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L'ITW croisée pro-amateur... CASANOVA (TFC)-LARRIEU (St-Alban)

La dernière fois que Frédéric Larrieu, l'entraîneur de St-Alban (CFA2) en banlieue toulousaine, avait vu en vrai Alain Casanova, coach du Toulouse FC depuis deux ans et demi, les deux étaient encore joueurs. Le premier évoluait avec le centre de formation de Lens en lever de rideau d'un Havre-OM que le second disputait dans les buts havrais. Plus de vingt ans après, les deux sont devenus coachs. S'ils n'évoluent pas au même niveau et si leur quotidien n'a rien de commun, leur passion et leur compétence, leur ambition, sont semblables. Après une heure de conversation, les deux techniciens en savent un peu plus l'un sur l'autre comme une indispensable passerelle pour combler ce fossé beaucoup trop large qui sépare encore les pros et les amateurs. (par Johan Cruyff)



Si Frédéric Larrieu s'intéressait déjà aux résultats du TFC, cette rencontre va amener Alain Casanova à regarder tous les week-ends ce qu'a fait St-Alban !
Si Frédéric Larrieu s'intéressait déjà aux résultats du TFC, cette rencontre va amener Alain Casanova à regarder tous les week-ends ce qu'a fait St-Alban !
Etre coach, pour vous, est-ce une vocation ? Comment s'est-elle matérialisée, quels coachs vous ont le plus influencés ?
Alain Casanova : Cette vocation, que j'ai rapidement senti comme naturelle chez moi, m'est vraiment venue lorsque j'étais en formation à l'INF Vichy, très influencé par Pierre Michelin. J'avais aussi un éducateur, qui était prof de gym et qui fut adjoint de Santini à Lille ensuite, Georges Honoré. Lui aussi m'a vacciné. Et lorsque je suis devenu joueur professionnel, j'ai de suite eu envie de devenir éducateur puis entraîneur des gardiens. L'envie ou l'ambition d'être entraîneur professionnel, ce fut plus tardif, lorsque j'ai commencé à travailler avec Erick Mombaerts.
Frédéric Larrieu : Ma vocation est née lorsque j'étais au centre de formation de Lens. Nous avions l'habitude d'encadrer des équipes de jeunes du club le mercredi après midi et ça m'avait bien plu. J'avais 19 ans et je savais qu'un jour ou l'autre je serai éducateur ou entraîneur. Originaire de Tarbes, j'ai eu la chance d'avoir Eugène Fourcade à la section sport-études et ensuite à Lourdes, Jean Claude Couradette en cadets nationaux. C'était quelqu'un d'exceptionnel à tous les niveaux. A 15-16 ans, il nous apprenait la vie.

Quel aspect du rôle d'entraîneur tel que vous le vivez au quotidien préférez-vous ?
A.C. : J'aime tout, même si je fais certaines démarches par obligation, et non par plaisir, comme le contact avec la presse par exemple. Par dessus tout, j'aime tout ce qui touche à l'entraînement tactique et au management. Et je me régale toute la semaine car nos entraînements ne sont que tactiques. Il n'y a pas de travail athlétique donc je suis en permanence dans cette réflexion qui me passionne.
F.L. : L'ensemble m'intéresse mais mon quotidien est évidemment différent de celui d'Alain. Lorsque je pars le matin avec mon sac dans la voiture, je vais d'abord travailler. Ce n'est qu'à cinq heures que je le sors pour mettre ma séance d'entraînement en place. Et à ce moment là, lorsque les joueurs arrivent, je dois gérer bien plus que le seul aspect sportif car ils sortent tous du boulot et arrivent parfois en retard avec leurs soucis en tête.
A.C. : C'est une adaptation permanente à avoir...

Casanova : "Je ressens beaucoup de jalousie dans les clubs alentour..."

Quels orateurs êtes-vous au moment de la causerie d'avant match ?
A.C. : Pendant la semaine avant le match je fais une multitude de petites causeries avec des vidéos, généralement trois par semaine, spécifiques au match qui vient. Le mardi, on visualise le style de jeu de l'adversaire pour mettre en place le travail tactique et lui donner un sens, que les joueurs comprennent pourquoi ils vont faire tel ou tel exercice. Je refais une vidéo la veille du match sur les aspects collectifs que nous n'avons pas abordé le mardi puis une dernière séance vidéo le samedi matin, plus individuelle, et consacrée aux adversaires et aux coups de pied arrêtés.

Donc arrivé au match, vous n'avez plus rien à dire !
A.C. : On en a déjà beaucoup dit effectivement... Mais une heure et demi avant le match, j'interviens de nouveau pendant un quart d'heure environ pour rappeler le plan de jeu.

Et à St-Alban, comment ça se passe ?
F.L. : Nous aimerions avoir l'outil vidéo mais nous ne l'avons pas encore. Mes causeries, je les prépare, avec des références aux équipes adverses lorsqu'on a des informations, aux coups de pied arrêtés, très importants. Ça peut durer dix minutes comme une demi-heure selon l'importance du match, ce qui s'est passé le week-end précédent etc...

En dix ans, le TFC de Mombaerts, de Baup puis de Casanova est passé du National à la coupe d'Europe.
En dix ans, le TFC de Mombaerts, de Baup puis de Casanova est passé du National à la coupe d'Europe.
Alain, pourriez-vous revenir un jour dans le milieu amateur, est-ce concevable pour vous ?
A.C : Avant toute chose je voudrais dire tout le respect et l'admiration que j'ai pour tous ces entraîneurs qui oeuvrent dans le milieu amateur. On n'en a pas forcément conscience à notre niveau car on a toujours la tête dans le guidon, mais ils font un boulot fantastique dans des conditions difficiles. Mais je ne pourrais pas revenir dans ce milieu aujourd'hui. Je suis quelqu'un de très rigoureux et j'aurais quand même du mal à accepter de ne pas avoir tout le monde en début de séance par exemple. La vie va tellement vite que je ne peux pas dire que je n'y reviendrais jamais mais ce serait difficile.
F.L. : Je comprends, quand on a la télé couleur on n'a pas envie de revenir à la noir et blanc !

Ces à côtés extra sportifs sont-ils le plus durs à gérer au niveau amateur ?
F.L. : Oui, bien sûr, même si certains clubs amateurs de CFA ont des conditions très convenables avec des joueurs disponibles tous les jours, ce qui n'est pas le cas chez nous à St-Alban puisqu'on s'entraîne trois fois par semaine. Sans même évoquer la possibilité d'évoluer dans le milieu pro, j'aspire un jour pouvoir le faire dans un club où j'aurai plus de facilités matérielles. Mais il faut faire avec même si beaucoup de choses deviennent contraignantes dans la mesure où nous sommes peu à faire marcher la boutique.

A quel moment de la semaine vous sentez-vous le plus à l'aise, le plus dans votre élément ?
F.L. : Je pense bien passer dans mon relationnel avec les joueurs, dans les causeries d'avant match... Nous étions en PH il y a sept ans, nous sommes en CFA2 aujourd'hui donc le rapport entraîneur-joueur est avant tout un rapport d'amitié. La difficulté est aussi de savoir sévir par moments avec des joueurs chez qui vous allez manger de temps en temps. Malgré ça, on parvient à pérenniser le club en CFA2 avec peu de moyens, c'est déjà bien.

Finalement, n'est-ce pas plus difficile de maintenir un club comme St-Alban à ce niveau que de maintenir le TFC en Ligue 1 ?
A.C. : Toutes les compétitions sont difficiles. Je ne savais pas que St-Alban était en PH il y a sept ans à peine. J'imagine qu'il y a peu de moyens et que la plupart des joueurs qui étaient là au début de l'aventure y sont encore. C'est remarquable. A notre niveau, la performance est tout aussi remarquable mais les gens ne s'en rendent pas compte. Lorsqu'on a toutes les données en tête, on s'aperçoit que nous ne jouons pas dans la même cour que pas mal d'autres clubs. Aujourd'hui que nous avons un peu recollé au classement, et avant d'aller à Lyon, les gens pensent tout de suite que nous sommes capables de rivaliser avec eux. Je sais quel est notre budget, sur combien de joueurs je peux compter, leur potentiel... et je me dis que nous retrouver là dix ans après le National, c'est aussi pas loin d'être miraculeux.
F.L. : Ceux qui s'intéressent vraiment au football savent bien que le TFC réalise de vraies performances toutes les saisons depuis quelques années.

Larrieu : "J'ai été joueur amateur, je sais ce que recherche un joueur quand il sort du boulot."

Quelle image renvoie le TFC dans un club comme St-Alban ?
F.L. : L'image du club phare de la région. Tous les samedis, après avoir pris connaissance des résultats de notre poule, je demande ce qu'a fait le Tèf ! C'est important qu'il se maintienne en L1. Lorsque je jouais à Lourdes, en jeunes, on voulait battre le TFC parce que c'était prestigieux. Puis je suis venu sur Toulouse, j'ai joué dix ans à Blagnac, et j'ai constaté que l'image du club dans son environnement le plus proche n'était pas forcément très bonne, en tout cas aux antipodes de ce que j'ai pu connaître à Lens. Là-bas, tout le monde "bade" le RCL. Ici, le TFC ne suscite pas les mêmes réactions.
A.C. : Le club améliore petit à petit son image, notamment grâce au travail de Pascal Sempé (responsable de l'école de football : ndlr) mais je ressens beaucoup de jalousie dans les clubs alentour. Je n'avais jamais ressenti ça dans mes autres clubs au Havre ou à Marseille. Je sens beaucoup d'animosité pour faire venir des jeunes. Je ne sais pas d'où ça vient. On a notre part de responsabilité mais lorsqu'on connaît l'intérieur du club, je peux vous dire que les éducateurs et les responsables du centre de formation sont des gens sains.
F.L. : Pour gagner en popularité, il vous faudrait gagner un titre ou une coupe...
A.C. : On est passé à côté de quelque chose l'an dernier et il y a deux ans en échouant deux fois de suite en demi-finale de la coupe de France (Guingamp 0-1) puis de la coupe de la Ligue (OM 1-2).

En sept ans, le St-Alban de Fred Larrieu est passé de la PH au CFA2.
En sept ans, le St-Alban de Fred Larrieu est passé de la PH au CFA2.
Le problème n'est-il pas ailleurs. Le TFC en fait-il assez vis à vis du foot amateur ?
A.C. : Je pense que oui, même si on peut toujours faire mieux. J'ai rarement vu des joueurs en faire autant qu'ici. Ils ont des obligations chaque semaine que je suis obligé de gérer car sinon ils ne feraient que ça (rires) ! Et ils le font avec plaisir. Non, je crois que la réputation et l'image du club sont ternies. Pour retrouver la confiance des clubs alentour, il faudra du temps. A Lens, toute la région est derrière son club. Ici, on ne sent pas cet engouement;

Alain, vous arrive-t-il d'aller voir des matchs de niveau amateur ?
A.C. : Je vais voir notre CFA2 et des matchs de jeunes mais je n'ai pas le temps d'en faire plus. J'habite Tournefeuille et je ne suis jamais allé les voir...

Pourtant, n'y aurait-il pas des joueurs à aller chercher à ce niveau ?
A.C. : A 19 ans, Ben Yedder évoluait en CFA la saison dernière et dans peu de temps il pourra prétendre jouer chez nous. Donc, même à 20 ans, un joueur qui n'est pas passé par un centre de formation peut encore espérer jouer au niveau professionnel. Tout dépend de son profil. Parfois, ça tient à tellement peu de choses... Je pense à un garçon comme Franck Tabanou par exemple. Si on ne l'avait pas fait signer pro, il aurait très bien pu se retrouver à Luzenac ou ailleurs en CFA... et éventuellement y rebondir. Il ne faut pas avoir d'idées préconçues.

On a longtemps reproché au TFC d'aller chercher ailleurs ce qu'il avait parfois à portée de main ?
A.C. : Ce n'est plus une réalité. A l'époque, la politique de formation n'était pas aussi développée. Aujourd'hui, on forme les joueurs pour les faire jouer en allant moins chercher des pistes exotiques.

A St-Alban, certains joueurs pourraient-ils prétendre intéresser le TFC ?
F.L. : Non, je ne pense pas, mais nous avons rencontré des équipes où certains joueurs avaient un potentiel pour jouer plus haut, en CFA ou National...

Frédéric, vous avez failli être pro, que vous a-t-il manqué pour ça ?
F.L. : Depuis Lourdes, lorsque je suis parti à Lens en 1990, Jean-Luc Lamarche, le directeur sportif du club, m'avait dit qu'ils me prenaient car Mickaël Debève était parti au TFC... Lui a réussi, moi non. Son départ libérait une place mais, alors que ma progression au centre de formation, en DH puis en D3, avait été logique, la porte s'est refermée lorsque le club est descendu en D2 et qu'un certain Eric Sikora a commencé à jouer sur le côté droit. Il était là depuis 1984 et est resté jusqu'en 2004. La politique du club a changé, moins axé sur la formation, je n'avais plus la possibilité d'avoir ma chance au niveau pro.

Casanova : "Aucun des entraîneurs avec qui j'ai travaillés n'arrive à la cheville de Mombaerts..."

Pour finir, Frédéric, une question à poser à Alain ?
F.L : Je voulais juste savoir quels étaient les entraîneurs qui t'avaient le plus marqué ?
A.C : J'ai croisé beaucoup d'entraîneurs, certains très prestigieux, mais c'est Erick Mombaerts qui m'a le plus marqué à travers sa méthodologie, son analyse. Aucun de ceux avec qui j'ai travaillés ne lui arrive à la cheville. Comme joueur, j'ai beaucoup apprécié mon premier coach, Didier Notheaux au Havre puis Tomislav Ivic à Marseille. Raymond Goethals, c'était plus une réputation, de l'expérience... Rolland Courbis était fort dans l'approche des matchs, de la compétition. Il sentait les coups, anticipait le jeu de l'adversaire, savait s'adapter très rapidement, toujours en éveil. Il sentait aussi son groupe, la réaction de ses joueurs, ce qu'il fallait faire ou ne pas faire.

Et Alain une question à Frédéric ?
A.C. : Je voulais connaître son parcours, mais il en a parlé au début de l'entretien, ses diplômes et ses objectifs.
F.L. : J'ai obtenu le DEF il y a trois ans lorsque nous sommes montés en DH. Le président, m'y a envoyé de force (rires) ! Pour ce qui est de mon parcours, j'ai débuté à Lourdes avant d'intégrer le sport études du Mirail avec Gérard Rabier et de partir à Lens en centre de formation, puis de revenir sur la région à Blagnac pendant dix ans, à St-Alban, depuis que j'ai arrêté...
A.C. : Tu n'avais pas parlé de Rabier que j'ai bien connu au TFC ?
F.L. : Non, mais je n'avais pas forcément apprécié sa méthode de travail. Je suis resté un an au polyvalent du Mirail avec lui et les entraînements étaient les mêmes tous les jours pendant toute l'année. C'était un peu rébarbatif...
A.C. : Quelles sont tes ambitions maintenant ?
F.L. : Essayer d'entraîner à un niveau au dessus, déjà dans un club un peu plus structuré que St-Alban même si on a fait pas mal de progrès depuis quelques années.
A.C. : Ta semaine d'entraînement ressemble à quoi ?
F.L. : On s'entraîne le lundi, le mardi et le jeudi avec une volonté d'intéresser les joueurs à travers des entraînements le plus souvent possible effectués avec ballon. J'ai été joueur amateur qui travaillait à côté, je sais ce que recherche un joueur quand il sort du boulot. Dans cette logique, on s'entraîne le jeudi, alors que tout le monde le fait le vendredi, parce que j'ai voulu laisser aux joueurs la possibilité d'avoir une soirée en famille pour le week-end, aller au ciné, sortir sans faire d'excès... Je pense que c'est important d'être à leur écoute.

propos recueillis par J.C.

L'ITW croisée pro-amateur... CASANOVA (TFC)-LARRIEU (St-Alban)
FRÉDÉRIC LARRIEU
40 ans
Parcours
Joueur : Orleix, Lourdes, Lens, centre de formation (1986-90), Blagnac, CFA (1990-2000).
Entraîneur : St-Alban (PH-CFA2, depuis 2001).
Diplôme : DEF

L'ITW croisée pro-amateur... CASANOVA (TFC)-LARRIEU (St-Alban)

L'ITW croisée pro-amateur... CASANOVA (TFC)-LARRIEU (St-Alban)
ALAIN CASANOVA
50 ans
Parcours :
Joueur : INF Vichy (1980-82), Le Havre (1982-90), Marseille (1990-92), Toulouse (1992-96).
Palmarès : finaliste de la Coupe d'Europe des Clubs Champions (1990-1991), champion de France e D2 (1984-1985)
Entraîneur : TFC, adjoint (1995-2008), TFC (depuis 2008)
Palmarès : demi-finale de Coupe de France (2008-2009), de coupe de la Ligue (2009-2010).


Samedi 11 Décembre 2010

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