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Jean-Claude SUAUDEAU (2/2) : "Je continue à être entraîneur... à distance !"

Nous continuons en ce lendemain de Noël notre conversation avec Jean Claude Suaudeau. La fin de cet entretien exclusif va nous permettre de remonter aux origines du titre de champion du monde 1998, de comprendre pourquoi le jeu à la nantaise n'a jamais fait école au niveau national (DTN) et pourquoi certains joueurs, qui avaient été refusés par beaucoup de centres de formation, ont fini par faire de belles carrières après un séjour à La Jonelière. Tout ça avant de laisser "Coco" devant sa télé continuer à être, à distance, cet entraîneur hors pair qui manque tant au football français. (par Johan Cruyff)



Pour beaucoup, le jeu développé par le FC Nantes 1994-95, champion de France, n'a toujours pas trouvé d'équivalent en France.
Pour beaucoup, le jeu développé par le FC Nantes 1994-95, champion de France, n'a toujours pas trouvé d'équivalent en France.
Quelques années après avoir arrêté d'entraîner Nantes, votre nom est revenu pour la succession de Gérard Houllier puis d'Aimé Jacquet à la tête de la DTN. Pourtant, vous n'étiez pas vraiment dans cette mouvance là...
Je n'ai jamais fait partie du noyau de la DTN, j'avais trop à faire par ailleurs. Lorsque j'ai arrêté, même s'ils m'avaient contacté, je ne pense pas qu'ils seraient parvenus à me convaincre. Je ne dis pas ça pour les critiquer ou afficher quelconques certitudes et penser que je sais tout, même s'ils le disent, mais quand vous croyez profondément en ce que vous faites, ce qui a toujours été mon cas, vous ne pouvez pas accéder à ce genre de poste.

Le style de l'équipe de France championne du monde en 1998 ne répondait pas vraiment à vos critères. Finalement, les conséquences de ce succès sur les directives données par la DTN en matière de formation n'ont-elles pas été néfastes pour l'évolution du football français quand on voit où il se trouve aujourd'hui ?
Franchement, sur ce qu'a démontré la France en 1998, j'étais assez proche d'Aimé Jacquet. Je pense surtout que c'était le résultat d'un travail amorcé dans les années 70 par Gaby Robert surtout pour identifier ce qu'on a appelé ensuite la formation à la française. Gaby Robert était proche des techniciens que nous étions et j'ai souvenir de séminaires remarquables où on bossait tous les jours sur le jeu et son devenir. Dans cette éclosion de la formation à la française des gens comme Aldo Platini, Arsène Wenger qui était tout jeune, moi même, et surtout Pierre Tournier, ont fait faire un bon en avant au football français. Cette réflexion a débouché sur une méthode de travail et une philosophie de jeu qui a donné les résultats que l'on sait bien avant le titre de 1998, avec la génération Platini.

Vous vous êtes donc reconnu dans les succès des Bleus à partir des années 80 ?
Pour tout ce que je vous ai dit, oui. On a fait du bon boulot et on était assez fier de faire comprendre aux gens de la DTN, avec Georges Boulogne à leur tête, qu'il y avait des priorités différentes à dégager. Ce n'était pas exactement les mêmes qu'à Nantes mais quand même...

"Les gens disaient : "Ok, ils sont bien beaux mais quels résultats ont-ils ?" Peut-être que nous n'avons pas assez gagné..."

Jean-Claude SUAUDEAU (2/2) : "Je continue à être entraîneur... à distance !"
Qu'aurait-il fallu pour que, comme en Espagne aujourd'hui, le jeu à la nantaise devienne un jeu à la française ?
Peut-être qu'on remporte une coupe d'Europe...

On a longtemps réservé votre philosophie à la formation, comme si une fois adultes les joueurs devaient passer à autre chose !
Pour avoir très longtemps continué à m'occuper des gamins de l'école de foot -c'était ma récré- je ne voyais pas pourquoi on ne pouvait pas faire pareil avec les pros. Les petits jouent comme les grands ou plutôt les grands jouent comme les petits. Et c'est vrai qu'à force de parler de ce jeu à la nantaise, les gens finissaient pas dire : "Ok, ils sont bien beaux avec ça mais quels résultats ont-ils ?" Peut-être que nous n'avons pas assez gagné. Pourtant, on a pas mal gagné, plus que beaucoup d'autres.

Quel rapport entretenez-vous avec le foot aujourd'hui ?
Je m'y intéresse toujours mais uniquement à travers la télé. Chaque début de saison, je vais voir dans tous les championnats étrangers ce qu'il s'y passe, sans trop regarder le foot français que je connais trop bien, et je choisis deux ou trois équipes que je m'impose de suivre ensuite toute la saison. Une année je vais prendre deux équipes anglaises et deux espagnoles, une autre année, deux Italiennes et deux Allemandes... et je les observe chaque fois que je peux. A travers ce que je vois, je me mets à la place des coachs, je fais l'entraînement et je critique d'autant plus facilement les collègues qu'ils ne m'entendent pas (rires) ! Ainsi, je continue d'être entraîneur mais à distance.

Aujourd'hui, Coco Suaudeau ne va plus que rarement assister aux matchs. Il continue à jouer aux entraîneurs devant sa télé.
Aujourd'hui, Coco Suaudeau ne va plus que rarement assister aux matchs. Il continue à jouer aux entraîneurs devant sa télé.
Actuellement, quelles équipes suivez-vous ?
Je ne vous étonnerais pas en disant que j'ai un oeil sur le Barça, Arsenal et Manchester United mais pour ce dernier ça date de très longtemps. Ce sont des équipes qui se rapprochent un peu de ce qu'on pouvait faire à Nantes. Pour Arsenal, ce qu'a déclaré Evra est en partie vrai (en résumé l'ancien capitaine des Bleus a dit qu'Arsenal était un centre de formation qui ne gagnait jamais rien : ndlr) et se rapproche de ce qu'on nous reprochait parfois à Nantes, à la différence importante qu'Arsène (Wenger) fait de la formation avec les meilleurs jeunes d'Europe, souvent des français d'ailleurs. J'aurais aimé avoir les mêmes sous la main !

Et en France ?
Je ne veux vexer personne mais je trouve moins de sources d'inspiration. J'espère que ça va changer. S'il y avait une équipe qui se dégage depuis quelques saisons, ce serait Lille qui développe un jeu intéressant et qui se stabilise à travers son milieu de terrain. Car, qu'on le veuille ou non, c'est au milieu que ça se passe. Le grand Milan AC l'avait compris en jouant avec six ou sept joueurs au milieu et une seule pointe. Mais ces milieux qui donnaient le tempo à l'intérieur du jeu étaient aussi capables de se projeter vers l'avant et de marquer des buts. Sans ça, ça ne fonctionne pas. C'est le Milan AC qui en premier a mis l'accent sur ces profils de joueurs polyvalents et spectaculaires.

"Le danger, c'est la passe pour la passe. La passe se justifie que si elle fait avancer le jeu."

Que pensez-vous du travail effectué par Christian Gourcuff à Lorient par exemple ?
Comme je suis sur Vannes, je vais parfois les voir et j'apprécie le travail de Gourcuff que je ne connais pas par ailleurs. Je l'ai juste croisé lorsque nous faisions des matchs amicaux en début de saison. Chaque fois, il parvenait à nous poser des problèmes en court-circuitant des aspects de notre jeu. Il continue dans cet esprit et est à fond dedans, comme je pouvais l'être à Nantes.

On reproche souvent à ces équipes qui privilégient le jeu à tout prix de manquer de réalisme. Qu'avez-vous à répondre à ça ?
Le danger, c'est la passe pour la passe. Et ça arrive même au Barça, de se faire des passes sans faire avancer le jeu d'un mètre. A ce moment là l'équipe se met en danger toute seule. La passe se justifie que si elle fait avancer le jeu ou si elle sert à éliminer un adversaire.

Ce n'est pas un hasard si c'est à Nantes et nulle part ailleurs que deux joueurs aussi atypiques que Monterrubio et Carrière ont réussi à percer.
Ce n'est pas un hasard si c'est à Nantes et nulle part ailleurs que deux joueurs aussi atypiques que Monterrubio et Carrière ont réussi à percer.
Comment expliquez-vous que, pendant longtemps, beaucoup de joueurs ayant réussi à Nantes avaient été auparavant recalés des autres centres de formation. Trois exemples parmi les plus significatifs, issus de notre région : Olivier Monterrubio, Eric Carrière et Dominique Casagrande ?
Tous les trois sont des personnalités différentes mais tous les trois ont eu des difficultés à s'imposer chez nous aussi parce qu'il y avait aussi à ce moment là beaucoup de concurrence. Mais s'ils y sont arrivés malgré tout c'est que, quelque part, nous ne nous étions pas trompés en pensant qu'ils avaient quelque chose. On a insisté et ils ont su digérer ce qu'on leur a donné. Dominique (Casagrande) n'avait pourtant rien de particulier dans son jeu qui pouvait laisser penser qu'il allait faire une telle carrière. Il était raide comme un bout de bois ! Mais il avait une vraie personnalité et beaucoup de présence. Les deux autres avaient à peu près le même profil et n'avaient pas de grosses cuisses (rires). Mais ce sont des gens qui pensaient vite et jouaient juste. Eric (Carrière) avait pris de très mauvaises habitudes. Lorsqu'il est arrivé, il ne se définissait qu'à travers lui même et ça ne correspondait pas à notre volonté de jouer vite. Il était rapide mais pour lui-même mais pas pour le tempo de l'équipe. Il était tout de même insaisissable au niveau du toucher de balle. De tous ceux que j'ai pu côtoyer à ce moment là, je me trompe peut-être, mais je pense que c'est un de ceux qui aurait eu les capacités pour jouer au Barça aujourd'hui. Car, quand il a fini par comprendre et qu'il a débarrassé son jeu de tous ces parasites, il nous a apporté beaucoup. Et il s'est vraiment exprimé avec Denoueix lorsqu'il est devenu un leader.

Et Olivier Monterrubio, le Tarnais ?
Lui, c'était un peu pareil qu'Eric mais il n'utilisait pas suffisamment la profondeur car il avait des restrictions dans le contact et l'engagement. Et fort de ce qu'on a pu lui apprendre, à lui et à d'autres, sur le principe de contourner les obstacles plutôt que de les affronter, il a fini par faire mal. Et son parcours ensuite, à Rennes et à Lorient, correspond vraiment à ce qu'il est. C'était trois bons joueurs et en plus trois mecs sympas.

propos recueillis par J.C

Jean-Claude SUAUDEAU (2/2) : "Je continue à être entraîneur... à distance !"
JEAN CLAUDE SUAUDEAU
Né le 24 mai 1938 à Cholet (Maine-et-Loire)
Parcours :
Joueur : Cholet, Nantes (1960-69). Palmarès : champion de France 1965 et 1966. Finaliste de la coupe de France en 1966. International : 4 sélections.
Entraîneur : Nantes, centre de formation (1973-82), Nantes (1982-88), Nantes (1991-97). Palmarès : champion de France 1983 et 1995. Finaliste de la coupe de France 1983 et 1993. Demi-finaliste de la Ligue des champions 1996.


Dimanche 26 Décembre 2010

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