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Eric CARRIÈRE : "Le rôle d'un consultant n'est pas de critiquer..."

Le recul qui fut le sien pendant ses années de joueur, lorsqu'il enchaînait les titres de champion à Nantes ou Lyon, autant que lorsqu'il connaissait des moments plus difficiles à Lens ou à Dijon, en faisait évidemment un candidat naturel au rôle si recherché de consultant télé. Il n'est donc pas surprenant de voir Eric Carrière aujourd'hui sur les plateaux de Canal+ commenter ou analyser des matchs pour l'émission Les Spécialistes. A sa façon. L'occasion pour l'ancien international de faire passer les messages qui lui tiennent à coeur tout en s'engageant par ailleurs dans une après-carrière très éclectique... aussi à l'aise dans la peau d'un étudiant au contact de Zidane que dans celle d'un vigneron au coeur de la Bourgogne. (par Johan Cruyff)



Un an après avoir mis un terme à sa carrière, l'ancien joueur de Muret est à la croisée des chemins.
Un an après avoir mis un terme à sa carrière, l'ancien joueur de Muret est à la croisée des chemins.
Eric, désormais comment appréhendez-vous votre rôle de consultant ?
Dans la mesure du possible, j'essaie de maîtriser mon temps pour ne pas faire trop d'interventions. Je n'ai pas voulu réintégrer un club immédiatement après avoir arrêté ma carrière car je ne voulais pas retomber dans le même rythme qui me tenait éloigné de ma famille très souvent. Je couvre en moyenne deux matchs et je fais deux émissions Les Spécialistes par mois en plus des interventions pour les matchs d'Europa League en collaboration avec Olivier Rouyer. C'est Dominique Armand qui gère les plannings et, depuis Dijon où j'habite, je peux aller faire Sochaux, Nancy ou Auxerre dans la journée. Pour le moment, ça me convient.

Après une carrière de footballeur professionnel, vous destinez-vous à une carrière de consultant professionnel ?
Consultant, ça peut effectivement devenir un métier. Parmi l'équipe de consultants de Canal+, certains sont à plein temps comme Christophe Dugarry, Olivier Rouyer ou Elie Baup, même si je pense qu'Elie a envie de revenir sur un banc. Tous les autres, dont moi, sont des vacataires qui sont rémunérés à la pige, chaque fois qu'on fait une intervention. Les contrats sont différents, certains ont 50 ou 100 piges à faire dans l'année et gèrent leur planning en fonction de ça. Moi, je fonctionne plutôt au coup par coup selon ma disponibilité et les lieux des matchs à couvrir.

On vous voit dans l'émission Les Spécialistes, dialoguer régulièrement avec Guy Roux, un entraîneur que vous avez côtoyé à Lens et avec qui le courant n'était pas bien passé. Comment gèrez-vous cette situation ?
(rires) Ça va, ça va... C'est un bon pro et nous sommes passés tous les deux à autre chose. Disons que je m'entends mieux avec lui dans cette relation consultant-consultant que dans la relation joueur-entraîneur.

"Quand un joueur refuse de s'entraîner parce qu'il veut quitter le club, là je ne comprends pas. Et je le dis."

Dans quel exercice prenez-vous le plus de plaisir, le commentaire de match en direct ou l'analyse sur un plateau ?
Ce sont effectivement deux exercices de style différents. Dans Les Spécialistes, j'aime bien faire passer des messages et défendre ma conception du football à travers les débats et les polémiques que nous commentons. J'insiste sur l'aspect éducatif du football, sur le fait qu'un entraîneur est avant tout un éducateur, sur la tactique, j'essaie de ramener le débat sur le jeu tout en évitant de jouer les donneurs de leçons. Je pars du principe qu'un joueur peut être mauvais mais qu'il a un devoir d'exemplarité à assumer en permanence. Par rapport à certains comportement, je ne suis pas tendre. Mais pour le reste, j'essaie de comprendre. Il est facile de dire que tel ou tel joueur, telle ou telle équipe ont manqué d'agressivité. Cela ne résout pas le problème. Ce qui est intéressant c'est de comprendre pourquoi. C'est peut-être parce que j'ai été parfois dans cette situation... Les gens pensaient que je n'avais pas envie alors que je manquais seulement de confiance. Tout est lié, parfois c'est la conséquence de mauvaises relations avec l'entraîneur, les dirigeants, les supporters. J'ai donc du mal à dire qu'un joueur a été nul parce que je sais que derrière c'est plus compliqué que ça. Par contre, quand un joueur refuse de s'entraîner parce qu'il veut quitter le club, là je ne comprends pas. Et je le dis.

Vous vous démarquez aussi de la majorité des autres consultants en défendant souvent les arbitres !
C'est vrai, beaucoup sont durs avec les arbitres... Je fais attention de ne pas les critiquer, à part s'ils se comportent mal, parce que je suis conscient que leur tâche est difficile. A ceux qui les attaquent je dis : prenez leur place, allez arbitrer un match, retrouvez-vous au milieu d'un stade et de 22 joueurs plus les bancs de touche et après on reparlera.

Le risque pour un ancien joueur ou entraîneur, devenu consultant, n'est-il pas de passer son temps à donner des leçons ?
Il faut savoir que lorsque vous êtes encore en activité, joueur, vous êtes sans cesse jugés, analysés, critiqués, notés... On l'accepte parce que c'est la règle du jeu mais on en souffre parfois surtout quand ça vient de gens pas forcément compétents. Lorsqu'on se retrouve de l'autre côté, le risque est effectivement de tomber dans la facilité. Mais ce n'est pas valable que pour les consultants. Je m'en suis aussi aperçu au contact d'entraîneurs qui avaient été joueurs et qui n'acceptaient pas qu'on manque un contrôle de balle ou une frappe. A croire qu'ils avaient été les meilleurs joueurs du monde, et qu'ils n'avaient jamais rien manqué ! C'est comme ces commentaires du style : "Ils n'ont pas le droit de perdre contre des amateurs !" Alors que c'est arrivé à tout le monde. Mais on a tendance à l'oublier. Certains ont aussi oublié qu'ils avaient, eux aussi, fait la gueule à leur entraîneur qui les avait sortis à la mi-temps... Le rôle d'un consultant n'est pas de critiquer, il est d'analyser et d'essayer de comprendre. Même le meilleur consultant du monde ne doit pas être trop moralisateur.

Avez-vous des consultants modèles ?
Je ne vous surprendrais pas en disant Raynald Denoueix. J'aimais déjà beaucoup son approche quand il était entraîneur à Nantes. Pour schématiser, il ne nous disait pas : "Arrêtez de faire des erreurs" mais : "Des erreurs, on va en faire, voyons plutôt comment on peut les rattraper." Il ne disait pas : "Te fais pas éliminer" parce que ça sert à rien et qu'à un moment ou à un autre du match, on finit toujours pas se faire éliminer, mais "qu'est-ce qu'on fait si on se fait éliminer". Il y a beaucoup de choses qu'on peut analyser en tant que consultant sans se placer forcément au dessus des joueurs.

Aux côtés de Zidane, il pose avec la promotion 7 du CDES de Limoges.
Aux côtés de Zidane, il pose avec la promotion 7 du CDES de Limoges.
Aimez-vous le direct et le commentaire des matchs ?
Oui, c'est aussi intéressant car on est dans l'instant. Il faut essayer d'être le plus concis possible pour que le téléspectateur comprenne bien les rapports de force du match, qu'il appréhende bien toutes les actions. Un exemple : sur mon premier commentaire, à Nancy, Vahirua venait d'être déséquilibré dans la surface suite à une belle ouverture et, alors que le ralenti faisait voir la faute commise, ou pas, sur lui, je revenais le début de l'action parce qu'elle était belle. Après le match, Domi Armand était venu me voir pour me dire qu'à ce moment là, une seule chose intéressait le téléspectateur : y avait-il oui ou non penalty ? Cela vous oblige à mettre un peu d'ordre dans vos idées. C'est d'autant plus le cas lorsque vous commentez un match avant Jour de foot car ils gardent les commentaires du direct pour le résumé du match. Donc il faut anticiper les actions dangereuses, ne pas se lancer dans de longues explications, car le journaliste vous interrompra forcément s'il y a un but ou une occasion, parce que la séquence sera ensuite reprise dans le résumé. Donc vous pouvez avoir des analyses pertinentes, si vous ne maîtrisez pas ces impératifs techniques, vous ne serez pas un bon consultant.

Justement, on reproche à Canal de mettre parfois en avant des consultants plus médiatiques que pertinents... Qu'en pensez-vous ?
Il est exact que les gens recherchent chez les consultants une certaine légitimité. Et que cette légitimité vient toujours de votre carrière, de vos titres, de vos sélections. On préférera entendre un mec connu qui dit une banalité qu'un inconnu qui dit quelque chose de pertinent. Il n'a jamais été international mais j'aime bien quelqu'un comme Patrice Ferri (NDLR : ancien joueur de St-Etienne, Strasbourg, Cannes) par exemple...

Quelle ambiance règne-t-il entre tous ces consultants ?
On ne fait que se croiser car on arrive avant l'émission et on part juste après. On s'entend bien quand même et je pense que ça se voit à l'antenne, ça se ressent. On est quand même entre footeux !

Pourriez-vous faire carrière dans ce métier ?
Peut-être un jour... Pour le moment je ne suis pas pressé. Encore une fois, c'est intéressant car on peut faire passer beaucoup de messages, et on voit beaucoup de matchs de haut niveau, mais ma priorité actuelle est de parvenir à préserver ma vie de famille. Or, un consultant qui ne fait que ça n'est jamais chez lui les week-ends. Je suis encore dans une phase de réflexion et, surtout, je dois encore progresser dans cet exercice pour prétendre aller plus loin. On en parlait dernièrement avec Domi Armand : il faut faire des matchs...

"Beaucoup de joueurs qui sont contents "d'avoir fait leur match", mais j'en vois peu qui sont contents d'avoir fait le match avec les autres."

A côté de cette activité, vous suivez aussi des cours de management à l'université de Limoges (Centre de Droit et d'Economie du Sport), de quoi s'agit-il exactement ?
C'est une formation de manager sportif, au sein du CDES, qui s'étale sur deux ans à travers 14 séminaires et des mémoires à rendre plus un plan de développement d'un club comme devoir final. On est en contact avec des hommes du métier, ce n'est donc pas que de la théorie. Des gens comme Jean-Marc Lhermet, manager général de Clermont Rugby, ou Pierre Dréossi, du Stade Rennais, interviennent et nous font prendre conscience des problèmes qu'ils ont à gérer, de la réalité de leur travail. Les formateurs sont également très biens tout comme le groupe d'étudiants trié sur le volet et à l'état d'esprit très intéressant, des basketteurs, des volleyeurs, des rugbymen, des handballeurs...

Y a-t-il d'autres footeux ?
Oui, Claude Barrabé, Olivier Dacourt, Greg Ursule et un certain Zinedine Zidane !

La présence de Zizou ne perturbe pas trop les cours ?
On ne s'est pour le moment vu qu'à une reprise sur Paris pour un séminaire mais il est évident que les sollicitations médiatiques sont nombreuses et forcément liées à sa présence. Je l'avais déjà côtoyé avec l'équipe de France. D'ailleurs ça a été l'occasion de lui rappeler que lors de ma dernière sélection je lui avais demandé un de ses maillot. A croire que c'est pour ne pas me le donner qu'il a fait pression sur le sélectionneur pour ne plus qu'il m'appelle (rires) ! Sérieusement, Zizou est tel qu'on le connaît, sympa et prêt à discuter avec tout le monde. Outre le fait qu'il a quatre garçons et moi quatre filles (sic), on a aussi pas mal parlé de son rôle au Real Madrid.

A Lyon, le virtuose s'est souvent envolé...
A Lyon, le virtuose s'est souvent envolé...
Père de famille, consultant, étudiant... et négociant en vin ?
Oui, j'ai monté une société de négoce, de vin après avoir acheté des vignes dans la région du Rhône avec Stéphane Ogier. C'est une passion. Depuis que je suis en Bourgogne, je suis entré en contact avec des vignerons de renom et j'ai monté une activité de caviste sans avoir de magasins. Je viens de la terre, et je me retrouve pas mal dans les valeurs qui sont celles des vignerons. Pour le moment, notre cible ce sont les particuliers passionnés de vin. Nous avons des entrées de gamme à des prix raisonnables et un site internet, caves.carrière.fr, qui constitue une vitrine mais pas un site d'achat. Pour ça, nous avons constitué des stock en Ariège, où sont mes parents, à Lyon, à Dijon, près de Limoges, où on invite les gens à venir découvrir ce que nous faisons. On travaille sur l'honnêteté, la transparence, le contact.

Pour revenir au foot, dernièrement sur les sites Footengo, Jean-Claude Suaudeau vous avait rendu un bel hommage en disant que, de tous les joueurs du FC Nantes, vous étiez l'un de ceux qu'il aurait bien vu avoir sa place au sein du Barça. Que vous inspire cette réflexion ?
Elle me fait d'autant plus plaisir que M. Suaudeau n'a jamais été tendre avec moi lorsque j'étais au centre de formation de Nantes. J'avais une relation difficile avec lui et sans l'appui de Raynald Denoueix, je ne pense pas que je serais resté à Nantes. C'est d'ailleurs lui, Raynald, qui m'a fait débuter en Ligue 1. Je n'avais fait qu'un match avant avec Suaudeau... Pour ce qui est du Barça, c'est effectivement un jeu qui me correspond mais ça va quand même très vite (rires) ! Ils sont tous très forts techniquement et très bon devant les buts, ce qui n'était pas forcément ma principale qualité. Actuellement, le Barça est l'équipe que je préfère car ils ont tous compris qu'il était mieux de jouer au football collectivement qu'individuellement. Ça parait une banalité de dire ça mais au bout du compte ça fait une différence énorme. En voyant jouer cette équipe on a l'impression qu'il n'y a pas d'individualisme. Un seul était dans un autre registre, Ibrahimovic, et il n'est pas resté... Tous les autres jouent ensemble.

De manière un peu provocatrice, Suaudeau nous disait qu'à Nantes ils avaient 30 ans d'avance sur le Barça. Vous souscrivez ?
Oui, je pense que le FCNA était avant-gardiste à ce niveau. Personnellement, j'ai découvert ça quand j'avais 22 ans et il m'a bien fallu deux ans pour assimiler. Aujourd'hui encore, je vois beaucoup de joueurs qui sont contents "d'avoir fait leur match", comme ils disent, mais j'en vois peu qui sont contents d'avoir fait le match avec les autres. Ce n'est pas qu'ils ne veuillent pas mais ils ne savent pas. Ils ne savent pas faire un appel de balle en ne regardant pas seulement le porteur du ballon mais en regardant aussi un autre joueur sans ballon qui, lui aussi, s'apprête à faire un appel... complémentaire du sien. J'ai découvert tout ça à Nantes. Après, pour que ça marche et que le club parvienne à durer au plus haut niveau, il faut savoir bien vendre et bien acheter. Lille est un peu confronté au même genre de problème en ce moment.

On sait que pendant votre carrière, vous êtes venu en aide à votre club formateur, l'AS Muret, alors confronté à des difficultés financières. En êtes-vous toujours un président actif ?
Je regarde évidemment les résultats du club mais je m'en suis un peu écarté lorsque mon frère, Cyrille (NDLR : après avoir fait monter l'ASM en CFA2 la saison denrière, Cyrille a rejoint le centre de formation du Tours FC), a pris les rênes de l'équipe fanion, pour ne pas que cela puisse être mal interprété, et aussi parce que je signais à Dijon en sachant que je ne reviendrais pas dans le Sud-Ouest avant longtemps. Depuis, j'ai pris du recul et laissé la présidence à Marco Cafiéro, un ami. Quand je suis arrivé, les finances affichaient un déficit de 100 000 euros, désormais tout va mieux à ce niveau et l'équipe fanion est montée en CFA2. Je suis ravi.

Propos recueillis par J. C.

Eric CARRIÈRE : "Le rôle d'un consultant n'est pas de critiquer..."
ÉRIC CARRIÈRE
Né le 24 mai 1973 à Foix
Parcours : Auch, Muret (1992-95), Nantes (1995-2001), Lyon (2001-04), Lens (2004-08), Dijon (2008-10).
Palmarès : champion de France 2001, 2002, 2003 et 2004. Coupe de France 1999 et 2000. Trophée des champions 2002 et 2003. Coupe des Confédérations 2001, finaliste de la coupe de la Ligue 2008. International, 10 sélections (5 buts). 333 matchs de L1 (28 buts), 67 matchs de L2 (7 buts), 56 matchs de coupes d'Europe (10 buts).
Elu meilleur joueur de L1 en 2001.


Samedi 5 Novembre 2011

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