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Eric DI MECO : "Arrêtons de demander aux pros d'être des exemples !"

Dans le large choix de consultants que nous proposent (nous imposent !) les médias nationaux, le discours d'Eric Di Meco est un de ceux qui sort un peu de l'ordinaire. Incisif sur le terrain, souvent à la limite, le latéral gauche de la grande époque marseillaise l'est resté derrière un micro. Mais plus que cette dimension médiatique forcément superficielle, nous avons voulu savoir quel bilan il tirait de son investissement auprès des quartiers de Marseille lorsqu'il était adjoint aux sports, quelle vision il avait de ce football amateur que trop peu d'anciens pros réinvestissent une fois les crampons raccrochés. Et il n'hésite pas à trancher dans le vif. (par Johan Cruyff)



"Dans beaucoup de quartiers de Marseille, le club est le seul lien social des jeunes."

A 48 ans, les interventions d'Eric Di Méco sont toujours aussi saignantes !
A 48 ans, les interventions d'Eric Di Méco sont toujours aussi saignantes !
Eric, avez-vous des contacts avec le foot amateur, et si oui de quelle nature sont-ils ?
Mon fils, qui a 20 ans aujourd'hui, n'ayant jamais considéré que le football était quelque chose d'intéressant -il n'a même jamais chaussé des crampons de sa vie (!)- je n'ai jamais eu le loisir de le suivre sur les terrains donc de rester de cette façon au contact du football amateur. Comme depuis mon accident de voiture, il y a dix ans, je ne peux plus jouer, je ne m'intéresse en fait qu'aux résultats de la réserve de l'OM. Je connais presque tous les gens qui composent la section amateur donc je suis leur parcours pour savoir si, après être descendus en DH, ils vont réussir à remonter en CFA2 cette saison.

Vous avez pourtant été longtemps au contact des clubs de quartiers à travers vos activités politiques à la mairie de Marseille !
Oui, c'est exact. En 1998, quand j'ai arrêté ma carrière professionnelle et que je suis revenu sur Marseille, j'ai eu envie de m'investir en politique. Dans mon rôle d'adjoint au maire chargé de l'animation et de la jeunesse, je me suis servi du football pour entrer en contact avec les jeunes. J'ai tout de suite organisé un grand tournoi qui se terminait par des finales au stade Vélodrome. Mon rêve quand j'étais gosse. C'est dans ce cadre là que les enfants sont les plus réceptifs et c'était pour moi un bon moyen d'entrer en contact avec les centres sociaux de la ville.

Quels résultats avez-vous eus ?
J'ai beaucoup travaillé avec les quartiers et pris conscience que dans certains endroits de Marseille le seul lien social des enfants, dont certains sont déscolarisés, est le club de foot. Parfois pour certains jeunes, le goûter d'après entraînement ou le repas d'après match constituent les seules attentions à leur égard de toute la semaine. Dans une ville aussi populaire que Marseille, on ne souligne pas assez le rôle social du football, de toutes les associations, de tous les clubs qui oeuvrent au quotidien avec des entraîneurs et des dirigeants qui tentent tant bien que mal de combler l'absence des parents quand ceux-ci ont lâché l'affaire, ce qui est de plus en plus souvent le cas malheureusement.

"Si je voulais faire de la politique, c'était pour faire du social et renvoyer l'ascenseur à une ville qui m'a beaucoup apporté."

Pourquoi avoir arrêté la politique telle que vous la faisiez alors ?
J'en ai quand même fait pendant treize ans ! J'ai décidé de prendre une autre direction car ce milieu est assez particulier, assez difficile. Il faut se battre pour aller plus haut et il ne s'agissait pas de mon ambition première. Moi, si je voulais faire de la politique, c'était pour faire du social et renvoyer l'ascenseur à une ville qui m'a beaucoup apporté.

Vous pourriez aussi vous investir dans un club amateur ?
Mes activités dans les médias ont pris le dessus et je n'ai plus beaucoup de temps. Si je n'ai pas une âme d'entraîneur professionnel, j'aurais aimé me rapprocher du terrain et des gamins. Souvent, c'est en suivant son fils qu'on se prend au jeu, or le mien n'a jamais accroché...

Après cette expérience politique au coeur de la première ville de foot française, vous êtes donc bien placé pour nous dire si vous pensez que les clubs professionnels assument suffisamment leur rôle social ?
A Marseille, l'OM a toujours eu un impact très fort sur la population. Mais lorsque j'y jouais, dans les années 80, très peu de choses étaient faites dans ce domaine. Le tournant a été l'arrivée de Robert Louis Dreyfus qui a mis en place une structure pour ça en interne. Mieux, depuis que José Anigo est directeur sportif, il a tissé des liens privilégiés avec pas mal de clubs amateurs alentour. Ce n'était pas le cas avant et trop de jeunes partaient de Marseille pour réussir. Je ne vous dis pas qu'il est devenu facile de passer pro à l'OM aujourd'hui mais c'est un peu moins difficile qu'avant et le club fait de plus en plus de choses en direction des quartiers, des supporters, dans le domaine de la citoyenneté et du social. Ce n'est peut-être pas encore suffisant, ça pourrait être mieux, mais n'oublions pas qu'il partait de zéro.

Pour Di Méco, les joueurs pros ne sont pas là pour être exemplaires...
Pour Di Méco, les joueurs pros ne sont pas là pour être exemplaires...
Pour améliorer une image qui s'est beaucoup dégradée ces derniers temps, le foot pro ne gagnerait-il pas à se rapprocher du foot amateur ?
Pour faire simple, la mauvaise image du footeux est liée aux performances et au comportement de l'équipe de France. C'est gênant parce que les parents sont tentés d'orienter leurs gosses vers d'autres sports mais ça n'enlève en rien la fascination de la plupart des enfants pour les stars du football. Cette fascination là est intacte, il n'y a qu'à venir voir les entraînements à la Commanderie (centre d'entraînement de l'OM : ndlr) pour s'en rendre compte. Pour le reste, j'ai beaucoup de mal avec le discours très en vogue en ce moment qui voudrait que les pros soient exemplaires. Le samedi soir, quand les joueurs entrent sur la pelouse, ce n'est pas pour être exemplaires aux yeux des gamins, c'est pour gagner ! Tous ceux qui pensent le contraire sont démagos ! Le devoir d'exemplarité, c'est aux parents avant tout de l'assumer. Et lorsque les parents le sont, exemplaires, rassurez-vous les enfants ensuite savent faire la part des choses entre ce qui est bien et ce qui est mal.

Les joueurs pros n'auraient donc aucun devoir vis à vis de la jeunesse, de leurs fans... ?
Parce qu'ils sont des privilégiés, parce qu'ils font un métier particulier, les pros ont évidemment des contraintes et des obligations à assumer. Et je pense qu'ils ne les assument pas suffisamment. Mais il faut arrêter de demander aux pros d'être des exemples une fois qu'ils sont sur le terrain.

Aimeriez-vous être joueur professionnel aujourd'hui ?
J'ai franchement du mal à me positionner par rapport à l'évolution du football depuis notre époque. Par peur de passer pour un aigri certainement. Mais si j'avais la possibilité de rajeunir et de me mettre dans la peau d'un joueur de L1 aujourd'hui, de revenir dans un système qui a beaucoup changé, qui génère beaucoup plus d'argent mais aussi des valeurs différentes que je ne cautionne pas... si j'avais cette possibilité là, je refuserais. J'ai eu la chance de m'éclater pendant toute ma carrière dans le club de mon coeur, dans ma ville, et je suis certain que l'argent n'y était pour rien. Aujourd'hui, je ne pense pas que les joueurs bandent autant que nous avons pu le faire. Pourtant, ils sont plus riches.

"La FFF est tellement fermée que si Zidane voulait en être le président, il ne le pourrait même pas !"

Après la Coupe du Monde, les états généraux du football sont censés ramener le football à la raison. Si vous aviez une mesure urgente à mettre en oeuvre pour améliorer le fonctionnement du football de manière générale, pour aider la base à mieux vivre, quelle serait cette mesure ?
Le problème avec la FFF, et ça me gonfle vraiment, c'est que ce n'est pas une démocratie. On connaît déjà sur trois générations quels en sont les présidents potentiels ! D'Escalettes à Duchaussoy, c'est du pareil au même... Et si on ouvrait le truc à des anciens pros par exemple qui souhaitent s'investir dans des postes de haut niveau à la FFF ? Voilà qui constituerait une vraie passerelle entre deux mondes. Aujourd'hui, si Zidane veut être président de la FFF, il n'y arrivera certainement pas car il s'agit d'un monde fermé. C'est anormal.

Président de la FFF, est-ce un poste qui pourrait vous intéresser ?
Non, je n'ai pas la foi ou alors dans un autre type de fonctionnement...

Si en coulisses l'écart n'a jamais paru aussi grand entre les pros et les amateurs, sur le terrain par contre, le fossé n'a jamais paru aussi étroit. N'est-ce pas un énorme paradoxe ?
Les parcours des clubs amateurs en coupe de France démontrent que depuis l'arrêt Bosman et la fuite de nos meilleurs joueurs vers l'étranger, la Ligue 1 est majoritairement composée de joueurs moyens-bons. Comme les clubs de DH, CFA ou National sont composés de joueurs issus des centres de formation, qu'ils sont entraînés par des coachs compétents qui préparent tactiquement et physiquement aussi bien que les pros, les surprises n'en sont plus. A mon époque, je me souviens qu'avec Monaco on s'était fait sortir au premier tour de la coupe à Poitiers (en 32ème de finale, saison 1994-95 : ndlr) Mais à ce moment là, pour passer les amateurs devaient compter sur des contextes particuliers, la réussite de leur gardien, la chance, les aléas favorables... Quand je vois comment Chambéry a rivalisé cette saison dans le jeu avec des équipes de L1, ça fait presque peur !

Pour l'ancien international champion d'Europe en 1993, la dimension sociale du football n'est pas suffisamment reconnue.
Pour l'ancien international champion d'Europe en 1993, la dimension sociale du football n'est pas suffisamment reconnue.
Pourriez-vous revenir, en avez-vous envie, dans un club pro ?
Je suis resté huit mois manager de l'Olympique de Marseille à une période difficile de la vie du club et ça a été très compliqué. Il ne faut jamais dire jamais surtout dans ce milieu mais je suis tellement bien dans mes pompes avec ce que je fais aujourd'hui que je ne m'imagine pas ailleurs. Et puis comme je ne quitterai jamais Marseille et comme la place est prise et bien prise à l'OM...

Alors, l'OM sera-t-il champion selon vous ?
Ils seront là à jouer le titre jusqu'au bout. Gagner le titre, ils savent ce que c'est, les sensations que ça procure. Ils ont un coach performant et si les Lillois se manquent, l'OM sera là. En début de saison, je les avais mis favoris et je ne suis pas loin de penser qu'ils le sont toujours même s'ils ne sont pas géniaux dans le jeu. En fait, Lille a les cartes en mains. Si les joueurs de Garcia tiennent la distance, ils iront au bout mais psychologiquement une fin de championnat à jouer le titre n'est jamais évidente à appréhender surtout quand c'est la première fois. Didier (Deschamps) est contrarié par l'affaire Brandao, ça lui offre des solutions en moins, mais je sais que les joueurs sont à fond. Ils veulent y aller au bout !

propos recueillis par J.C.

Eric DI MECO : "Arrêtons de demander aux pros d'être des exemples !"
ERIC DI MECO
Né le 7 septembre 1963 à Avignon
Parcours
Joueur : Marseille (1981-86), Nancy (1986-87), Martigues (1987-88), Marseille (1988-94), Monaco (1994-98).
Palmarès : champion de France 1989, 1990, 1991, 1992 et 1997. Coupe de France 1989. Ligue des Champions 1993 (finaliste 1991). International (23 sélections).
Dirigeant : Marseille (2000-2001)
Profession : conseiller municipal de Marseille (2001-2007), consultant pour RMC et M6 (depuis 2007).


Samedi 2 Avril 2011

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