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Hervé MATHOUX : "Je me sens lié au football amateur !"

Le petit Hervé Mathoux était gardien de but. Peut-être parce que son idole, Yvan Curkovic, n'était pas très grand non plus, l'actuel présentateur du Canal Football Club a cru pouvoir suivre ses traces. Mais, rapidement, et plus sûrement, sa passion pour le football l'a dirigé vers un journalisme sportif dont il est devenu aujourd'hui un des représentants les plus médiatiques et les plus respectés. Eu égard à son profil, à l'authenticité de sa démarche professionnelle, à ses engagements et au regard qu'il porte sur ce football de base qu'il a longtemps côtoyé, on se dit, après une heure d'entretien, que ce n'est finalement que justice. (par Johan Cruyff)



Après Jour de Foot et L'Equipe du Dimanche, il anime le Canal Football Club depuis 2008.
Après Jour de Foot et L'Equipe du Dimanche, il anime le Canal Football Club depuis 2008.
Hervé, avant de devenir journaliste, avez-vous joué au football ?
Oui, comme beaucoup, en banlieue parisienne d'abord puis lorsque nous avons migré avec mes parents sur Clermont Ferrand (à l'ASPTT Clermont : ndlr). J'étais gardien de but et j'ai joué jusqu'en junior avant de faire une saison en senior au niveau régional. Par la suite, mes études de journalisme sur Paris ne m'ont pas permis de jouer longtemps. La première année, je rentrais tous les week-ends pour jouer. Mais ensuite, j'ai vite travaillé lorsque les autres jouaient, le samedi et le dimanche...

Pourquoi ce poste, gardien de but ?
J'ai du jouer un mois seulement comme joueur de champ. J'ai vite été attiré par la spécificité du poste de gardien, cette envie de se jeter, d'être un peu à part... Peut-être est-ce du à la fascination que j'avais alors pour les Verts en général et Yvan Curkovic en particulier. En 1979, nous arrivions à Clermont, pas loin de St-Etienne donc, et je me souviens que pour mes seize ans, mon père m'avait amené à Geoffroy Guichard voir le FC Nantes pour ce qui était alors le match au sommet du championnat.

Si vous aviez continué, à quel niveau pouviez-vous prétendre évoluer ?
Quelques entraîneurs m'avaient dit que je pouvais viser la D3 de l'époque... Mais je manquais de taille, je n'avais pas la gnaque et je n'étais certainement pas assez fou pour être gardien de but à un bon niveau.

Votre présence à l'antenne aujourd'hui sur une des émissions de football phares en France n'est donc pas un hasard ?
Je ne pense pas qu'on puisse faire ce métier par hasard. Personnellement, c'est une passion qui remonte à très loin. Lorsque j'étais gamin, je me souviens avoir confectionné des cahiers sur lesquels je collais des photos, inscrivais des scores. C'était la grande époque de Bastia ! Le football a toujours fait partie de ma vie, mon père ayant longtemps été dirigeant puis président d'un petit club. En arrivant sur Paris pour faire mes études de journalisme, je ne savais pas dans quel domaine me spécialiser mais je savais au fond de moi que le sport était important.

"Plus qu'un match de L1 ou un match de Ligue des Champions sans intérêt, je préfère assister à un match de DH ou de CFA à fort enjeu !"

Quel rapport entretenez-vous avec le football amateur ?
Pendant une dizaine d'années, entre 10 et 20 ans environ, mes week-ends étaient organisés en fonction de mes matchs et des matchs que j'allais voir, 3 ou 4 par semaine. C'était de la PH, de la 1ère division de district, des équipes de ma région, l'AS Montferrand ou le Stade Clermontois avant qu'ils fusionnent, en D3. Mon père était donc dirigeant et, à travers lui, j'avais conscience des difficultés que pouvaient rencontrer les clubs amateurs, leurs bénévoles. Aujourd'hui, évidemment, ce n'est plus possible parce que je travaille tous les week-ends mais je me sens lié à ce football là.

Et ça ne vous ma que pas, ce contact avec la base ?
Je ne vais pas me plaindre d'être payé pour aller voir jouer et discuter avec les meilleurs joueurs du monde. Mais lorsque je vais voir un match avec mon père, à Clermont ou ailleurs, le plaisir est intact. C'est une chose d'assister à un match dans le cadre de son boulot, c'en est une autre d'y aller en simple spectateur. Comme un critique de cinéma qui n'appréhende pas un film de la même manière s'il sait que derrière il a une analyse à faire. On ne se détend pas de la même façon.

Le privilège de côtoyer des champions du monde (ici Zidane, Dugarry et Lizarazu) ne lui fait pas oublier ses premières émotions de footeux en Auvergne.
Le privilège de côtoyer des champions du monde (ici Zidane, Dugarry et Lizarazu) ne lui fait pas oublier ses premières émotions de footeux en Auvergne.
N'auriez-vous pas aimé vous investir d'une manière ou d'une autre dans un club amateur ?
Lorsque je jouais encore, je me suis occupé d'une équipe de jeunes dans mon club. J'aurais surtout aimé entraîner des gardiens de but car il y a des choses que la fréquentation du haut niveau m'a appris. D'ailleurs, je trouve que le football amateur, le vrai, celui de la base, a trop tendance à singer ce qu'il voit dans le foot pro alors qu'ils devraient remettre le plaisir au centre des débats. Certains éducateurs notamment ont des discours complètement décalés et empruntés aux entraîneurs pros qu'ils entendent à la télé. A notre époque, les dirigeants ou les éducateurs avaient moins accès à toutes sortes d'infos, avaient moins de connaissances, mais ils étaient plus authentiques et se la jouaient moins en essayant de faire comme les pros.

Dans vos émissions, avez-vous conscience d'avoir un rôle à jouer par rapport au football amateur ?
Notre rôle est avant tout d'offrir aux gens qui nous regardent le meilleur du football de haut niveau.

Il y a deux ans, vous aviez retransmis en direct la finale de la coupe de Bretagne dans les mêmes conditions que s'il s'agissait d'un match de Ligue 1. Pourquoi avoir tenté cette expérience et pourquoi ne pas l'avoir renouvelé depuis ?
C'était un clin d'oeil amical pour valoriser le football amateur. Plus qu'un match de CFA ou de National, on voulait vraiment un vrai match de coupe avec un enjeu évident dans une région football. Il fallait aussi que les dates correspondent donc on avait choisi la finale de la coupe de Bretagne en juin 2009. Depuis, nous n'avons pas renouvelé l'expérience car il y a eu la coupe du Monde entre temps. On verra en fin de saison...

Quels avaient été les retours ?
L'audience n'avait pas été extraordinaire mais le but n'était pas là évidemment. On a la chance d'être sur Canal+ et de pouvoir faire des choses pas uniquement centrées sur les audiences. En tout cas, nous avions pris beaucoup de plaisir à nous retrouver là-bas pour commenter ce match.

"J'ai été agacé qu'on mette l'échec de l'équipe de France sur le dos des dirigeants amateurs..."

N'êtes-vous pas parfois lassé ou blasé du football de haut niveau ?
Franchement, plus qu'un match de L1 sans grand intérêt ou un match de poule de Ligue des Champions sans enjeu, je préfère assister à un match acharné de DH ou de CFA.

Comment vivez-vous la crise qui secoue actuellement le foot français, sa Fédération notamment, à travers le comportement loin d'être exemplaire de plus en plus de joueurs professionnels ?
Il ne faut pas généraliser. Il est exact que le foot pro est confronté à des problèmes d'attitude, qu'il est loin d'être exemplaire, mais le foot amateur n'est pas épargné non plus. Ceci dit, j'ai été agacé qu'on mette l'échec de l'équipe de France sur le dos des amateurs, sous prétexte que la FFF était gérée par des dirigeants issus de ce football de la base. On a trop vite oublié que l'échec, sportif ou moral, était surtout celui des joueurs lesquels ont été formés par le football professionnel. Les amateurs ont été une cible trop facile.

Homme de télévision, Hervé Mathoux se verrait bien aussi apporter du sang neuf dans l'organigramme d'un club un de ces jours...
Homme de télévision, Hervé Mathoux se verrait bien aussi apporter du sang neuf dans l'organigramme d'un club un de ces jours...
N'avez-vous pas peur que les gens se détournent de ce football fait d'excès et de démesure ? Et à terme, qu'ils ne payent plus pour voir des pseudo-stars faire leurs caprices ? Est-ce une réflexion que peut avoir une chaîne comme Canal+ qui investit énormément d'argent dans le football ?
On n'évoque pas cette situation en terme stratégique du terme mais, effectivement, si les gens rejettent l'attitude des joueurs, ça peut devenir un problème pour le produit football. En même temps, tout le monde a critiqué le comportement des joueurs pendant la Coupe du monde... et pourtant les audiences des matchs de l'équipe de France depuis sont bonnes. Le foot reste un produit d'attraction très fort. Cela ne veut pas dire que le public ne risque pas de s'en désintéresser. C'est, je pense, ce qui arrivera à plus ou moins long terme si les joueurs restent aussi éloignés de leur public. Le risque est en tout cas bien présent.

Un mot maintenant sur l'équipe des journalistes football de Canal+. Sans avoir recours à vos célèbres consultants, si vous deviez former une équipe avec les Doucet, Besnard, Sabathier, Armand... et vous dans les buts, ça donnerait quoi ?
J'ai du mal à m'imaginer à quel niveau nous pourrions évoluer (rires) ! Nous avons tous entre 35 et 45 ans et même si on fait tous du sport, on ne s'entraîne pas, et si certains ont déjà joué en club, peu l'ont fait au dessus du niveau district. Sur quelques minutes, on pourrait peut-être faire illusion mais dans la durée...

Quel est le meilleur d'entre vous ?
Celui qui a évolué au meilleur niveau est Dominique Armand (en National avec l'AS Muret dans les années 90 : ndlr). Les autres ont joué entre l'Excellence et la DH. C'est déjà pas mal.

"A part Dominique Armand qui a joué en National, tous les autres journalistes de l'équipe ont pratiqué de l'Excellence à la DH"

Vous êtes sur Canal depuis 12 ans (1998), vous imaginez-vous encore longtemps dans ce rôle ?
Je ne me suis jamais projeté. Dans ce métier, il est de toute façon très difficile de le faire. On verra bien...

A l'image d'autres collègues journalistes, n'êtes-vous pas tenté par une expérience dans un club ?
Ce n'est pas dans mes plans mais je conçois que ce passage à l'acte soit un fantasme pour beaucoup. Il y a tellement de choses à inventer dans ce milieu finalement assez formel où tout le monde fait la même chose ! Un exemple, les mises au vert. Elles sont pathétiquement répétitives et je comprends que les joueurs s'y ennuient et finissent par perdre de leur enthousiasme. J'essaierais de les surprendre. De manière plus générale, ce serait l'occasion de mettre en pratique certaines idées. Encore faut-il que l'occasion se présente...

Etes-vous aujourd'hui là où vous rêviez d'être lorsque vous êtes remonté sur Paris pour faire vos études de journalisme ?
Oui, complètement. Certains journalistes sont frustrés de ne pas avoir été de bons joueurs, ce n'est pas mon cas.

Avez-vous des préférés, parmi les joueurs, les équipes, les journalistes qui vous ont influencés ?
Non. Je m'inspire des uns et des autres et je n'ai jamais eu besoin de Pygmalion. Souvent on me pose cette question : quel club supportez-vous ? Comme si il fallait absolument en avoir un. Or, nous sommes davantage dans une démarche d'observateur et d'analyste que de supporter. Et j'ai bien du mal à définir quel est le meilleur entre Pelé, Cruyff, Platini ou Maradona. Je trouve par exemple un joueur comme Inzaghi insupportable car il n'est pas altruiste. Pourtant, quel joueur ! Lui, j'adore le détester ou je déteste l'adorer comme vous voulez ! J'aime bien des joueurs complets capables de marquer ou de faire marquer, comme Ilian, l'ancien stéphanois, mais je n'en ai jamais mis un au dessus des autres.

Certainement parce que vous n'avez jamais vu jouer Dominique Armand lorsqu'il était au sommet de sa carrière !
Certainement... (rires) !

propos recueillis par Johan Cruyff

Hervé MATHOUX : "Je me sens lié au football amateur !"
HERVÉ MATHOUX
Né le 6 novembre 1966 à Paris
Parcours
Joueur : ASPTT Clermont
Journaliste : Radio France (1987-89), TF1 (1990-1998), Canal+ (depuis septembre 1998)
Palmarès : présentation de Jour de Foot de 1998 à 2002, de L'Equipe du Dimanche de 2002 à 2008, du Canal Football Club depuis 2008. Elu meilleur journaliste sportif de l'année en 2009 par l'hebdomadaire L'Equipe Magazine.

Hervé MATHOUX : "Je me sens lié au football amateur !"


Samedi 20 Novembre 2010

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