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David GUION (SO Chambéry) : "La Coupe nous fait briller, pas grandir !"

Héros de la Coupe de France après avoir sorti Monaco et Brest, le SO Chambéry démontre une nouvelle fois que le fossé peut parfois être bien étroit entre les pros et les amateurs. Parce qu'il est un ancien joueur professionnel qui avait entamé sa carrière d'entraîneur au centre de formation de l'AS Saint-Etienne puis comme adjoint en Ligue 1, et parce qu'il a fait le choix de revenir à la base, à la tête d'une équipe de CFA2, David Guion démontre à merveille, avec ses joueurs, que le football amateur regorge de talents et de compétences. A quelques jours de ce huitième de finale historique face à Sochaux, le coach chambérien essaie de comprendre comment tout cela a été rendu possible. Jamais deux sans trois ? (par Johan Cruyff)



En acceptant de revenir au contact du foot amateur, David Guion ne se doutait pas de ce qui l'attendait...
En acceptant de revenir au contact du foot amateur, David Guion ne se doutait pas de ce qui l'attendait...
M. Guion, avant d'aborder votre actualité, celle du SO Chambéry, petit retour en arrière. Quel joueur étiez-vous ?
Un joueur professionnel moyen qui a eu le grand mérite de durer. Quatorze ans, ma carrière de joueur a été longue depuis Lille, où j'ai effectué toute ma formation jusqu'à signer mon premier contrat pro, jusqu'à Angers, Sedan, Mulhouse, le Red Star et Istres. J'ai effectué quelques matchs de Ligue 1 mais le plus gros aura été en Ligue 2.

Pourquoi n'avez-vous pas été un joueur de L1, que vous a-t-il manqué ?
Des qualités supérieures, des opportunités... J'ai préféré jouer en Ligue 2 que me contenter de faire partie de l'effectif d'une Ligue 1, ce que j'aurais pu faire à certains moments. Ensuite, tous les contacts que j'ai pu avoir l'ont été en Ligue 2 où j'étais tout le temps titulaire.

Fort de cette expérience et de ce que vous vivez actuellement avec le SO Chambéry, que pensez-vous du fossé entre un joueur de L1 et un autre de CFA2 ?
Je vais avoir du mal à répondre à cette question car je viens à peine d'arriver au contact du foot amateur après avoir passé vingt-cinq ans au coeur du foot pro. il m'est donc difficile d'évaluer l'évolution de ce fossé-là. Je peux juste constater que le football amateur, le SO Chambéry en est un bon exemple, bénéficie du travail effectué dans les centres de formation où seulement un ou deux joueurs par promotion finit pro. Les autres alimentent les meilleurs clubs amateurs, soit pour rebondir, soit pour y rester. Nous en avons cinq ou six dans notre effectif qui ont les bases, les fondamentaux du football et avec qui il est forcément plus facile de travailler.

"J'aurais pu prendre un centre de formation ou revenir dans le staff d'une équipe de L1, mais j'ai préféré prendre les rênes d'un club."

Les secrets de la réussite du SO Chambéry cette saison en Coupe de France sont à chercher dans cette direction ?
Oui, mais pas seulement car tous les joueurs ne sont pas passés par des centres. Certains, comme Yahia Bey, qui avaient des qualités étant jeunes, ont fait d'autres choix professionnels. Et puis il ne suffit pas d'être un bon joueur pour devenir pro, les qualités mentales sont déterminantes pour assumer un départ de chez soi très jeune et être capable de faire ses preuves dans un environnement différent et très concurrentiel. Personnellement, j'avais pas mal de qualités lorsque j'étais jeune, étant même international jusqu'en U19. Mais je n'avais pas beaucoup de talent misant davantage sur mon mental et mon sérieux. Donc tous les parcours sont différents, chaque joueur est unique. Ces matchs de coupe de France sont l'occasion de remuer tout ça et de faire sortir chez les joueurs ce qu'ils ont de meilleur.

Après vingt-cinq ans de professionnalisme comme joueur puis éducateur, pourquoi avez-vous décidé de quitter le milieu pro en début de saison pour rejoindre le SO Chambéry ?
J'ai fini sur un succès à l'AS Saint-Etienne, dans le staff de Laurent Roussey. Mais cinq mois après avoir ramené le club au niveau européen, ce qu'il attendait depuis vingt-six ans, Laurent s'est fait débarquer et j'en ai profité pour me consacrer au DEPF que j'étais en train de préparer. Je me suis donné deux ans pour l'avoir. Pour continuer à acquérir des compétences, je suis retourné à la Fac pour passer un diplôme de coaching et de préparation mentale. A ce moment-là, j'étais à la recherche d'un projet de club. J'avais envie de prendre une équipe et de m'occuper du club.

Avec Laurent Roussey et Luc Sonor sur le banc des Verts en Ligue 1...
Avec Laurent Roussey et Luc Sonor sur le banc des Verts en Ligue 1...
Un retour dans un club pro ne vous disait rien ?
Je venais de passer cinq ans à la direction du centre de formation de l'AS Saint-Etienne, je voulais passer à autre chose. Le SO Chambéry m'a alors contacté pour un double projet : faire monter l'équipe fanion en CFA et structurer le club. J'aurais pu prendre un centre de formation ou revenir dans le staff d'une équipe de L1, mais j'ai préféré prendre les rênes d'un club.

N'est-ce pas un choix risqué quand on sait les difficultés de revenir dans le milieu pro une fois qu'on l'a quitté ?
Il faut être lucide et cohérent avec soi-même. En effectuant ce choix, je ne me suis pas demandé si c'était risqué ou pas, j'ai fait ce que je sentais le plus. Je n'ai pas passé le DEPF pour revenir à la formation.

Avec tout ce qui vous arrive depuis quelques mois, on doute que vous le regrettiez ?
Effectivement, je ne pense pas que j'aurais connu autant d'émotions fortes et de joies si j'étais resté dans le milieu pro. Je suis gâté car dès ma première saison, je vis des choses extraordinaires. Ces six premiers mois ont été d'une intensité folle et je le vis d'une façon très intense. Après tout, c'est pour ça qu'on fait ce métier. Je suis comblé.

Etes-vous surpris de vous retrouver en huitième de finale de la coupe ?
Lorsque j'ai présenté mon projet de jeu aux joueurs en début de saison, ils ont adhéré tout de suite et m'ont suivi. C'est évidemment une grande satisfaction car ils croient en moi autant que je crois en eux. C'était plutôt un bon départ. Ensuite, le seul élément que je ne maîtrisais pas était le facteur temps. Combien de temps nous faudrait-il pour parvenir à exploiter tout ça sachant que nous n'avions recruté que deux joueurs. Pour répondre à votre question, la surprise a été moins de me retrouver en huitième de finale de la coupe après avoir éliminé deux équipes de L1 que de voir mes méthodes de travail prendre aussi vite.

"J'ai expliqué à mes joueurs que l'exploit n'avait pas été de battre Monaco mais de gagner au Puy en championnat la semaine d'après."

Rien de mieux qu'une victoire face à Monaco pour crédibiliser votre travail et votre discours auprès des joueurs et des dirigeants !
Mais lorsque nous avons abordé le match de Monaco, l'objectif n'était pas de crédibiliser ce que nous faisions mais de prendre du plaisir. Le fait de les battre correspond à une tendance qui veut que lors de ces 32èmes de finale, mal placés pour les clubs pros qui sont en pleine reprise, beaucoup d'équipe de l'élite sont passées à la trappe. Il ne faut y accorder trop d'importance, ni en tirer trop de conclusions sur le niveau des uns et des autres. C'est la magie de la coupe, tout simplement !

Pour vous et votre club, ça change quoi cette épopée ?
Pour le moment, ça ne change rien, c'est trop frais et nous sommes encore dans la compétition. Je suis dans le même état d'esprit que mes joueurs qui savent très bien que nous ne gagnerons pas la Coupe de France et qui n'oublient pas que l'objectif numéro un est la montée en CFA. Ce qui m'intéresse, c'est de faire grandir le club.

Eliminer deux clubs de Ligue 1, ça ne le fait pas grandir ?
Non, ça le fait briller. Une montée en CFA le ferait grandir. La nuance n'est pas mince...

Guion veille à ce que le le SO Chambéry ne se brûle pas les ailes...
Guion veille à ce que le le SO Chambéry ne se brûle pas les ailes...
Vous voulez éviter de connaître le destin de Calais qui est retombé bien bas après être monté très haut (finaliste de la coupe de France) ?
J'ai bien expliqué à mes joueurs après Monaco que selon moi l'exploit n'avait pas été de les battre mais plutôt de gagner au Puy en championnat la semaine d'après. Sportivement, c'est comme ça que j'appréhende les choses. Le reste, c'est à mes dirigeants de profiter de ce coup de projecteur pour pérenniser le club.

N'êtes-vous pas en train de vivre là vos plus belles émotions depuis que vous êtes dans le football ?
La montée en Ligue 1 et en Ligue 2 avec Angers et Istres, mes saisons à Lille étaient aussi de bons moments. Je retiens surtout les aventures humaines et quand on a accédé à la L1 avec Angers, nous formions une bande de copains.

Qu'elles furent vos influences, les coachs qui vous ont marqué ?
J'ai été très marqué par Arnaud Dos Santos à Istres. Ensuite, j'ai eu la chance de connaître Laurent Roussey qui m'a apporté sa grande richesse et sa créativité dans le travail offensif. Il était très agréable de travailler avec lui. Sinon, je n'ai pas beaucoup de références. Comme beaucoup, je suis admiratif de la persévérance et du sens du management de Claude Puel à Lyon. Je picore à droite à gauche. J'ai été enthousiasmé par exemple par un séjour effectué à la Roma au contact de Claudio Ranieri dans le cadre de mon DEPF (ndlr : l'entraîneur de la Roma a depuis appelé David pour le féliciter, ses exploits ayant franchi les Alpes).

Et maintenant c'est Sochaux qui se présente à vous. Abordez-vous le match plus sereinement que celui de Monaco ?
On n'a pas préparé Brest comme Monaco et on ne préparera pas Sochaux de la même manière. Chaque match est un contexte différent. Celui-là l'est encore davantage car il intervient à peine dix jours après Brest avec tous les problèmes de récupération que cela engendre pour nous. Jouer deux fois 120 minutes face à des pros, enchaîner avec un match de championnat, sans kiné à plein temps, sans balnéo... ça laisse des traces. L'étau se resserre et nos chances s'amenuisent. A ce niveau, le calendrier est fait pour les pros, cela nous impose de jouer en semaine. Ma hantise, elle est là.

Craignez-vous de passer complètement à côté ?
Non, je n'ai pas peur de passer à côté du match car nous ne sommes pas dans l'enjeu mais bien dans les moyens à mettre en oeuvre pour rester fidèles à nos valeurs et à nos principes de jeu.

Propos recueillis par Johan Cruyff

David GUION (SO Chambéry) : "La Coupe nous fait briller, pas grandir !"
DAVID GUION
Né le 30 septembre 1967 au Mans
Parcours :
Joueur : Lille OSC, D3 (1983-91), SCO Angers, L1 et L2 (1991-94), CS Sedan Ardennes, L2 (1994-95), FC Mulhouse, L2 (1995-97), Red Star, L2 (1997-99), FC Istres, National (1999-2001).
Entraîneur : FC Istres B, DHR (2001-03), AS Saint-Etienne, centre de formation (2003-05), AS Saint-Etienne, 14 ans fédéraux (2005-07), AS Saint-Etienne, adjoint L1 (2007-novembre 2008), SO Chambéry, CFA2 (depuis 2010).
Diplôme : DEPF


Samedi 29 Janvier 2011

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