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L'ITW croisée pro-amateur... Jacques LE NORMAND (TA Rennes)-Christian GOURCUFF (FC Lorient)

Jacques Le Normand et Christian Gourcuff n'ont pas seulement en commun d'être Morbihanais et à la tête de leur équipe respective depuis huit ans. Sans avoir joué ensemble, ils sont aussi passés par l'US Berné dans les années 70 à l'époque de la D3... avec ce rôle de meneur de jeu qui les a certainement orientés vers une conception du football similaire. A moins que leur expérience passée, ou présente, dans l'éducation nationale ne les ai finalement amenés vers les mêmes interrogations. Chacun à son niveau, chacun avec ses moyens, le coach du FC Lorient et celui du TA Rennes défendent une certaine vision de ce que devrait être un entraîneur de DH, de ce que devrait transmettre un entraîneur de Ligue 1. (par Johan Cruyff)



Gourcuff : "Face à des coachs dont je ne partageais pas les idées, j'ai vécu des moments difficiles mais c'est à travers eux que je me suis forgé cette détermination..."

Sans évoluer au même niveau, Christian Gourcuff et Jacques Lenormand partagent pas mal de thèses sur le football.
Sans évoluer au même niveau, Christian Gourcuff et Jacques Lenormand partagent pas mal de thèses sur le football.
Messieurs, quels joueurs étiez-vous, à quel niveau avez-vous évolué ?
-Jacques Le Normand : un joueur assez technique, trés offensif qui oscillait entre le n°8 et le n°10. J'aimais beaucoup avoir le ballon et jouer pour le collectif, me rendre disponible pour le partenaire. J'évoluais comme un numéro 10 à l'ancienne, j'appréciais beaucoup ce rôle. Pour le niveau, je n'ai jamais dépassé le CN3, l'équivalent du CFA2 aujourd'hui. J'étais un joueur de DH.
-Christian Gourcuff : j'étais avant tout un passionné pour qui le foot était une raison de vivre jusqu'à l'extrême avec cette quête permanente de la recherche du plaisir dans le jeu. Mes choix ont été effectués en fonction de ça et de ma volonté de poursuivre mes études en parallèle (il a été enseignant de mathématiques : ndlr). Il y a trente ans, il était encore possible de concilier les deux à un certain niveau, ce qui est difficilement envisageable aujourd'hui. Tout en étant étudiant, j'ai intégré à Rennes ce qui était l'embryon du centre de formation. Mais leur approche du jeu ne me correspondait pas donc je suis parti rejoindre Jean Prouff dans un club de D3, l'US Berné, où je me suis vraiment éclaté tout en poursuivant mon cursus universitaire. Quand le club est descendu, je suis parti à Guingamp, à Rouen puis en Suisse toujours en D2. Et je suis devenu très tôt entraîneur, tout en jouant, à Lorient.

Pensez-vous avoir exploité tout votre potentiel ou éprouvez-vous des regrets ?
-J.L. : je ne sais pas si j'aurais pu évoluer plus haut mais une chose est sûre, j'aurais beaucoup aimé, au moins en CFA. Je n'ai jamais pu y accéder peut-être parce qu'à certains moments clés j'ai privilégié mes études (il est prof de gym : ndlr). J'ai bien fréquenté un club pro, au Havre, après avoir passé mon Capes, mais avec l'équipe de DH seulement. Au dessus, le club privilégiait normalement les jeunes joueurs issus de son centre. Je suis arrivé trop tard...
-C.G. : j'avais des qualités techniques. Pour jouer plus haut, il aurait fallu que je trouve le bon contexte. Comme tout joueur, j'aspirais à évoluer le plus haut possible donc je peux dire aujourd'hui que je regrette de ne pas y être parvenu mais, en même temps, ce n'était pas une fin en soi. J'ai tellement éprouvé de plaisir à jouer que je ne remets pas en cause mes choix.

L'entraîneur que vous êtes devenu est-il à l'image du joueur que vous étiez ?
-J.L. : j'ai gardé cette volonté de jouer collectivement, cette envie que la différence se fasse par le collectif au delà des individualités. Je sais qu'il faut des individualités dans une équipe, il y en a au TA Rennes, mais tout doit partir du collectif. Lorsque je jouais, on était tous marqué par le jeu du FC Nantes de Jean-Claude Suaudeau, par ses principes de jeu, ses notions de mouvements et de disponibilité, de la passe comme un don effectué à son coéquipier... Les regarder jouer parfois à ce moment là était magnifique, on prenait conscience de la dimension magique du collectif.
-G.C. : je suis resté fidèle à mes idées de jeunesse et de joueur. Et rapidement, je me suis servi, je me sers encore, de la frustration que j'ai pu parfois accumuler en tant que joueur pour la retranscrire dans mon rôle d'entraîneur. Face à des coachs dont je ne partageais pas les idées, j'ai vécu des moments difficiles mais c'est à travers eux que je me suis forgé cette détermination indispensable pour transmettre ensuite mes convictions.

Lenormand : "On préférera toujours recruter un bon éducateur plutôt que de payer un seul joueur pour le voir partir un an après chez un plus offrant."

Quels éducateurs, techniciens, entraîneurs... vous ont le plus marqués ?
-J.L. : je pense qu'il y a à prendre en chaque entraîneur, chaque éducateur, tous ont quelque chose d'intéressant, dans la façon de travailler ou de transmettre. En DH, j'apprécie particulièrement discuter avec mes collègues, c'est la richesse de ces échanges où chacun peut apporter à l'autre. Pour les exemples qui me viennent du haut niveau, j'ai été marqué, au Havre, par Jean-Marc Nobilo. On est devenu amis depuis, j'ai beaucoup appris à son contact. Même s'il est particulier... mais tellement riche dans sa manière de concevoir le travail dans un club. Plus haut encore, j'admire le parcours d'Arsène Wenger, sa longévité à Arsenal, son implication à tous les étages du club. C'est remarquable et tellement rare aujourd'hui d'avoir la possibiluté et d'être capable d'être en harmonie avec ses principes et de durer autant au plus haut niveau. Il est capable de recruter un joueur qui ne sort pas du lot en France et de le faire briller à Arsenal. C'est fort.
-C.G. : pour ma part, il y eut Jean Prouf qui me fit venir à Rennes et que j'ai suivi au Berné, une personne d'une grande sensibilité sur le plan psychologique. Sa capacité à donner confiance m'a beaucoup marqué. Sur le plan purement tactique, je me suis inspiré de pas mal de choses puisées à droite à gauche, notamment d'Arrigo Sacchi au Milan AC dans la structuration de l'entraînement et sur le plan tactique. J'ai aussi beaucoup apprécié le Nantes de Jean-Claude Suaudeau. Je me retrouve aussi dans la sensibilité du jeu et les idées générales de Johan Cruyff. Chaque fois qu'il s'exprime, j'adhère à son discours.

Quand avez-vous senti que vous étiez fait pour entraîner ?
-J.L. : j'ai arrêté ma carrière à 32 ans, j'aurais pu continuer encore mais cela faisait longtemps que j'avais passé mes diplômes et que je m'occupais d'équipes de jeunes tout en jouant. Dans tous les clubs où je suis passé, j'ai toujours demandé à mes dirigeants d'être aussi éducateur. Et avec le temps, je l'ai été dans toutes les catégories. J'avais cette envie de transmettre, cette volonté de faire passer des messages, des valeurs. J'avais ça en moi, donner de mon temps pour les plus jeunes.
-C.G. : je suis devenu entraîneur-joueur à Lorient à 27 ans en DH. Mais je ne peux pas dire que j'avais la vocation d'entraîner. C'est surtout le jeu qui m'intéressait. J'ai saisi cette opportunité d'entraîner tout en jouant comme un moyen d'avoir les rênes et de mettre en pratique mes idées. Je suis passé par des moments plus difficiles lorsque j'ai arrêté de jouer car il s'agissait d'une autre démarche. Joueur, j'organisais sur le terrain. Entraîneur, il me manquait un moyen d'expression. Cela m'a obligé à beaucoup réfléchir à la structuration de mes idées et de mon travail.

Pourquoi ne pas être resté avec les jeunes, pour vous M. Lenormand. Pourquoi n'êtes-vous pas passé par les jeunes M. Gourcuff ?
-C.G. : j'ai été au contact des plus jeunes, responsable de l'école de foot, lorsque j'ai rejoint Lorient pour la première fois car j'y avais un rôle assez étendu. Aujourd'hui, si je ne m'imagine pas revenir dans le milieu amateur avec des seniors, ça ne me ferait pas peur de revenir m'occuper des jeunes dans la mesure où il s'agirait d'une population de passionnés. Cela me demanderait une réadaptation mais pourquoi pas après avoir quitté le milieu pro...
-J.L. : j'ai d'abord pris les U19, puis la réserve qui était en PH... mais j'avais envie de toucher au plus haut niveau régional. J'ai eu cette chance au TA Rennes que j'ai rejoint il y a huit ans pour monter en DSE, en DH, en CFA2 et un retour en DH. Mais à travers mon implication dans le club, je suis toujours resté au contact des jeunes car le but a toujours été de structurer le club en leur faisant confiance, en mettant en place les conditions pour qu'un maximum d'entre eux parvienne à évoluer un jour en équipe fanion. Certains joueurs seniors actuels étaient en U13 lorsque je suis arrivé. Notre rôle est de les aider à leur faire franchir les paliers. Pour cela il me faut avoir un regard sur l'ensemble des catégories. Et je trouve beaucoup plus valorisant d'exister ainsi en DH voire en CFA2 plutôt que d'avoir l'ambition de jouer en CFA avec des joueurs recrutés à l'extérieur.

Christian Gourcuff, ici en compagnie de Raynald Denoueix, lors d'une visite à l'Amicale des Educateurs de Loire Atlantique.
Christian Gourcuff, ici en compagnie de Raynald Denoueix, lors d'une visite à l'Amicale des Educateurs de Loire Atlantique.
Est-ce par philosophie ou par obligation ?
-J.L. : il faut être honnête, nous n'aurions pas les moyens de fonctionner autrement. Lorsque nous sommes montés en CFA2 avec notre petit budget (il est de 140 000 euros cette saison : ndlr), nous avons intégré une autre dimension. On a voulu essayer de recruter mais on a rapidement été confrontés à la réalité des agents qui appellent pour vous proposer des joueurs, en échange d'argent, de travail ou d'un appartement... Avec nos moyens, on a essayé de recruter de bons joueurs mais au bout du compte on a galéré et personne ne s'y est retrouvé. On avait perdu notre identité donc, avec le président, on a décidé de continuer à fonctionner avec nos valeurs quitte à ce que ce soit plus difficile. Mais au moins ça nous ressemble davantage. On préférera toujours recruter un bon éducateur qui sera susceptible de nous sortir quatre ou cinq bons joueurs plutôt que de donner 400 ou 500 euros par mois à un seul joueur pour le voir partir un an après chez un plus offrant. Cette politique vaut ce qu'elle vaut mais il faut avouer que nous avons des résultats. Outre notre équipe fanion qui s'est qualifiée deux fois de suite pour le 8ème tour de coupe de France, nos U17 sont en National. Nos efforts payent.

Quelles pensez-vous du milieu professionnel ?
-J.L. : très clairement on ne se reconnaît pas dans l'image qu'il renvoie, ces effectifs qui changent à chaque mercato, des joueurs qui sont plus dans une logique individuelle que collective...

A un autre niveau, n'est-ce pas aussi le cas chez les joueurs amateurs qui changent souvent de clubs ?
-J.L. : c'est vrai, le foot amateur copie trop souvent ce que le foot pro a de pire. Mais c'est à nous de les fidéliser, de leur donner envie de rester. Comment ? En leur faisant confiance rapidement, en leur donnant leur chance. Cette saison, j'intègre quelques U19 dans le groupe de DH. Ils sont encore jeunes et c'est difficile pour eux. Peut-être perdra-t-on des matchs... mais sur le long terme on est gagnant. Et cela ne nous empêche pas d'évoluer à un bon niveau, de ne tomber qu'après prolongations face à Brest la saison dernière et Angers cette saison en coupe de France. Ces performances donnent de la crédibilité à notre travail et sont formidables pour nos joueurs, pour la plupart étudiants, commerciaux... qui parviennent à concilier avec les entraînements et à titiller les pros. Pour nous, ce n'est pas anodin.

Quelles relations avez-vous l'un et l'autre avec les pros et les amateurs ?
-C.G. : je n'ai pas de relation avec le football amateur. Je le regrette, ce n'est pas un choix délibéré de ma part. Je pense notamment que les jeunes entraîneurs gagneraient à venir assister à des séances d'entraînement de pros, ce serait une source d'inspiration pour eux. Je suis d'ailleurs prêt à leur ouvrir mes portes pour qu'ils viennent voir comment ça se passe à Lorient.
-J.L. : pour ma part, je trouve gênante cette défiance que les pros manifestent à notre égard. J'ai apprécié en coupe de France le contact avec Alex Dupont ou Jean Louis Garcia, des entraîneurs très sympas, mais on sent qu'ils se méfient. Ils ont peur qu'on les batte et plutôt que de reconnaître nos mérites, de féliciter les gars, ils parlent de l'état du terrain, se cachent derrière ce genre de considérations alors qu'il n'y a pas photo, ils sont meilleurs ! Il ne faut pas croire, nous aussi on aurait préféré jouer sur un billard plutôt que sur un terrain de rugby. Je pense qu'on y aurait aussi été plus à l'aise.

Gourcuff : "Les relations foot pro-foot amateur sont trop cloisonnées. Je suis prêt à ouvrir mes portes à de jeunes entraîneurs..."

Pros-amateurs, finalement, est-ce pertinent d'essayer de comparer ou de lier deux mondes aussi différents ?
-J.L. : c'est pertinent car si économiquement ce sont deux mondes à part, sportivement, on parle des mêmes choses, on se doit tous de défendre les mêmes valeurs de respect notamment. Et là, au niveau professionnel, à travers l'image renvoyée par les Bleus cet été, mais pas seulement, on s'est un peu perdus !

Dans ce contexte, la FFF joue-t-elle son rôle selon vous ?
-J.L. : on a quand même l'impression qu'elle se soucie davantage de ses intérêts que de ceux des clubs. Il n'y a qu'à voir le cahier des charges exorbitant qu'on nous impose pour l'organisation des matchs de coupe de France par exemple. Une FFF forte se doit d'avoir un maximum de licenciés et la baisse qu'on constate depuis quelques saisons est significative d'un mal être, d'un mécontentement, d'une image ternie. Avant de mettre leurs enfants au foot, les parents hésitent aujourd'hui. La réalité, elle est là !
-C.G. : je me suis déjà exprimé sur la mentalité des joueurs d'aujourd'hui qui n'abordent plus le foot comme un sport collectif avec une approche relationnelle qui ne s'intéresse pas assez au partenaire. L'avenir du foot passera par un retour à ces valeurs de solidarité, donner envie aux joueurs d'être collectif, penser aux autres et pas seulement à soi. Sinon, le foot deviendra un sport individuel. Mais je conçois qu'il soit difficile de lutter contre les dérives de la société, de la médiatisation qui mettent davantage en avant les notions financières que celles de partage et de plaisir. C'est encore plus vrai au niveau amateur. S'il ne reste plus ces valeurs là, si le plaisir de jouer avec les copains disparaît, que restera-t-il ?

Après les Etats Généraux, dont on attend toujours les mesures concrètes, si vous aviez une mesure urgente à prendre, quelle serait-elle ?
-J.L. : elle serait forcément liée à notre manque d'infrastructures donc de moyens financiers. Trop peu d'argent redescend vers les clubs amateurs or, pour bâtir un vrai projet de club, il faut un minimum d'argent. Et je ne parle pas là de l'argent utilisé par certains dirigeants pour payer des joueurs...
-C.G. : il faudrait que les relations entre les deux mondes soient plus spontanées et qu'on sorte de ce corporatisme entretenu parfois par les Amicales des Educateurs, la FFF, la DTN, les CTR... tout ça reste très cloisonné. On nous demande de participer à la formation des BE1, d'intervenir dans ce cadre là, on le fait même si on est pas mal pris par ailleurs, et je considère d'ailleurs que ça devrait faire partie de notre boulot. Là encore, je suis prêt à faire davantage mais il faut reconnaître que les sollicitations sont peu nombreuses. Peut-être les gens n'osent-ils pas venir vers nous...

En DH mais aussi à travers deux beaux parcours en coupe de France, le discours de Jacques Lenormand réussit bien au TA Rennes.
En DH mais aussi à travers deux beaux parcours en coupe de France, le discours de Jacques Lenormand réussit bien au TA Rennes.
M. Le Normand, quelles relations entretenez-vous avec le Stade Rennais, le club phare de votre région ?
-J.L. : elles sont épisodiques mais cordiales, à travers les contacts amicaux que nous pouvons avoir avec Rampillon ou Huard, les responsables du centre de formation, avec le préparateur physique qui est un ancien de notre club. Frédéric Antonetti est dans une autre sphère. Je l'ai rencontré dans le cadre de l'amicale des éducateurs d'Ile et Vilaine et il avait été abordable et intéressant. Mais je conçois qu'il n'ait pas le temps de s'intéresser à nous même si je regrette qu'il n'ait pas pris le temps de joueur le jeu de cet entretien croisé (1). Cela confirme que la majorité des pros est dans sa bulle.

En tant que club rennais, en attente de quoi êtes-vous vis à vis du Stade Rennais ?
-P.L. : il serait trop facile et certainement injuste de trop tirer sur le monde professionnel. Ils sont dans une logique tellement différente de la notre ! Mais je souhaiterais plus de passerelles évidemment. Pour le moment, elles concernent seulement le retour de quelques joueurs non conservés par leur centre de formation.

Vous sentez-vous concernés par les résultats du Stade Rennais ?
-J.L. : oui, bien sûr, d'autant plus depuis qu'ils se sont installés dans une certaine forme de stabilité et de continuité dans leur travail de formation notamment. Frédéric Antonetti fait confiance aux jeunes et le centre de formation est devenu un des meilleurs de France. Et ça, ça me plaît. Peut-être devraient-ils davantage faire appel à des joueurs issus du bassin rennais ou breton plutôt que d'aller chercher des joueurs à droite à gauche, histoire de renforcer encore davantage cette identité bretonne. Car il y a beaucoup de bons joueurs dans la région.

Et vous M. Gourcuff, suivez-vous les résultats des clubs amateurs de votre région ?
-C.G. : non. Il y a 20 ans, le lundi je regardais tous les résultats, je ne le fais plus sinon pour voir ce que font quelques anciens joueurs qui sont devenus entraîneurs... Mais le foot amateur n'a plus le même impact sur les bourgades qui étaient, lorsque j'étais gamin, organisées autour du foot. Le dimanche le coeur de la vie sociale des villages était le stade. Aujourd'hui, les gens ne s'intéressent qu'à la Ligue des Champions.

Le Normand : "Pour tenter d'impliquer davantage les joueurs, pour donner du sens aux entraînements, je fixe des objectifs intermédiaires"

M. Gourcuff, une question à poser à M. Lenormand ?
-C.G. : n'est-il pas trop difficile de concilier l'apprentissage de la rigueur indispensable pour progresser, quel que soit le niveau, avec cette recherche du plaisir qui doit évidemment primer chez les amateurs ? Chez les pros, la problématique existe car la performance dépend aussi de la spontanéité qui ne peut venir qu'avec le plaisir de jouer et de s'entraîner, mais j'imagine qu'elle est encore davantage présente en DH, non ?
-J.L. : c'est effectivement une de nos missions principales, fédérer trois fois par semaine des joueurs qui sortent de leurs cours ou de leur boulot autour de séances d'entraînement qu'ils ne doivent pas subir mais bien apprécier. C'est d'autant plus important que nous n'avons pas de contre partie à leur proposer, pas de salaires, pas de primes. Donc si on ne joue pas sur la notion de plaisir, si on tire trop sur les joueurs, à un moment donné, entre le boulot, la famille et les exigences qu'on leur impose, ils finissent pas craquer. Il faut qu'ils trouvent leur compte dans ce qu'on leur propose, qu'après l'entraînement ils soient contents de ce qu'ils ont fait, qu'ils aient la sensation que ça leur a fait du bien... Pour tenter d'impliquer toujours davantage les joueurs, pour donner du sens aux entraînements aussi, je fixe des objectifs intermédiaires. Cela peut être de rester la meilleure attaque du championnat par exemple... J'incite aussi les joueurs à s'investir dans les séances en mettant en place un système de points à l'issue de tous les petits matchs effectués pendant les entraînements.

M. Le Normand, une question à M. Gourcuff ?
-J.L. : je connais votre philosophie de jeu, un peu atypique dans le championnat de France, quelle approche avez-vous de la formation en général, comment concevez-vous le travail dans votre centre de formation pour rester fidèle à cette philosophie ?
-C.G. : le but est de permettre un épanouissement individuel à tous les niveaux, pas seulement sportif. Je pense que tout le monde a pris conscience aujourd'hui que le jeune footballeur en apprentissage est avant tout un homme à qui on doit inculquer des valeurs éducatives incontournables, les vraies valeurs du football. Ensuite, la formation s'inscrit dans un cadre bien précis qui doit les amener à être sensibles au jeu de passes, à la prise d'initiative à travers le collectif et une certaine forme d'organisation de jeu que nous voulons mettre en place. On estime que c'est ainsi qu'ils pourront s'épanouir. Au contraire de certains clubs qui les préparent à tous les systèmes de jeu, nous nous inscrivons dans un cadre précis car tous les exemples de formation qui ont réussi, à Nantes, à l'Ajax ou à Barcelone, l'ont été dans ces perspectives là, en se basant sur une identité de jeu collective très forte. On estime qu'à titre individuel, le joueur ne peut s'épanouir que dans le collectif.

propos recueillis par J.C.

(1) Sollicité pour participer à cet entretien croisé avec Jacques Lenormand, Frédéric Antonetti nous a fait savoir par l'attaché de presse du Stade Rennais qu'il n'avait pas de temps à nous accorder. Nous le regrettons d'autant plus que la logique de cette rubrique repose sur un dialogue entre deux entraîneurs de la même ville ou du même environnement. Si on comprend que les sollicitations médiatiques de M. Antonetti sont importantes alors que le Stade Rennais occupe le haut du tableau de L1, on a un peu plus de mal à comprendre qu'il ne trouve pas un petit quart d'heure à accorder à une initiative qui se veut constructive et dénuée de toutes les polémiques qui font les choux gras des médias nationaux... pour lesquels l'entraîneur rennais est un bon client ! Plus accessible, disponible et ouvert, Christian Gourcuff a gentiment accepté, lui, de jouer le jeu. Nous l'en remercions.

L'ITW croisée pro-amateur... Jacques LE NORMAND (TA Rennes)-Christian GOURCUFF (FC Lorient)
CHRISTIAN GOURCUFF
Né le 5 avril 1955 à Hanvec
Parcours
Joueur : Stade Rennais (1972-74), US Berné (1974-78), EA Guingamp (1978-80), FC Rouen (1980-81), FC La Chaux-de-Fonds, Suisse (1981-82), FC Lorient, entraîneur-joueur (1982-86), Le Mans UC, entraîneur-joueur (1986-89), Supra Montréal, Canada (1989), US Pont-l'Abbé, entraîneur-joueur (1989-91).
Entraîneur : FC Lorient, entraîneur-joueur (1982-86), Le Mans UC, entraîneur-joueur (1986-89), US Pont-l'Abbé, entraîneur-joueur (1989-91), FC Lorient (1991-2001), Stade rennais (2001-02), Al Ittihad Doha, Qatar (2002-03), FC Lorient (depuis 2003).
Palmarès : trois montées en Ligue 1 avec le FC Lorient en 1998, 2001 et 2003.

L'ITW croisée pro-amateur... Jacques LE NORMAND (TA Rennes)-Christian GOURCUFF (FC Lorient)
JACQUES LE NORMAND
Né le 12 octobre 1959 à Samson
Parcours
Joueur : Stade Gueneoins, US Berné, Stade Pontivy, Havre AC, Bolbc.
Entraîneur : Gonfreville l'Orcher, Pavilly, Pacé, TA Rennes (depuis 2003)
Palmarès : 8ème tour de la coupe de France en 2010 et 2011. Coupe de Bretagne 2007 (finaliste 2008)
Profession : professeur d'EPS
Pour consulter le site du TA Rennes

L'ITW croisée pro-amateur... Jacques LE NORMAND (TA Rennes)-Christian GOURCUFF (FC Lorient)


Samedi 12 Mars 2011

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