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Guy HILLION (Chelsea FC) : "En France chez les jeunes, je suis au courant de tout !"

La légende, qui fait peu cas du travail d'équipe qui régnait au FC Nantes dans les années 80-90 autour de Robert Budzinski, veut qu'il soit à l'origine d'une bonne dizaine de carrières de joueurs internationaux, de Carrière à Toulalan en passant par Berson ou Olembé. Il faut donc croire que cette légende a traversé la Manche car Guy Hillion, l'une des pierres angulaires du grand Nantes, fait partie des scoots du FC Chelsea depuis six ans. A leur manière, les Anglais comptent sur le réseaux et le savoir-faire de l'ancien milieu de terrain de St-Brieuc pour repérer les futures stars en France et en Afrique. (par Johan Cruyff)



Son retour au FC Nantes en début de saison n'aura duré que quelques semaines...
Son retour au FC Nantes en début de saison n'aura duré que quelques semaines...
M. Hillion, quel joueur étiez-vous ?
Un joueur de CFA qui a évolué à St-Brieuc dans un registre plus technique que physique, c'est d'ailleurs pour ça que je n'ai jamais pu évoluer au niveau professionnel. Il me manquait cette dimension physique qui ne me permettait pas de tenir 90 minutes à forte intensité comme le veut le haut niveau. J'avais une bonne vision du jeu mais mon corps n'était pas adapté au haut niveau. J'ai joué jusqu'à 28 ans e j'ai arrêté ensuite pour des raisons professionnelles. J'étais commercial dans une entreprise de granit.

De votre Bretagne natale à Nantes, où vous avez finalement atterri et fait carrière, comment s'est effectuée la transition ?
Par hasard (rires) ! Passé directeur commercial de ma boite, je suis venu m'installer à Nantes pour diriger l'agence que nous y avions. Et, de fils en aiguilles, c'est comme ça que j'ai fini au FC Nantes. Un ami qui jouait avec les anciens du FCNA le dimanche matin m'a demandé de venir avec eux pour faire le nombre et le jour où j'ai été licencié économique, Coco Suaudeau, qui dirigeait les pros, et Raynald Denoueix qui était à la formation, m'ont proposé de les rejoindre pour m'occuper du recrutement des jeunes. D'abord à mi-temps, je suis rapidement passé à plein temps, en assumant également la responsabilité administrative du centre de formation.

Vous destiniez-vous à un tel destin dans le football et auprès des jeunes ?
Non, absolument pas, d'ailleurs je n'ai jamais passé mes diplômes d'entraîneur. J'étais un amoureux du FC Nantes quand j'étais à St-Brieuc, mais il était complètement irréel pour moi de me retrouver dans le même bureau que Suaudeau ou Denoueix à discuter de recrutement.

"Un bon recruteur c'est comme un bon commercial..."

Aviez-vous des prédispositions pour réussir dans ce domaine du recrutement des jeunes ?
J'étais avant tout, et je demeure encore, un adepte de la philosophie nantaise. J'ai ajouté à ça une bonne partie des qualités que j'exprimais en tant que commercial au niveau du contact humain et d'un certain savoir faire dans la négociation. Un bon recruteur de jeunes ne peut pas être seulement un bon technicien, il lui faut aussi avoir un bon relationnel pour convaincre et donner confiance, être un bon commercial. Certains clubs ont des recruteurs très qualifiés mais qui sont nuls une fois qu'ils doivent finaliser les premiers contacts.

Vous êtes resté à Nantes de 1994 à 2000 avec pas mal de réussite, pourquoi être parti à Bordeaux ensuite ?
J'avais simplement envie de voir autre chose. J'avais été approché par le PSG et Jean-Luc Lamarche, par le PSG, par l'OM et Eric Di Méco, mais c'est finalement à Bordeaux, le dernier à se manifester, que je suis allé pour assumer le même rôle qu'à Nantes. J'avais avec Jean-Louis Triaud, Charles Camporo et Alain Devesweeler de très bonnes relations et j'évoluais dans des structures remarquables mais l'ambiance s'est vite dégradée. J'ai été confrontée à pas mal de jalousies parce que j'ai forcément pris la place de quelqu'un et les Bordelais pur jus l'ont mal pris. Disons qu'entre 2001 et 2005 j'ai fait aux Girondins ce que j'avais à y faire mais je me suis lassé d'être sans cesse obligé de ma bagarrer et d'éviter les peaux de bananes.

Quand vous arrêtez en 2005, souhaitiez-vous rebondir ailleurs ?
Non, nous en avions discuté avec ma femme et je souhaitais prendre ma retraite. J'avais juste dit à Rampillon à Rennes que je pouvais lui donner un coup de mains mais seulement le week-end.

Après Nantes, Bordeaux et Rennes, Guy Hillion finira certainement son parcours de recruteur à Chelsea.
Après Nantes, Bordeaux et Rennes, Guy Hillion finira certainement son parcours de recruteur à Chelsea.
Et c'est là que Chelsea s'est manifesté !
Oui, six mois après j'ai reçu l'appel d'un agent mandaté par le FC Chelsea qui souhaitait me rencontrer. L'envie est vite revenue et pas uniquement en raison des conditions financières. Car j'aurais bien continué à Bordeaux si l'atmosphère avait été plus saine. Là, à Chelsea, j'avais la chance de découvrir un club anglais et de travailler un peu différemment... Il faut croire que ça me convient car j'y suis toujours.

Malgré un bref retour au FC Nantes. Racontez-nous pourquoi il fut si bref !
Parce qu'il s'agissait d'une erreur de casting, de la part de M. Kita et de ma part d'avoir accepté son offre. Naïvement, eu égard à mon passé au club et aux efforts qu'il consentait pour me recruter, je pensais qu'il allait me donner les pleins pouvoirs. J'ai vite vu qu'il ne serait rien et j'ai préféré tout arrêter. On n'est pas fait pour travailler ensemble. Je n'ai pas vocation à n'être qu'une caisse d'enregistrement, une simple boite aux lettres. J'aurais du être plus intransigeant sur les contours du rôle pour lequel il me faisait venir. Au moins, désormais, je comprends mieux pourquoi le club est tombé si bas. Et tant qu'il y aura cette présidence, je ne vois pas comment ils pourront remonter la pente. En quelques semaines j'aurais au moins eu la satisfaction de recruter le staff en place et de faire venir Raspentino...

A partir de là, votre retour à Chelsea était-il évident et naturel ?
Entre temps, la direction technique du Chelsea FC a changé. Franck Arnesen notamment est parti sur Hambourg, un autre cadre dont j'étais proche a signé à Manchester City. C'est par son intermédiaire que j'ai visité les installations du club et que j'ai failli y signer. J'étais à deux doigts de le faire mais, par acquis de conscience, j'ai tout de même téléphoné à la nouvelle direction technique de Chelsea par correction aussi. Je leur ai dit que j'étais en contact avec Manchester mais que s'ils avaient besoin de moi je préférais cette option. Et ils m'ont engagé (rires) !

"Pour Chelsea, je recherche le phénomène plus que le bon joueur..."

Quel est votre rôle exactement ?
Je suis responsable du recrutement des jeunes et des professionnels sur la France et l'Afrique. Je voyage donc pas mal dans l'hexagone et me rend en Afrique lors des grandes compétitions internationales pour les jeunes ou les pros, la CAN prochainement.

C'est quoi votre force ? Pourquoi un club comme Chelsea fait-il appel à vous ?
Depuis le temps que je suis dans ce milieu, je me suis constitué un réseau qui me permet d'être présent un peu partout sur le territoire. Si un bon jeune de 12 ans est bon à côté de Marseille ou près de Lyon, je le sais. Je suis au courant de tout. Et puis pour être efficace, même si vous travaillez pour un club anglais, il faut être français, car rien ne remplace l'expérience du terrain et le relationnel. Surtout, la réglementation française est tellement compliquée que vous ne pouvez pas avoir de résultats si vous ne la maîtrisez pas sur le bout des doigts.

Avez-vous le même regard lorsque vous recrutez pour Chelsea que lorsque vous le faisiez pour le FC Nantes ? Les profils que vous recherchez sont-ils les mêmes ?
Ma philosophie reste la même et un talent reste un talent que vous recrutiez pour un club ou pour un autre. La spécificité nantaise faisait qu'on recherchait surtout des joueurs capables de se fondre dans un projet de jeu, d'être complémentaire des joueurs que nous avions déjà. Mais je regarde encore avec le même intérêt l'intelligence du joueur, celle du jeu, plus que celle de l'homme... même si j'étais plus pointu pour le FC Nantes. L'individu autant que le joueur intéressait Suaudeau et Denoueix, l'individualité prime pour Chelsea car ils n'ont pas les mêmes besoins. Ils recherchent le phénomène davantage que le très bon joueur. Mais travailler pour eux est extraordinaire car, contrairement à ce qui se passe souvent en France où la cellule recrutement est quelque chose de secondaire, là-bas, elle est essentielle. Tout tourne autour de ça.

Désormais, c'est en quête du joueur d'exception que Guy Hillion s'active...
Désormais, c'est en quête du joueur d'exception que Guy Hillion s'active...
Combien de joueurs leur envoyez-vous ?
Depuis six ans que j'y suis, deux seulement ont signé là-bas, Kakuta, de Lens, qui a été prêté à Bolton, et Boga, qui arrive de Marseille. Il faut savoir que nous sommes 14 dans le monde à travailler pour le club de la même manière donc si j'arrive à placer un joueur par an, c'est bien. Lorsque j'étais à Bordeaux, il m'en fallait entre 15 et 18 pour pouvoir compléter les équipes dans toutes les catégories d'âge. L'approche n'est donc pas la même et elle peut être frustrante. Mon rôle est de leur indiquer les joueurs qui me semblent intéressants mais ce sont eux ensuite qui décident.

La formation à la mode en ce moment est celle transmise en Espagne, notamment à Barcelone. Dans un précédent entretien Footengo, Jean-Claude Suaudeau (1) nous avait dit à sa manière que le FC Nantes avait trente ans d'avance sur le Barça. Vous êtes d'accord avec lui ?
Complètement. Et si à cette époque Nantes avait eu les mêmes moyens que Barcelone aujourd'hui, je suis convaincu qu'il aurait obtenu les mêmes résultats.

Quelles relations avez-vous avec vos homologues des autres grands clubs européens ?
On se connaît, surtout avec les Anglais et les Allemands, sans sa côtoyer vraiment. On voit moins les Espagnols peut-être parce qu'ils ont moins de besoins que nous et qu'ils se tournent davantage vers l'Argentine et le Brésil.

Que faites-vous quand un jeune de 12 ans vous intéresse ?
Contrairement à ce qui existe en France avec le contrat de non sollicitation (CNS), nous n'avons aucun moyen de bloquer un joueur, de lui faire signer quelque chose. Avant seize ans, aucun recrutement n'est possible. Donc on se contente de le suivre, de s'entretenir régulièrement avec lui, de rester au contact. Avant de faire signer un jeune, le club fait systématiquement une enquête sur lui, son environnement familial, son état d'esprit, ses amis, l'historique de ses blessures, sa culture etc... Rien n'est laissé au hasard.

On ne fait pas comme ça en France ?
Parfois, pas toujours. Le plus souvent, la valeur du moment suffit. On se précipite parfois trop et on freine quand il faudrait ne pas hésiter à investir financièrement sur un joueur d'exception. Les Anglais font l'inverse...

propos recueillis par J.C.

(1) Pour consulter les deux interviews de Jean-Claude Suaudeau

Guy HILLION (Chelsea FC) : "En France chez les jeunes, je suis au courant de tout !"
GUY HILLION
Né le 30 novembre 1945
Parcours
Joueur : St-Brieuc
Dirigeant-recruteur : Nantes (1994-2000), Bordeaux (2001-05), Rennes (2005-06), Chelsea (2006-2011), Nantes (avril-juin 2011), Chelsea (depuis 2011)



Samedi 3 Décembre 2011

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