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Christophe LOLLICHON (Chelsea) : "Pas toujours facile de travailler avec les Anglais..."

En 1997, il venait au tournoi du Sequestre à Albi encadrer les poussins du FC Nantes. Dix ans après, il traversait la Manche à l'appel de Peter Cech pour entraîner les gardiens du FC Chelsea. Dire que le parcours de Christophe Lollichon est atypique est un euphémisme tellement il est parti de bas pour se retrouver aujourd'hui tout en haut. A 47 ans, l'ancien entraîneur d'Ancenis formé à l'entraînement et à la pédagogie à l'école nantaise savoure sa réussite sans jamais oublier d'où il vient. Voilà certainement là une partie de sa recette...(par Johan Cruyff)



"Coco Suaudeau estimait que, n'ayant jamais été pro, je ne pouvais pas entraîner des pros..."

D'Ancenis à Chelsea, le parcours de Christophe Lollichon donne le vertige.
D'Ancenis à Chelsea, le parcours de Christophe Lollichon donne le vertige.
Christophe, des poussins de Nantes aux gardiens de Chelsea, comment qualifieriez-vous votre parcours ?
D'atypique (rires) ! Ne serait-ce que parce que je n'ai jamais été joueur professionnel. Le foot, comme la vie, est fait d'opportunités et de rencontres qui ont tout déclenché chez moi.

Quelle rencontre ?
Il y a trente ans avec Michel Tronçon, un de mes profs de fac qui était aussi entraîneur de l'équipe réserve du FC Nantes qui évoluait en DIV. Il lui manquait un gardien pour ses entraînements et il a fait appel à moi. Il avait un grand sens pédagogique et une capacité de transmission importante. Comme il voyait que j'étais très curieux et intéressé, passionné, il en a parlé à Denoueix. J'avais un orteil dans le club et j'ai mis les deux pieds lorsque Raynald m'a proposé de monter une école des gardiens de but au sein du centre de formation qu'il dirigeait encore. Je n'avais que 23 ans et avec mon insouciance j'ai sauté sur l'occasion. C'était l'époque de Desailly, de Deschamps... et parfois j'allais même m'entraîner avec les pros quand Suaudeau avait besoin d'un gardien supplémentaire pour ses séances. J'ai donc grandi au contact de ces formateurs hors pair pendant onze ans, en écoutant, en apprenant, en travaillant.

A partir de quand est-ce devenu votre métier ?
J'ai longtemps travaillé en parallèle chez Decathlon comme vendeur, en quart de temps, ne serait-ce que pour avoir la couverture sociale. Je n'ai vécu que du foot à partir de 27 ans. Un risque à ce moment là car Decathlon me proposait une promotion mais je ne me voyais pas dans un magasin toute la journée.

"En Angleterre, on parle davantage de gardien du but, que de gardien... de but !"

On imagine que vous ne regrettez pas ?
Non, évidemment, mais je n'oublie pas pour autant d'où je viens, c'est aussi une bonne manière de prendre conscience de la chance que j'ai. En même temps, je ne me réveille pas non plus tous les matins en sautant au plafond car il y a, ou il y a eu, aussi des moments difficiles. J'essaie dans ces moments là de me dire que je suis dans un club de très haut niveau au contact d'un gardien de très haut niveau. Après, on peut aussi se blaser, ça arrive à tout le monde et à tous les niveaux, mais je fais en sorte d'avoir les pieds sur terre.

Quel contrat avez-vous avec les Blues ?
Un contrat renouvelable tous les ans d'une année supplémentaire seulement, ce qui fait que je n'ai jamais plus de deux ans de visibilité devant moi. A Rennes, où j'occupais les mêmes fonctions, le contrat était de deux ans renouvelable de la même manière.

De quand date votre premier contrat pro ?
Du FC Nantes, lorsque Blazevic est parti et que Coco Suaudeau a pris le relais. Je suis monté avec lui avec l'équipe professionnelle m'occuper des gardiens de l'époque, David Marraud, Philippe Montanier, Jean-Louis Garcia... Dominique Casagrande n'était pas encore arrivé. Mais l'expérience n'a duré qu'un an et demi car Coco estimait que, n'ayant jamais été pro, je ne pouvais pas entraîner des pros. Il ne me l'a jamais formulé ou dit ainsi mais je sentais bien de la défiance à mon égard. Je le respecte tellement que je peux comprendre sa position... Cela m'a permis de revenir à la formation et de côtoyer notamment un jeune gardien qui montait, Mickaël Landreau.

Christophe à l'extrême droite parmi le staff de Chelsea et notamment Carlo Ancelotti et Ray Wilkins.
Christophe à l'extrême droite parmi le staff de Chelsea et notamment Carlo Ancelotti et Ray Wilkins.
Pourquoi n'êtes-vous pas resté à Nantes à ce moment là ?
Parce que mon contrat n'a pas été prolongé.

Pourquoi ?
Parce que j'ai eu le tort de dire des vérités à des dirigeants qui venaient de la mairie et qui ne comprenaient rien au football. Un jour, j'ai relevé leur incompétence en public et l'un d'eux s'est promis d'avoir ma peau. Il l'a eue (rires) !

Comment avez-vous fait pour rebondir ?
Parallèlement, j'avais monté des centres d'entraînement pour gardiens amateurs et j'intervenais aussi dans un sport-études. J'ai failli partir au Havre mais c'est finalement Ancenis, un club qui évoluait en National 3 (équivalent du CFA2 : ndlr), qui m'a appelé pour prendre en charge les jeunes et l'entraînement des gardiens. Ce retour dans le milieu amateur fut une expérience exceptionnelle humainement et même sportivement. J'y suis resté trois ans dont les deux dernières en tant qu'entraîneur général. C'est là-bas que Rampillon, le responsable du centre de formation du Stade Rennais, est venu me chercher.

Vous êtes resté huit ans en Bretagne...
J'avais en charge le recrutement du centre de formation et l'entraînement des gardiens, puis le recrutement de tout le club après que le responsable en place ait été écarté.

...où vous avez effectué une autre rencontre importante, celle de Petr Cech, le gardien tchèque !
Au début, on ne s'entraînait pas ensemble mais on sentait, chaque fois qu'on se croisait, que le courant passait bien. Rapidement, il a souhaité que je le rejoigne pour que je devienne son entraîneur personnel. Je n'ai pas hésité.

Pourquoi ?
Parce qu'on s'entendait bien et parce que je sentais chez lui une grosse soif d'apprendre, de travailler et de se remettre en cause.

Comment avez-vous vécu son départ à Chelsea ?
En fait, on est toujours resté en contact, il m'envoyait des DVD de ses matchs, je lui envoyais des préparations et des conseils... jusqu'au jour où, en septembre 2007, juste après le départ de Mourinho, j'ai reçu un texto. C'était Petr qui me demandait : "Est-ce que ça vous intéresse de devenir l'entraîneur des gardiens de Chelsea ?" Je ne sais pas pourquoi mais il me vouvoie toujours... Je l'ai lu à deux reprises, je l'ai fait lire à ma femme et j'ai répondu, oui. Sur le coup, je dois le dire, le Stade Rennais a été royal et a bien compris qu'il y avait parfois des opportunités qu'on ne pouvait pas refuser. Cette offre de Chelsea en était une. Une semaine après le texto, je visitais les installations. Je suis maintenant là-bas depuis novembre 2007.

"Le foot amateur anglais correspond aux clichés, à ce fameux "kick and rush" à l'agressivité démoniaque..."

Et depuis, comment ça se passe ?
Depuis tout va bien avec tous les aléas que peut traverser un club de cette dimension. En trois ans et demi, j'ai par exemple connu quatre entraîneurs ! Mais dans le même temps, on a été champion d'Angleterre, en quart, demi et finale de Ligue des Champions, on a remporté deux coupes... Il n'est pas facile de travailler avec les Anglais car ils ont tendance à se protéger, à ne pas se livrer, à considérer parfois qu'on vient les envahir sur leur île. On le ressent parfois même s'ils ne disent pas les choses. Il y a donc parfois de clashs. C'est aussi à moi de m'adapter et de respirer de temps en temps au contact des nombreux francophones qui font partie du club. C'est aussi du à l'énorme pression qui pèse sur les épaules de tout le monde car il faut tout le temps gagner.

Cette atmosphère différente a-t-elle fait évoluer vos relations avec Petr Cech ?
Non, pas vraiment, on a toujours été très complice et on le reste. Il est un homme extraordinaire, un athlète de très haut niveau et un gardien fantastique. Quelqu'un qui est toujours dans la réflexion et qui vous oblige donc à y être aussi, sans cesse à la recherche des meilleurs exercices, au plus proche de la vérité de la compétition. On analyse tous ses matchs en vidéo, on revient sur toutes les actions, on dissèque, le tout avec le concours des deux autres gardiens qui sont très soudés et solidaires.

C'est Petr Cech qui a souhaité avoir Christophe à ses côtés à Chelsea.
C'est Petr Cech qui a souhaité avoir Christophe à ses côtés à Chelsea.
On a vu Steve Mandanda réclamer son entraîneur, Nicolas Dehon, d'autres fonctionnent aussi en duo comme vous et Cech, est-ce une tendance qui est amené à se développer comme se développent les duo d'entraîneurs ?
Même si j'ai résisté à l'arrivée de trois nouveaux entraîneurs depuis que je suis à Chelsea, il est quand même difficile de lutter contre des staffs au grand complet qui arrivent... à moins que le gardien souhaite absolument travailler avec quelqu'un en particulier comme Steve avec Nicolas ou Petr avec moi. Ça reste encore des cas marginaux mais qui ne peuvent que se développer car on s'aperçoit par exemple que depuis que Dehon a rejoint Mandanda celui-ci se sent mieux. Cette complicité est génératrice de confiance et de bien être donc de meilleures performances. C'est fondamental.

Que pensez-vous de ce foot anglais dont on ne cesse de vanter les mérites et la dimension spectaculaire ?
J'avais comme beaucoup l'image du "kick and rush", des joueurs agressifs sans cesse à la limite. A ce niveau, je n'ai pas été déçu (rires) ! Même si le foot anglais tend à se "continentaliser" au contact d'entraîneurs étrangers, il reste des bastions traditionnels où le foot est vécu et joué comme avant. A Bolton, Wolverhampton, Stoke City ou Blackburn, ce sont toujours des combats mais c'est aussi ce qui est intéressant car ça nous amène à développer de nouvelles stratégies, de nouvelles analyses dans la préparation de ces matchs, notamment dans le domaine aérien.

Pourquoi n'y-a-t-il pas de grands gardiens anglais ?
Parce qu'il n'y a jamais eu de culture du poste. Je pense que ça vient de ce "kick and rush" qui a longtemps obligé les gardiens à rester dans leur but. On parle davantage de gardien... du but, que de gardien... de but ! La version moderne qui appréhende le gardien comme un joueur de champ avec deux mains est loin d'avoir conquis tout le monde ici. Autre paramètre, en Angleterre, les arbitres ne protègent pas les gardiens et quand ils sortent c'est souvent la boucherie. Encore une fois, dans ce contexte, il faut trouver des parades, des solutions, ça fait cogiter et avancer. A Chelsea, on essaie de défendre plus haut, de mettre en place un système de protection autour du goal qui sort. On se démarque un peu même si avant nous Van der Sar et Schmeichel ont pas mal déblayé le terrain à Manchester.

"J'ai connu un entraîneur champion du monde qui ne connaissait pas le contenu de ses entraînements..."

Christophe Lollichon a puisé de ses multiples expériences l'envie d'aller toujours plus loin dans la recherche.
Christophe Lollichon a puisé de ses multiples expériences l'envie d'aller toujours plus loin dans la recherche.
Vous n'êtes pas sans savoir que nos sites Footengo parlent d'abord du foot amateur, à quoi ressemble le foot amateur outre-Manche ?
Je n'ai pas trop le temps de voir des matchs amateurs mais je vois parfois des championnats semi-professionnels, en Division 5, qui correspondent complètement au cliché du foot anglais, à ce fameux "kick and rush" à l'agressivité démoniaque ! Face à ça, il y a une sorte d'acceptation du corps arbitral lui même issu de cette culture. Le foot amateur est très ancré et suscite beaucoup plus d'engouement qu'en France. En D5, il n'est pas rare de voir des équipes jouer tous les week-ends devant plus de 3500 spectateurs, c'est à dire devant un stade rempli. Le côté exceptionnel de la passion qu'on perçoit en Premier League se répercute aux niveaux inférieurs.

Quelle sorte de contacts a un club comme Chelsea avec ce football amateur là ?
Principalement à travers le recrutement. J'ai un oeil sur tous les gardiens anglais ou étrangers avec un réseau qui me renvoient les informations et m'informent quand un jeune émerge. Il faut être réactif, on essaie de l'être. Dernièrement, je me suis retrouvé en pleine campagne croate à observer un jeune qui m'avait été signalé une semaine avant... A ce niveau, j'ai beaucoup appris au Stade Rennais où on était présents sur tous les stades de France tous les week-ends.

Depuis l'école de foot, en passant par le centre de formation, les seniors en CFA2, les gardiens professionnels, en France, en Angleterre, le recrutement... avec le temps vous avez sérieusement enrichi votre palette de technicien !
J'ai été dans la meilleure école qui soit, le FC Nantes avec Suaudeau, et Denoueix qui fut un moteur d'évolution avec une réflexion permanente et toujours à la recherche de l'excellence, ce qui l'amenait à toujours essayer de trouver de nouvelles idées, à s'adapter aux conditions... J'ai ensuite été au contact de footballeurs amateurs, des maçons, de bouchers, des profs... qu'il fallait distraire autant que faire travailler. Je pense que cela a développé chez moi une certaine capacité d'adaptation, la volonté de se faire respecter aussi car trop longtemps les entraîneurs ne cogitaient les gardiens que lorsqu'ils en avaient besoin. Or, les gardiens ne sont pas de larbins. J'ai connu un entraîneur champion du monde de qui j'avais les plus grandes difficultés à connaître le contenu de ses entraînements à l'avance... car lui même ne le connaissait pas (Luis Felipe Scolari : ndlr) ! Il n'hésitait pas à interrompre nos séances pour intégrer les gardiens à ses exercices plus ou moins improvisés. J'appelle ça de l'irrespect ou de l'incompétence...

A travers un diplôme d'entraînement qui leur est spécifique, de plus en plus de gardiens se dirigent vers l'entraînement. Quels conseils pourriez-vous leur donner ?
Ne pas se focaliser sur le niveau mais toujours rechercher le plaisir, à prendre et à donner. J'ai pris un plaisir immense à m'occuper des poussins du FC Nantes car j'avais en moi cette envie de transmettre sans laquelle il n'est pas possible de réussir. Et il faut accepter de le faire parfois dans des conditions difficiles, ne pas en prendre ombrage mais plutôt s'en servir pour développer d'autres formes de travail. Soyez toujours en éveil. Par exemple, je ne peux plus regarder un match sans prendre de notes... pour inventer et offrir aux gardiens les meilleurs exercices possibles. Ils le méritent car il faut être courageux pour être gardien, c'est pas facile, il faut les protéger. C'est une relation presque intime à nouer...

propos recueillis par J.C.

Christophe LOLLICHON (Chelsea) : "Pas toujours facile de travailler avec les Anglais..."
CHRISTOPHE LOLLICHON
Né le 2 mars 1963 à Nantes (Loire-Atlantique)
Parcours : Nantes, entraîneur des gardiens (1986-96), RC Ancenis (1996-1999), Rennes, entraîneur des gardiens (1999-2007), Chelsea, entraîneur des gardiens (depuis 2007)
Diplômes : DEF (Diplôme d’Entraîneur de Football) et Brevet d’Etat second degré option Football.


Samedi 30 Avril 2011

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