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Jean-Pierre BERNÈS : "A 54 ans, le football n'a plus de secrets pour moi..."

Jean-Pierre Bernès retourne souvent à son école maternelle de Salon de Provence. "Ça me rend triste mais j'y vais quand même..." C'est évidemment dans son passé que se trouvent les failles de celui qui aura mis dix ans à se reconstruire après le traumatisme de l'affaire VA-OM. Pour (re)devenir l'un des personnages les plus influents du football français, l'un des plus jalousés aussi, l'ancien bras droit de Bernard Tapie a évidemment beaucoup changé. En bien disent ceux qui le fréquentent au quotidien, la vingtaine de joueurs, la dizaine d'entraîneurs qui connaissent sa disponibilité sans limite. On ne gagne pas la confiance des plus grands par hasard. A 54 ans, depuis sa résidence de cap Canaille, il passe près de cinq heures par jour l'oreille collée à son téléphone... plus intoxiqué que jamais par ce football avec lequel il ne fait plus qu'un. (par Johan Cruyff)



Près de 20 ans après l'affaire VA-OM, Jean-Pierre Bernes (ici avec Florian Maurice) a retrouvé le sourire...
Près de 20 ans après l'affaire VA-OM, Jean-Pierre Bernes (ici avec Florian Maurice) a retrouvé le sourire...
M. Bernès, avez-vous déjà joué au football ?
Je n'ai jamais eu de licence dans un club mais j'ai toujours joué au football lorsque j'étais gamin. J'habitais à Salon de Provence, mon père étant militaire, et on organisait des tournois entre les cités. Ce sont de grands souvenirs car c'est là que s'est forgée ma passion pour le football. Et franchement, pour m'éclater, je n'avais pas besoin d'être dans un club, ces tournois entre nous suffisaient amplement pour prendre du plaisir. On se rencontrait tous les samedis... et je sais que ça existe encore dans certains terrains vagues autour de Marseille. Attention, il ne faut pas sous estimer ces compétitions parallèles là car beaucoup de grands joueurs en sont issues et y font référence.

Etiez-vous un bon joueur ?
Je jouais défenseur central, toujours derrière... mais je n'ai pas pu voir où étaient mes limites puisque rapidement mes études ont pris le pas. Il m'a fallu faire un choix.

C'est donc en coulisses et pas sur le terrain que vous êtes arrivé à l'OM en 1981. Comment exactement ?
A cette époque, le club était en liquidation judiciaire et un comité de sauvegarde du football de haut niveau à Marseille avait été créé pour tenter de fédérer toutes les énergies susceptibles d'aider le club à repartir. Le comité allait de ville en ville pour rencontrer les gens, discuter... Je suis allé dans une de ces réunions et il faut croire que je me suis fait remarquer car les dirigeants de l'époque m'ont demandé si je ne voulais pas devenir secrétaire général de l'OM ! Je venais de terminer mes études, je n'ai pas hésité. Un concours de circonstances...

"A la base, je rêvais d'être journaliste sportif..."

Qu'auriez-vous fait sans l'OM, vers quel métier vous destiniez-vous ?Tous les métiers liés à mes études de droit (il est passé par l'IEP d'Aix en Provence avant d'avoir un deug : ndlr). Mais j'avoue ne pas savoir répondre à cette question car depuis 1981, je n'ai toujours travaillé que dans le milieu du football, dirigeant d'abord, agent de joueurs ensuite. Les aléas de la vie m'ont orienté dans cette direction, la chance aussi de me retrouver dans un club tel que l'Olympique de Marseille. Mais au départ, je ne voulais pas rester et je ne pensais pas que cela pouvait déboucher sur un vrai métier. A la base, je rêvais d'être journaliste sportif...

Depuis 1981, beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, l'affaire VA-OM (1) est notamment passée par là, avec votre condamnation, puis ce qu'on pourrait appeler votre réhabilitation... Quel regard jetez-vous sur le football actuel ?
J'appréhende le football comme une activité comme une autre. Certes, il a énormément évolué mais je ne pourrais pas vous dire si c'est en bien ou en mal, au risque de passer pour un vieux con, un ancien combattant. Je peux juste constater qu'aujourd'hui comme hier on parle quand même du même sport, le football, qui se joue à onze contre onze. Les enjeux sont différents, la médiatisation est plus importante mais l'essence même n'a pas changé, c'est le jeu, les buts et le plaisir qu'on prend à assister à une rencontre.

Avant de (re)devenir un des acteurs majeurs du foot français, vous avez traversé des périodes difficiles en marge de l'affaire VA-OM. Comment avez-vous fait pour vous relever ?
On a coutume de dire que tout ce qui ne tue pas rend plus fort... Même si je ne suis pas passé loin, je ne suis pas mort donc je suis sorti plus fort de cette épreuve. A l'époque, j'étais sous pression. J'assume tout. Je profite davantage de la vie maintenant...

Plus fort et plus compétent dans votre activité si l'on en croit la confiance dont vous jouissez auprès des joueurs et des entraîneurs !
On tire toujours des leçons du passé, surtout quand on fait des erreurs. Avec l'expérience, et la maturité qui va avec, je pense aussi avoir démontré une certaine compétence dans mon domaine sinon, comme vous le dites, les joueurs ou les entraîneurs avec qui je travaille ne me feraient pas confiance. Un menuisier ou un boulanger sera forcément meilleur à la fin qu'au début de sa carrière. Moi, c'est pareil. Le foot et ses arcanes, c'est quand même une matière que je pratique depuis plus de trente ans et que je pense maîtriser aujourd'hui.

...et appréhende désormais la passion de sa vie, le football, de manière plus saine.
...et appréhende désormais la passion de sa vie, le football, de manière plus saine.
Après tout ce qui s'est passé, tout ce qui a été dit et écrit sur vous, finalement, n'êtes-vous pas étonné d'être encore là, sur le devant de la scène ?
L'OM a été une étape dans ma vie. Il fait savoir rebondir. Les gens n'ont pas oublié qu'au delà de tout, j'avais quand même une certaine compétence avant de traverser cette période difficile de ma vie. Si vous retrouvez cette compétence, vous retrouvez forcément de la crédibilité. Dernièrement, j'étais invité au Lion's Club de Salon de Provence, pour une conférence, et j'ai pu constater avec plaisir que les gens m'appréciaient énormément. Oui, ça fait plaisir parce que j'aime les gens.

Alors que votre nom a été évoqué pour redevenir dirigeant de l'OM avec l'arrivée de Jean-Claude Dassier à la présidence il y a deux ans, pourriez-vous faire un autre métier dans le football que celui d'agent ou de dirigeant ?
J'avais à peine plus de trente ans quand je suis devenu directeur général du plus grand club français, donc un dirigeant important du football. Aujourd'hui, je suis un agent qui s'occupe des principaux joueurs et entraîneurs de ce même football français... L'un dans l'autre, j'ai acquis petit à petit une crédibilité qui me fait dire que ce sont là les deux seuls métiers que je pourrais faire. Le domaine technique n'est pas le mien, je laisse ça à d'autres plus compétents. Moi, ce qui m'intéresse, c'est l'humain, c'est le conseil que je peux donner à un joueur, à un club. D'ailleurs, je préfère le terme de conseiller que d'agent, ça représente davantage la réalité de mon travail.

"Il ne faut pas caricaturer. Malheureusement, les pros n'ont pas le monopole du mauvais comportement."

De quelle nature sont vos contacts avec le foot amateur ?Je suis souvent en déplacement, en France ou à l'étranger, donc je vais très rarement voir des matchs de niveau amateur. Les rares contacts viennent de certains clubs qui me sollicitent pour que je leur amène un de mes joueurs à une inauguration un tournoi, une événement... Mais si je le connais peu, je respecte énormément ce foot amateur car tous les joueurs viennent de là, tous.

En tant qu'agent, êtes-vous amené à vous intéresser à certains jeunes ou moins jeunes joueurs amateurs ?
Parfois, on m'appelle pour me signaler tel ou tel joueur intéressant... et souvent je les connais déjà. Mais je ne travaille qu'avec des joueurs confirmés et déjà professionnels.

Que pensez-vous des relations entre les deux mondes, pro et amateur ?
Je regrette qu'on les oppose trop souvent et trop systématiquement car on parle du même sport. Je n'ai pas compris les querelles qui associaient forcément la compétence des gens à leur statut professionnel autour des récents événements qui ont agité l'équipe de France et la FFF. On peut être amateur et compétent. Je connais des dirigeants de clubs professionnels français qui sont nuls. Je regrette aussi l'amalgame qui est trop souvent fait entre les affaires qui font la une et la réalité de la plupart des clubs et des joueurs professionnels. L'image du foot pro n'est pas bonne mais parce que les médias se contentent trop souvent de ne véhiculer que le mauvais côté des choses. Or, moi, je pense qu'il n'y a pas moins de problèmes au plus haut niveau qu'à la base. Il ne faut pas caricaturer. Malheureusement, les pros n'ont pas le monopole du mauvais comportement.

Les joueurs que vous avez sous contrat sont-ils de manière générale attentifs au sort du foot amateur d'où ils sont issus ?
La plupart de mes joueurs évoluent à l'étranger et n'ont plus de contact avec leurs anciens clubs, qu'ils soient pros ou amateurs. Le foot de très haut niveau requiert aujourd'hui trop d'exigences pour leur permettre de suivre les clubs où ils ont été formés.

Les encouragez-vous à garder contact, à rester liés à leurs racines ?
Ce n'est pas de mon ressort, cette démarche ne peut être qu'individuelle. Je situe ça au même niveau que les actions humanitaires que peuvent faire certains. Ce n'est pas à moi de les susciter ou de les encourager mais je peux vous dire que de grands joueurs font énormément pour des causes peu connues sans le faire savoir.

Blanc à Bordeaux, Deschamps à l'OM... c'est lui !
Blanc à Bordeaux, Deschamps à l'OM... c'est lui !
Comment se positionne l'agent de joueur que vous êtes sur le débat qui agite le football français et sa formation ?
C'est très complexe. Ce sujet mérite qu'on s'y attarde longtemps et qu'on prenne beaucoup de recul, le temps de la réflexion. On a de plus en plus tendance à recruter jeune, entre 12 et 14 ans, alors qu'il faudrait certainement ne pas brusquer les choses. Car lorsque les gamins passent entre cinq et six ans dans des centres de formation... et n'ont rien au bout, le retour de manivelle peut être terrible avec cette impression d'avoir perdu son temps. Beaucoup d'éléments entrent en ligne de compte, l'âge, le contenu de la formation, le recrutement... Force est tout de même de reconnaître que la formation française est réputée. On peut toujours se remettre en cause mais n'oublions pas que beaucoup de pays viennent encore voir comment on travaille. Il ne faut pas tout casser.

L'OM semble prendre une nouvelle dimension au niveau de la formation, vous confirmez ?
Il a toujours existé un énorme vivier de jeunes joueurs à Marseille et dans la région mais il était tellement difficile de se faire une place en équipe première qu'ils partaient tous ailleurs. Les exemples de Nasri ou des frères Ayew sont encore des exceptions car le club n'a jamais été destiné à faire de la formation. Ceci dit, face aux difficultés économiques qui touchent tous les clubs, même les plus grands, ils n'ont plus le choix. Ils vont être obligés de s'y mettre aussi. C'est pour ça que l'OM comme à regarder ce qui se passe autour de lui.

"Aucune carrière importante ne peut être envisagée sans avoir un agent à ses côtés..."

Combien de joueurs avez-vous sous contrat ?
Une vingtaine... et c'est un maximum que je ne veux pas dépasser car au delà, il n'est pas possible de bien faire son métier. Je refuse beaucoup de joueurs qui souhaiteraient nous rejoindre.

Quels rapports avez-vous avec les autres agents ?
Aucun. Chacun fait son boulot comme il l'entend...

Est-il aujourd'hui indispensable d'avoir un agent ? Certains, rares, font sans...
Je connais suffisamment le milieu pour vous dire qu'aujourd'hui aucune carrière importante ne peut être envisagée sans avoir un agent à ses côtés. Il ne faut pas croire, agent, c'est un vrai métier, légiféré, encadré, bien gérée.

Si vous aviez un conseil à donner à des parents ou des jeunes joueurs qui débutent leur carrière et qui sont sollicités par des agents, quel serait-il ?
C'est une autre forme de recrutement (rires) ! Pour bien recruter son agent, il faut regarder son parcours, son cv, d'où il vient, s'il a de l'expérience, s'il connaît le milieu... Il faut toujours se méfier de ceux qui vous demandent des conseils parce que le risque c'est de devenir le conseiller de son conseiller. Il faut évidemment savoir à qui on a affaire.

Enfin pour conclure, on sait que vous avez Laurent Blanc dans votre écurie. Le sélectionneur est au milieu d'une belle polémique liée à la création de quotas sur le recrutement des jeunes. Qu'en pensez-vous ?
(il réfléchit) C'est aberrant. Je ne veux pas entrer dans ce débat... Accuser Laurent Blanc d'être raciste, il faut rester sérieux !

propos recueillis par J.C.
(1) Jean-Pierre Bernès a été condamné à 18 mois de prison avec sursis dans l'affaire VA-OM en 1995 et deux ans de prison avec sursis dans l'affaire des comptes de l'OM en 1998.

Jean-Pierre BERNÈS : "A 54 ans, le football n'a plus de secrets pour moi..."
JEAN PIERRE BERNÈS
Né le 10 février 1957 à Marseille
Parcours : Marseille, secrétaire administratif (1981-89), Marseille, directeur général (1989-93), Foot Conseil, agent de joueurs (depuis 1999).
Joueurs sous contrat : Ribéry, Nasri, Mathieu, Diarra, Squilacci, Planus, Rami, Briand, Menez, Batlles...
Entraîneurs sous contrat : Baup, Blanc, Deschamps, Galtier, Hantz, Fernandez Jean, Roussey, Perrin.


Samedi 7 Mai 2011

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