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L'ITW croisée pro-amateur... BAUP-HASSAÏNE (Vaulx en Velin)

L'un est un entraîneur professionnel de 55 ans qui fut champion de France en 1999 avec Bordeaux, qui est passé par St-Etienne, Toulouse et Nantes, et est aujourd'hui consultant sur Canal+. L'autre a 42 ans et n'a jamais quitté son club de toujours, Vaulx en Velin, en banlieue de Lyon, jusqu'à prendre en main son équipe fanion en DH depuis un an et demi. Elie Baup et Mustapha Hassaine n'ont rien d'autres en commun que leur passion pour le football et leur statut d'entraîneur. Suffisant pour inaugurer cette nouvelle rubrique Footengo, l'interview croisée, un pro, un amateur... (par Jean-Louis Bouffartigues)



HASSAINE : "J'attends avec impatience la boule au ventre de l'avant match !"

Baup-Hassaïne : deux coachs pour une même passion.
Baup-Hassaïne : deux coachs pour une même passion.
Educateur ou entraîneur, est-ce une vocation chez vous ?
-Elie Baup : Oui, être un formateur, ça a rapidement été une vocation. Dans mes études, je me suis dirigé vers le professorat d'éducation physique et j'ai toujours été tourné vers l'entraînement, même lorsque je jouais pendant une dizaine d'années. Mais éducateur ou entraîneur, ce n'est pas le même métier. Former, c'est préparer la progression des joueurs, entraîner c'est préparer une équipe. J'ai bien pris conscience de la différence lorsque je suis passé de la CFA de St-Etienne à l'équipe professionnelle, contraint et forcé par des dirigeants qui n'avaient pas d'autres possibilités financières à l'époque. Et une fois qu'on est passé chez les pros, on ne peut plus revenir en arrière, surtout après une dizaine d'années au plus haut niveau, car les clubs hésitent à vous faire revenir à la formation car avec votre expérience ça peut mettre trop de pression à l'entraîneur numéro 1 du club. Mais s'il avait fallu rester toute ma carrière à la formation, je l'aurais fait sans problème. Au départ, j'étais d'ailleurs davantage préparé à ça.
-Moustapha Hassaine : C'est une vocation. J'ai su assez tôt que j'allais prendre une équipe. Je n'étais pas un sacré joueur mais un joueur qui avait un sacré caractère. Lorsque je jouais, je n'ai jamais voulu prendre d'équipes de jeune car lorsque je fais quelque chose j'aime bien le faire à fond.

Comment s'est passée votre transition joueur-entraîneur ?
E.B. : Je me suis blessé gravement très tôt (à la suite d'un accident de voiture : ndlr) après avoir joué plusieurs saisons en CFA ou CFA2 et avoir été entraîneur-joueur à Castelnaudary en DH à 26 ans. Avant cette blessure, j'étais parti pour faire une carrière pro, c'était en tout cas mon objectif. Ensuite, comme je souhaitais rester dans le foot, passer à l'entraînement était tout naturel. C'était une manière de compenser la frustration de ne plus pouvoir jouer. Au départ, je n'ai pas mesuré la gravité de ma blessure mais je suis quand même resté six mois sans pouvoir marcher. C'est ensuite, lorsque j'ai vu l'état de certains de mes copains de rééducation, qui ont fini paraplégiques, que j'ai pris conscience que, dans la vie, tout pouvait s'arrêter du jour au lendemain. J'étais déjà content de pouvoir rester dans mon sport, de pouvoir espérer en vivre.
-M.H. : La transition s'est faite naturellement. Lorsque j'ai arrêté de jouer, j'ai pris le temps de la réflexion mais en étant vite rattrapé par les aléas du club. L'entraîneur de l'équipe réserve rencontrant des difficultés, le président m'a demandé si je voulais lui succéder. J'ai dit oui tout de suite… Et rapidement je me suis aperçu qu'il était plus éprouvant d'être sur le banc que sur le terrain. Joueur, on peut encore influencer un résultat, on est actif. Entraîneur, même si on fait des changements, on reste impuissant.

BAUP : "Sur un coup de cœur, pourquoi pas m'investir dans un club amateur un jour…"

Après St-Etienne, Bordeaux, Toulouse et Nantes, le prochain challenge de Baup sera certainement à l'étranger.
Après St-Etienne, Bordeaux, Toulouse et Nantes, le prochain challenge de Baup sera certainement à l'étranger.
Quel domaine de l'entraînement préférez-vous ?
-E.B. : La compétition, la préparation et la gestion des matchs, la réactivité tactique, le coaching… tout ce qui est lié au match et à la compétition. Au début de ma carrière, je suis resté dix ans à la formation, et lors de mes cinq premières années de coach, je m'attachais surtout au contenu des entraînements, aux exercices, à l'animation des séances. C'est l'aspect du job que je préférais. Mais avec l'élargissement des staffs techniques, avec le temps aussi, même si on vit au quotidien sur le terrain au milieu des joueurs, j'apprécie de plus en plus de pouvoir déléguer et prendre du recul pour se consacrer aux grandes orientations tactiques, au travail sur la vidéo, à la gestion humaine du groupe… C'est un travail d'équipe.
-M.H. : J'attends avec impatience les week-ends, qu'arrive la boule au ventre liée au stress et à la montée d'adrénaline d'avant match. La semaine, j'apprécie d'avoir à gérer les entraînements mais c'est un peu la routine…

Avez-vous eu des modèles, des références en terme d'entraînement ou d'éducation ?
-E.B. : Mon premier référent fut le prof de gym que j'avais au collège et qui s'occupait aussi du foot, Dominique Fête, qui était avec Robert Keuleyan, dans le Comminges, ou Yves Albert plus tard à Mazamet, des éducateurs respectés. Dans la région Midi-Pyrénées, il y avait aussi Gérard Rabier qui avait la responsabilité du sport-études du Mirail à Toulouse et de l'AS Muret en D3 (également à la base du renouveau du TFC, le centre de formation porte d'ailleurs son nom depuis son décès : ndlr). Ce sont eux qui m'ont donné le goût de l'enseignement et de la pédagogie, l'envie de transmettre. Au niveau professionnel, même si je ne le connais pas personnellement, comment ne pas être respectueux du travail que fait un Arsène Wenger à Arsenal par exemple. Au départ, il s'agissait aussi d'un éducateur, d'un formateur. Après, évidemment, on s'inspire des plus grands, les Sacchi ou les Jeandupeux quand on veut travailler la zone…
-M.H. : Au niveau amateur, dans la région, j'ai toujours apprécié ce que faisait un entraîneur comme Daniel Narbonnet qui a notamment atteint les 32èmes de finale de la coupe de France à quatre reprises (avec trois clubs différents, Vaulx en Velin, Vénissieux et Lyon Duchère : ndlr). Quand j'ai besoin de conseils, je n'hésite pas à appeler Karim Boumouara, l'entraîneur de Limonest, un ancien de Lyon Duchère. On vient d'ailleurs de les battre en coupe de France. C'est un peu l'élève qui a battu le maître (rires) ! A son niveau, il maîtrise vraiment bien son sujet. Sinon, chez les pros, j'aime bien José Mourinho. Quand il prend une équipe et qu'on voit ce qu'elle devient, on ne peut qu'être admiratif. Je suis également un fan de Johan Cruyff, le joueur et l'entraîneur qu'il fut ensuite au Barça et où Guardiola fait du super boulot dans le même esprit.

Pourriez-vous revenir dans le milieu amateur ?
-E.B. : On verra ce qui l'adviendra dans les deux ou trois ans mais je me verrais bien, sur un coup de cœur, avec des amis, m'investir de nouveau dans un club amateur, oui, pourquoi pas ! De toute façon, je n'envisage pas de ne pas rester le plus longtemps possible dans la vie sportive et dans l'éducation à travers le football. Pour le moment, pour être sincère, j'ai encore le goût de la compétition et le terrain et le rythme des matchs qui s'enchaînent me manquent. La compétition, c'est un accélérateur de motivation qui vous maintient en éveil. Je ne suis pas très vieux mais ça vous permet de ne pas se voir vieillir.

Rêvez-vous d'entraîner un jour au niveau pro ?
-M.H. : C'est plus un fantasme plus qu'un rêve car je n'ai pas les diplômes requis. Mais consacrer sa vie au football, ne pouvoir penser qu'à ça toute la journée, oui, forcément, ça donne envie…

HASSAINE : " Un coaching payant, c'est souvent un peu du hasard…"

En DH, Moustapha Hassaïne n'apprécie rien de moins que la montée d'adrénaline qui précède le match...
En DH, Moustapha Hassaïne n'apprécie rien de moins que la montée d'adrénaline qui précède le match...
Quelle fut votre plus belle réussite de coaching ?
-E.B. : J'ai tenté plusieurs fois des coups avec des jeunes que j'ai fait jouer à la place de joueurs plus confirmés. A St-Etienne, j'ai lancé Coupet à la place d'Huc. C'était d'autant plus difficile pour moi que je connaissais bien Robin. A Bordeaux, j'ai enlevé Papin pour mettre Wiltord à sa place. Pas évident non plus… En coaching pur, une des plus belles réussites fut le passage de Dominique Arribagé en position d'avant-centre à Sofia en coupe UEFA avec Toulouse alors qu'on était mené 0-1. A la dernière minute, c'est lui qui dévie un ballon pour l'égalisation de Gignac qui nous qualifie pour la phase de poules. Mais pour un coup tenté, et réussi, il faut bien se tromper au moins deux ou trois fois.
-M.H. : Un coaching payant, c'est souvent un peu du hasard surtout quand il était prévu en début de match et qu'il se révèle pertinent par rapport à l'évolution du score. Un exemple. Dernièrement, après avoir perdu notre premier match, nous devions absolument gagner le second à domicile. Il y avait 0-0 à un quart d'heure de la fin et j'ai fait passer un milieu de terrain en position d'attaquant pour jouer en 4-4-2. C'est ce joueur qui a marqué et fait une passe décisive pour le 2-0. Grâce à cette victoire on a lancé notre saison. Je suis aussi fier d'être allé chercher, à mon arrivée à la tête de l'équipe, un U19 pour étoffer le secteur offensif. Depuis, il est avec nous et est très performant.

Et donc vos plus grands échecs de coaching ?
-E.B. : Chaque fois, ou presque, que j'ai voulu préserver un score en faisant sortir un joueur offensif, généralement excentré, par un joueur plus défensif. L'effet est généralement inverse et ça m'a fait appréhender de manière différente la gestion de ces fins de match. Désormais, j'ai une philosophie plus ambitieuse et joueuse sachant qu'il vaut toujours mieux se donner les moyens de garder le ballon donc d'avoir des joueurs capables de le faire et pas forcément davantage de défenseurs. Au niveau des échecs, j'ai aussi souvenir avoir fait confiance trop longtemps à des joueurs qui m'ont déçu.
-M.H. : Il y a deux ans, face à l'équipe réserve de Thonon, il y avait 0-0, on était bien en place… quand j'ai changé la charnière centrale. Il s'en est suivi un léger flou qui a suffi pour prendre un but et pour perdre le match 0-1. Si je n'ai rien dit aux joueurs après le match, le mardi lorsqu'on est revenu dessus, je leur ai dit clairement que la défaite était pour moi. Il n'y a pas de honte à avouer ce genre de choses.

BAUP : "Même au niveau amateur, on est allé trop loin dans la préparation athlétique au détriment de l'intelligence de jeu."

L'ITW croisée pro-amateur... BAUP-HASSAÏNE (Vaulx en Velin)
Un entraîneur qui gagne est-il toujours un entraîneur compétent ?
-E.B. : Dans le milieu pro, le résultat est le seul critère d'évaluation d'un entraîneur. Gagner c'est une forme de compétence mais pas toujours une source de plaisir. La manière est aussi importante. Mais le métier c'est quand même la gagne, l'essence de la profession. Dans une société où les gens s'évaluent ne permanence les uns par rapport aux autres, gagner est un moyen d'avancer, de monter dans la hiérarchie. Et pas seulement dans le milieu pro parce qu'il y a des enjeux financiers, les amateurs fonctionnent de la même façon. Pourtant, je pense que dans des clubs stables, il faudrait revenir à d'autres priorités. Copier ce qu'a pu faire le FC Nantes pendant des décennies, en se basant sur une philosophie de jeu, en essayant d'aller au bout de ses idées et en considérant que c'est ainsi qu'ils avaient le plus de chances de gagner.
-M.H. : Généralement, les chiffres parlent d'eux-mêmes et un entraîneur qui gagne souvent ne peut pas avoir tort qu'il exerce au niveau professionnel ou au niveau amateur. Parce que si les enjeux sont différents, la pression est la même. Lorsque vous avez un choix à faire, passer d'un groupe de 23 à une sélection de 14 pour le match du week-end, il faut toujours expliquer pourquoi aux huit qui restent. Si vous gagnez, ça crédibilise forcément votre choix…

Quelle est la plus grande difficulté pour un entraîneur aujourd'hui ?
-E.B. : Composer avec tous les à côtés du terrain, les dirigeants, les médias, les supporters, les agents… C'est une dimension à prendre en compte. Je prends l'exemple de Claude Puel aujourd'hui à Lyon qui semble bien gérer son vestiaire malgré tout ce qui se dit autour. Il reste sur son domaine de compétence, le terrain. C'est sa force. Même si on sait bien que l'image et la communication comptent aussi énormément.
-M.H. : Le gestion humaine est difficile car, souvent, on est obligé de faire des choix sur des joueurs au niveau équivalent. Le côté humain est très dur à gérer.

Elie, quelle image vous faites-vous d'un entraîneur de DH aujourd'hui comme Moustapha ? Moustapha, quelle image avez-vous d'Elie Baup ?
-E.B. : Cette image s'est bâtie au hasard des matchs de coupe de France que j'ai pu jouer ou auquel j'ai pu assister. C'est un entraîneur qui consacre la majorité de son temps au football avec un projet de jeu qui prédomine sur l'aspect financier. Un passionné qui veut faire passer ses idées. En DH, c'est déjà un bon niveau. Je sais par exemple que sur Paris, ils s'entraînent tous les jours. Parfois, je vais des matchs quand je suis chez moi et pas seulement pour voir mon fils qui joue en district. J'apprécie voir tous les niveaux du foot amateur mais je trouve que même là on est allé trop loin dans la préparation athlétique. Le physique est devenu une des options les plus travaillées au détriment de l'intelligence de jeu. A notre époque, en D3 ou en DH, puisqu'il n'y avait pas de niveaux intermédiaires, les joueurs allaient moins vite mais avaient plus de créativité et un sens du jeu plus développé. Beaucoup, malgré leur statut amateur pouvaient prétendre postuler au niveau pro. C'est moins le cas. Le niveau est plus homogène mais avec moins de qualités individuelles.
-M.H. : J'ai surtout suivi Elie Baup lorsqu'il était à Bordeaux et qu'il fut champion de France. Depuis, je pense qu'il a toujours fait jouer ses équipes de manière assez offensive. Il n'a pas hésité à prendre des risques parfois, ce qui a pu lui coûter sa place… Il ne bridait pas ses joueurs. Depuis qu'il est consultant sur Canal+, j'aime bien sa façon d'analyser les choses. On sent que c'est un bon mec qui a des commentaires pertinents.

Propos recueillis par J.L. B.

L'ITW croisée pro-amateur... BAUP-HASSAÏNE (Vaulx en Velin)
MOUSTAPHA HASSAINE
Né le 16 novembre 1968 à Vaulx en Velin
Parcours :
Joueur : Vaulx en Velin (CFA2, jusqu'en 2003)
Entraîneur : Vaulx en Velin, réserve (2003-08, PHR), Vaulx en Velin (DH, depuis janvier 2009)
Diplôme : Initiateur 1


L'ITW croisée pro-amateur... BAUP-HASSAÏNE (Vaulx en Velin)

L'ITW croisée pro-amateur... BAUP-HASSAÏNE (Vaulx en Velin)
ELIE BAUP
Né le 17 mars 1955 à St-Gaudens
Parcours
Joueur : Larroque, US Toulouse (1970-74), Mazamet (1974-78), Agen (juillet-décembre 1978), Muret (décembre 1978-81), Buzzichelli Sport Toulouse (1981-82).
Entraîneur : Castelnaudary (1982-84), Toulouse, adjoint centre de formation (1984-91), St-Etienne, centre de formation (1991-94), St-Etienne, L1 (1994--février 1996), Bordeaux, adjoint (juillet-décembre 1997), Bordeaux, L1 (janvier 1998-octobre 2003), St-Etienne, L1 (2004-06), Toulouse, L1 (2006-08), Nantes, L1 (depuis septembre 2008).
Palmarès : Champion de France 1999, coupe de la Ligue 2002.
Diplôme : DEPF



Vendredi 29 Octobre 2010

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