagné en créativité. Le brassage qu'ils ont effectué dès les catégories les plus jeunes porte ses fruits. Ils ont fait un travail extraordinaire et on voit maintenant des Özil, des Khedira, des Boateng etc. ramener la "Mannshaft" à son meilleur niveau dans un style séduisant.

Le football amateur en Allemagne ressemble-t-il à son homologue français qui est basé sur le bénévolat et les associations ?
La base est la même à ceci près que le foot et les clubs sont moins connectés aux structures scolaires comme cela peut être le cas en France. Mais le bénévolat et le tissu associatif sont aussi denses. Je suis bien placé pour en parler car mon fils s'occupe d'un club près de Francfort, il vient de le créer, et j'en suis le président d'honneur.

Rêvons un peu. Vous arrivez au pouvoir en France, ou en Allemagne, quelle mesure phare prenez-vous pour essayer d'aider le foot de la base qui souffre de plus en plus à assumer ses fonctions sportives et sociales ?
Une mesure simple mais qui serait efficace : je récupère 10% de toutes les recettes liées aux droits télé et je les redistribue au foot amateur. Tout le monde sait que c'est ce qu'il faudrait faire mais personne ne le fait car les intérêts économiques de quelques-uns sont trop importants. Il faudrait un changement de majorité. Seul un transfert de finances pourrait améliorer la situation. Au delà, il faudrait trouver des mécanismes de solidarité pour pérenniser le tout. Mais avec vos sites spécialisés dans le foot amateur vous êtes mieux placés que moi pour proposer des systèmes pertinents.

...même s'il partage pas mal de valeurs avec Dominique Rocheteau. Un autre ange Vert ! (photos : VCF)
...même s'il partage pas mal de valeurs avec Dominique Rocheteau. Un autre ange Vert ! (photos : VCF)
Avez-vous joué au football ?
Oui, jeune, et plus vieux... Mais j'étais un piètre joueur.

Entre l'Allemagne et la France, vers où penchait votre coeur de footballeur ?
J'ai grandi en France (il est né à Montauban dans le Tarn et Garonne : ndlr) donc j'ai été fortement influencé par le football champagne développé par le grand Reims. D'ailleurs, je regarde avec assiduité leur parcours actuel en Ligue 2 et je pousse avec eux pour qu'ils remontent en Ligue 1. Si ça arrive, ce jour là, lorsqu'ils disputeront leur dernier match avant la montée, je ferai le déplacement avec quelques potes pour fêter ça. Et j'espère croiser aussi les Kopa, Fontaine, Vincent... tous ceux qui ont fait la légende du club. Mon enfance a été bercée par ce football là, par la campagne de Suède en 1958, la France de 58 ! Que de souvenirs...

On vous a vu quelque fois dans l'émission "Les Spécimen" sur Canal Plus pour parler foot. Que pensez-vous de ces émissions de talk show qui se multiplient en ce moment, de l'atmosphère qui règne dans l'environnement du foot français ?
Il ne faut pas oublier que le foot est un sport populaire et que la "tchache" fait partie du truc. Donc on "tchache" beaucoup dans ces émissions, on parle, on s'emporte... Lorsque j'en écoute certaines, je ne juge pas, j'écoute seulement. Et je me dis que tout ça n'est pas très important. Il faut relativiser.

Selon vous, dans ce contexte, et avec l'image parfois désastreuse renvoyée par le foot de haut niveau, peut-on dire encore que le foot est un sport éducatif ?
Bien sûr car il demeure malgré tout des éducateurs dans tous les clubs qui réalisent un travail formidable et donnent de leur temps pour les jeunes et leur club. Et je serai toujours pour que l'argent qui coule à flot chez les pros aille de manière plus importante et automatique chez les amateurs. Il n'y a pas de secrets. L'argent est le nerf de la guerre à tous les niveaux. Ensuite, sur le côté exemplaire que doivent renvoyer les pros, les stars, ceux qu'on voit à la télé, je n'y crois pas trop. Les logiques sont tellement différentes, opposées, que comparer le foot pro au foot amateur c'est comme comparer le théâtre de province à celui joué par des acteurs professionnels. Cela n'a rien à voir. Le but n'est pas forcément de créer des passerelles entre les deux mondes mais plutôt de permettre, d'obliger peut-être, ceux qui sont tout en haut d'aider ceux qui sont tout en bas. Mais ce n'est pas propre au football, c'est vrai pour la société toute entière.

"Quand je regarde un match, je suis un homme politique supporter qui observe à la manière d'un sociologue !"

Quel rapport avez-vous avec le football de manière générale ?
Un rapport charnel car je vis les matchs à 100% et comme j'en regarde beaucoup, ça peut devenir épuisant. J'aime le foot, je suis supporter de Francfort depuis toujours et je suis donc à fond leur parcours et le championnat D2 allemand. Ils sont seconds pour le moment, ils peuvent espérer remonter en Bundesliga. Si Reims et Francfort remontent, la saison aura été bonne !

Qui êtes-vous lorsque vous regardez un match ? Un supporter, un politique, un sociologue, un observateur ?
Je suis un homme politique supporter qui observe à la manière d'un sociologue (rires) ! Et je me permets d'être d'une mauvaise foi absolue, de m'emporter, de me croire plus fort que les entraîneurs, de leur donner des leçons. Je peux devenir dingo. Je gueule.

Quelle est votre dernière grosse émotion de supporter ?
Pas plus tard que la semaine dernière quand Francfort a gagné Kottbus 1-0. Ce fut dur mais la victoire leur permet de rester dans le coup.

Et en France, vers quels clubs vont vos préférences ?
Avant que les Qatariens arrivent, comme je résidais sur Paris, j'étais plutôt supporters du PSG. Mais aujourd'hui, cet investissement sans fond n'a ni queue ni tête et ne m'inspire rien de bien. Depuis les Verts dans les années 70, dernière équipe à avoir vraiment incarné quelque chose, j'ai du mal à accrocher avec un club français sinon avec Reims parce que ça évoque chez moi beaucoup de souvenirs.

propos recueillis par J.C.

L'entretien FOOTENGO - Daniel COHN-BENDIT : "La folie financière du foot doit s'arrêter"
DANIEL COHN BENDIT
Né le 4 avril 1945 à Montauban
Nationalité : allemande
Professions : éducateur et journaliste
Député européen depuis 1994, co-président du groupe Verts-ALE au parlement européen depuis 2002, en 2009, il est réélu au parlement européen en tant que tête de liste en Ile de France.
Palmarès : titre docteur honoris causa de l'université catholique de Tilburg (PB) en 1997, révélation politique 1998 (Trombinoscope), prix Hannah Arendt pour la pensée politique en 2001, prix Cicero d'orateur politique, personnalité politique de l'année 2009 (Trombinoscope).
Dernier titre paru : "Que faire ?", Edition Pluriel, printemps 2009.
Pour consulter son site personnel


Samedi 10 Mars 2012

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