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Eric THOMAS (AFFA) : "Je demande un vrai débat médiatique !"

Emanation du football français et de ses millions de licenciés, la FFF est-elle un organisme démocratique ? Fief des apparatchiks du boulevard Grenelle, sa présidence a toujours été une chasse jalousement gardée, traditionnellement réservée au gré des intérêts des uns ou des autres, rarement de ceux de tous les clubs amateurs qui ne se sont jamais vraiment sentis concernés, puis représentés, par ces luttes de pouvoir, par ces présidents successifs qui n'eurent de cesse de préserver, d'abord, leurs petits et gros privilèges. A quinze jours des premières élections (le 18 juin) post-réforme, alors que Fernand Duchaussoy et Noël Le Graët s'étrillent dans la presse, une troisième liste conduite par Eric Thomas, président de l'Association Française du Football Amateur (AFFA), constitue un contre pouvoir qui a énormément de mal à se faire entendre. Suffisamment pour remettre en cause la régularité d'une campagne verrouillée par les hommes en place, pour remettre en cause la dimension démocratique de notre instance dirigeante suprême. Pourtant, dans cette course à handicap, c'est peut-être ce quadra qui joue encore en 4ème série qui a le plus de légitimité. (par Johan Cruyff)



Encore joueur, toujours éducateur... et aujourd'hui vice-président !

Eric Thomas, entre Hervé Poudret et Eric Foubert, les trois premiers membres de l'AFFA.
Eric Thomas, entre Hervé Poudret et Eric Foubert, les trois premiers membres de l'AFFA.
M. Thomas, avant de vous présenter à la présidence de la FFF, quel fut votre parcours de footeux ?
J'ai 43 ans, je joue au foot (défenseur) depuis mes six ans et j'ai toujours eu une licence dans un club, soit comme joueur, soit comme éducateur, soit comme dirigeant, dans trois ligues différentes, en Bourgogne, dans la Nièvre et en Indre et Loire. J'ajoute que je joue encore avec l'équipe IV du club où je suis vice-président depuis cette saison tout en gérant l'école de football où évolue mon fils de 13 ans.

De cet investissement permanent au contact du foot amateur à la candidature à la présidence de la FFF, comment s'est effectuée votre démarche ?
Après la Coupe du monde en Afrique du Sud, je comptais vraiment beaucoup sur les Etats Généraux pour participer à un vrai débat démocratique, pour échanger avec toutes les composantes du foot français et pour essayer de changer les choses. Je pensais naïvement qu'on allait interroger toutes les familles du football partout en France pour faire remonter les revendications, les nouvelles idées... et que ça allait déboucher sur des mesures concrètes susceptibles de modifier l'évolution du football en général. Or, que s'est-il passé ? On a eu droit à un jour et demi de faux débat à Paris...

Et de retour chez vous, vous avez créé une association ?
Oui, l'Association Française du Football Amateur a été créée en décembre 2010 et son site internet en février 2011 à travers lequel nous communiquons nos idées, nos actions. Nous enregistrons des adhésions régulières, individuelles ou de clubs, pour en être à plus de 150 aujourd'hui. Le but est de parvenir à fédérer en régions toutes les forces vives du football qui ont envie que ça change et qui en ont marre de l'image véhiculée par le football français aujourd'hui.

"Nous sommes des professionnels du foot amateur"

De là à vous présenter à un des postes les plus exposés du sport français !
C'est William Mitrano, l'ancien président de la Ligue Midi-Pyrénées, qui m'a poussé à le faire. Il m'a dit : "C'est le moment ou jamais pour médiatiser tes idées, pour les faire connaître. Même si les chances d'être élu sont minimes, au moins il faut profiter de ces élections pour faire entendre une autre voix." Je me suis donc lancé après avoir édité notre projet de trente propositions pour changer le foot français que nous présenterons officiellement au siège de la FFF le 7 juin prochain lors d'une conférence de presse (à 16h).

Un peu à l'image des élections à la présidence de la République qui nécessite le soutien de 500 maires (les fameuses 500 signatures), il vous fallait aussi un minimum de parrains pour prétendre être candidat. Avez-vous éprouvé des difficultés à les trouver ?
La liste fut très difficile à établir car le système est figé, verrouillé, cloisonné. Beaucoup nous avaient promis de nous rejoindre mais finalement peu sont allés au bout de leur démarche. Il a fallu se battre, expliquer que parrainer ne signifiait pas forcément soutenir mais bien permettre seulement de se présenter. Il a fallu montrer que nous étions des gens sérieux, ce que j'appellerais des professionnels du football amateur. On passe énormément de temps au contact du foot de la base, on sait gérer un club, on ambitionne de transmettre nos valeurs et nos idées au niveau national.

En ignorant la candidature d'Eric Thomas, le duo Duchaussoy-Le Graët ignore aussi le foot d'en bas. Est-ce vraiment étonnant ?
En ignorant la candidature d'Eric Thomas, le duo Duchaussoy-Le Graët ignore aussi le foot d'en bas. Est-ce vraiment étonnant ?
C'est un peu le pot de terre contre le pot de fer !
Peu importe les moyens dérisoires qu'on nous accorde, ceux utilisés par les deux autres listes sur le dos de la FFF... nous ne nous positionnons pas contre eux mais pour une nouvelle approche de la gouvernance du football français dans son ensemble. On assiste interloqués aux boules puantes que s'envoient les deux autres candidats : un coup Fernand, un coup Noêl ! Au contraire, nous voulons élever le débat et démontrer que nous ne sommes pas moins légitimes que les sortants qui ont un bilan catastrophique. Contrairement à eux, nous représentons tout le football, pas seulement son élite.

Que reprochez-vous au profil de Le Graël et Duchaussoy ?
Ils ont simplement oublié les valeurs qui ont fait la force du football français. Ils sont les représentants du football professionnel. Il n'y a qu'à voir la compositions de leurs listes... avec des gens du foot pro principalement. Je considère que nous sommes les seuls à représenter vraiment le foot de base.

Quelles sont ces trente propositions que vous présentez ?
Je ne vais pas les détailler ici, ce serait trop long, mais elles s'articulent autour de deux grands thèmes : la formation et les infrastructures. On ne se contente pas de proposer, on met aussi en face chaque idée un moyen de la financer. Ainsi, pour dégager des heures de formation qui permettront à des éducateurs, des formateurs... d'intervenir plus profondément dans le cadre du développement du foot féminin par exemple, à d'autres de former davantage de dirigeants, d'arbitres, on envisage de financer ça avec les primes des joueurs de l'équipe de France. Il ne s'agit pas de les ponctionner sur les néo-internationaux qui découvrent les Bleus mais de fixer une limite de sélection, 10 pourquoi pas, au delà desquelles les joueurs ne viendraient plus représenter la France pour l'argent mais bien pour l'amour du maillot et le prestige du pays. Il devrait être possible de dégager 4 millions d'euros par saison ainsi... En trois ans, nous voulons changer l'état d'esprit du football français. Cela passera aussi par la construction de nouveaux terrains synthétiques qui permettent une pratique permanente du football au delà des saisons et de la météo. Là encore, nous avons les moyens de les financer. Un appel d'offre sera lancé pour construite 250 terrains par an donc 1000 sur une période de quatre ans. En moyenne, un terrain coûte 600 000 euros. En en construisant 1000 on peut espérer faire baisser les prix à l'unité aux alentours de 500 000 euros. En signant des conventions avec les régions et les départements, avec l'aide financière de la FFF, on peut tomber à 150 000 euros le terrain pour un club. Et ça change évidemment tout...

"Ponctionner les primes des internationaux pour les développement du foot d'en bas"

Vous établissez un diagnostic assez négatif de l'état de notre football...
(il coupe)... il faut voir l'attitude des parents qui hésitent de plus en plus à nous confier leurs enfants. Je ressens très fortement cette réticence au quotidien et elle me rappelle l'ambiance du cyclisme lorsque a éclaté le scandale du dopage il y a quelques années. Il faut renverser la donne et offrir de nouveau la possibilité au sport le plus populaire de nous faire rêver. Et nous contrairement aux dirigeants en place, on ne met pas en parallèle les résultats de l'équipe de France avec la situation des clubs amateurs. A les entendre, il suffit que les Bleus gagnent pour que tout rentre dans l'ordre ! Non, ce n'est pas vrai. Les problèmes sont bien plus profonds que ça mais encore faut-il les cerner, encore faut-il les connaître. Le fait est que le foot français est un navire sans capitaine qui est livré à lui-même.

La nature de votre projet tend aussi à assainir l'environnement du football dès le plus jeune âge ?
Nos propositions sont concrètes, financées et réalistes. Notre projet n'est pas qu'économique comme celui de Le Graët. Ce n'est pas un non projet comme celui de Duchaussoy. Il se veut à la fois sportif, économique, social et citoyen.

Eric Thomas demande la programmation d'un débat à trois avant les élections. Sera-t-il entendu ?
Eric Thomas demande la programmation d'un débat à trois avant les élections. Sera-t-il entendu ?
Croyez-vous vraiment à une possible victoire ?
Pourquoi pas ! Lorsqu'on entre sur un terrain c'est toujours pour essayer de gagner. Même si on part avec un lourd handicap la FFF refusant de nous accorder la tribune nécessaire à la propagation de nos idées dans le cadre normal d'une campagne électorale. J'ai sollicité plusieurs fois le président Duchaussoy, M. Le Graët... sans aucune réponse de leur part. Ce n'est pas normal. On ne peut pas traiter ses licenciés de la sorte.

Seriez-vous prêt à lâcher votre emploi en cas de victoire ?
Mon employeur connaît ma démarche. Je suis chargé de développement durable dans un office public de l'habitat et j'avoue ne pas encore avoir envisagé cette possibilité. Mais s'il le faut, évidemment, je suis prêt. Un tel poste ne peut se concevoir à mi-temps...

Qu'attendez-vous désormais de ces quinze derniers jours de campagne ?
Je demande un vrai débat médiatique à trois sur une radio, une télé... Pour le moment, tout le monde parle du duel Le Graët-Duchaussoy mais nous sommes trois à concourir et je ne pense pas, vu le bilan qu'ils présentent et l'état dans lequel ils laissent le foot français, que notre projet soit le moins pertinent, ou que nous soyons moins légitimes que les autres. Il n'y a aucune raison pour nous exclure du débat.

"Les pros doivent savoir que si la base s'écroule, tout s'écroule"

Jean-Michel Larqué fut le dernier à vous rejoindre sur la liste de parrainage, c'est aussi le plus médiatique...
Il a tenu parole. Larqué est quelqu'un qui connaît bien le football et qui est président de district donc qui représente bien cette passerelle que nous aimerions jeter entre deux mondes qui passent leur temps à s'opposer. Il a, avec Aimé Jacquet, que j'ai aussi souvent au téléphone, la même volonté de rasséréner le foot français, de remettre l'éthique en son coeur.

L'une des vocations des sites Footengo est justement de créer des liens entre les pros et les amateurs. Concrètement, que comptez-vous faire pour les resserrer ou les créer tout simplement ?
Nous en avons deux ou trois très précises que vous me permettrez de ne dévoiler que lors de notre conférence de presse de présentation. Les pros doivent savoir que si la base s'écroule, tout s'écroule. Je veux faire des Ligues et des Districts, les pivots du foot français de demain. J'ai par exemple appris récemment qu'on avait créé 35 postes au siège de la FFF l'an dernier. 35, c'est énorme ! Même si je ne sais pas trop à quoi ils servent, je veux bien croire qu'il y a assez de travail... mais je préfère regarder vers les 22 Ligues. Si on avait attribué 22 de ces 35 postes pour elles, un par Ligue, à des gens qui auraient été des liens avec les clubs, pour les aider à monter des dossier e subvention par exemple, là on aurait aidé concrètement le football de la base. Ce n'est pas le choix qui a été fait...

propos recueillis par J.C.
Pour consulter le site de l'AFFA

Eric THOMAS (AFFA) : "Je demande un vrai débat médiatique !"
ERIC THOMAS
43 ans
Profession : chargé de développement durable dans un office public de l'habitat après avoir été assistant parlementaire
Parcours
Joueur : Charité sur Loire (Nièvre), Orcines (Puy de Dôme), Montlouis (Indre et Loire)
Dirigeant : vice-président de Montlouis sur Loire (depuis 2010), président de l'AFFA (depuis 2011)

La troisième voie...

Eric THOMAS (AFFA) : "Je demande un vrai débat médiatique !"


Samedi 4 Juin 2011

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