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Charles BIÉTRY : "J'ai joué en PH jusqu'à 50 ans !"

Lorsque le 9 novembre 1984, sur la petite vague que représentait encore Canal+, première chaîne payante du PAF, il installa ses caméras dans les vestiaires de la Beaujoire pour un historique Nantes-Monaco, Charles Biétry ne se doutait pas qu'il allait révolutionner les rapports du football avec la petite lucarne. 27 ans après, depuis L'Equipe TV où il amène son expertise, l'ancien gardien de but reste un vrai passionné de foot mais de moins en moins convaincu par le chemin pris par son élite professionnelle... (par Johan Cruyff)



"En D2, Besançon me proposait 3000 francs par mois..."

A 67 ans, Charles Biétry reste un vrai passionné de foot et de télévision.
A 67 ans, Charles Biétry reste un vrai passionné de foot et de télévision.
M. Biétry, quel rapport avez-vous, ou avez-vous eu avec le football amateur ?
J'ai toujours entretenu un rapport privilégié avec le foot amateur et aujourd'hui encore plus qu'hier puisque je ne me reconnais plus dans ce qu'est devenu le foot professionnel. C'est un choix personnel. Par exemple, je suis régulièrement l'équipe de Carnac qui évolue en DSR et, par l'intermédiaire de l'Equipe TV, je reste un supporter acharné du foot amateur. La saison dernière, j'avais mis en place un feuilleton d'un an pendant lequel nous suivions un petit club de Seine St-Denis, dans le 93, le Blanc Mesnil. Nous faisions une heure par semaine sur ce club qui évolue en DH et j'ai évidemment tissé pas mal de liens affectifs avec eux. Le foot amateur a toujours énormément compté pour moi. J'ai joué jusqu'en 50 ans en PH et je peux dire que ce football là a été toute ma vie puisque je n'ai pas été assez bon pour devenir professionnel.

Vous étiez gardien de but, à quel niveau avez-vous joué ?
J'ai donc fini à Ville d'Avray, an banlieue parisienne, en PH, non sans avoir évolué jusqu'en CFA à Rennes tout en étant au bataillon de Joinville. A ce moment là, j'avais reçu deux propositions de clubs pros qui évoluaient en D2, Besançon et Cambrai. Je sais, quand je dis ça, ça en fait sourire pas mal, mais à ce moment là il s'agissait de deux clubs pros et leur intérêt me réjouissait. J'avais préféré ne pas me lancer dans cette aventure pour privilégier mes études et me diriger vers le journalisme.

Vous n'avez jamais regretté ?
Non parce que le salaire qui était prévu ne dépassait pas les 3000 francs par mois et parce que le gardien de Besançon, un certain Rosé, avait ensuite été un titulaire indéboulonnable pendant dix ans. Il était donc fort probable que je ne parvienne pas à lui prendre sa place car il était très bon.s[

"Le soir, Coco Suaudeau était d'accord pour venir au PSG, le lendemain..."

Par la suite, et avant de devenir le président du PSG, avez-vous eu des expériences de dirigeant ou d'entraîneur dans le foot amateur ?
Entraîneur, j'aurais aimé mais je n'ai jamais passé les diplômes. Quand il me voyait au bord des terrains, Georges Boulogne m'engueulait tout le temps car il coulait que je les passe ! Mais dans la réalité, j'ai souvent fait office de capitaine ou de leader dans toutes les équipes où j'ai jouées. Je pense que j'étais fait pour ça. C'est effectivement un de mes grands regrets.

Dirigeant, vous l'avez donc été, et pas n'importe où, au PSG !
J'ai surtout été président de la section omnisports du PSG pendant sept ans. A ce moment là, cette section comprenait du basket, du hand, du judo, de la boxe, du volley... et nous avons obtenu des résultats exceptionnels dans toutes les disciplines. En basket, nous avons joué la Ligue des Champions en en volley nous avons été champions de France, en judo, David Douillet et Djamel Bourras qui étaient licenciés chez nous ont été champions Olympiques, en boxe enfin, Lorcy a été champion du monde. J'ai pris un plaisir énorme pendant sept ans à gérer et passer d'un sport à l'autre de la sorte.

On imagine que le plaisir a été moindre à la tête du PSG ?
L'approche était totalement différente. Je suis devenu président du PSG contraint et forcé, uniquement parce que Canal Plus et Pierre Lescure ne voulaient plus de Michel Denisot à la tête du club. C'était mon job, dicté par mon employeur, et je n'avais pas vraiment le choix. J'y suis resté cinq mois et je n'ai pas aimé, mais alors pas aimé du tout. Pour tout vous dire, à la base, j'avais l'intention d'aller à Nantes. Mais j'aurais au moins appris que ce milieu n'était pas fait pour moi. A un tel poste, à ce moment là de l'histoire du PSG et du football français, dans le meilleur des cas, vous étiez mis en examen, dans le pire vous finissiez en prison !

Avec le regretté Thierry Gilardi, il créa un style et révolutionna le commentaire sportif à la télé.
Avec le regretté Thierry Gilardi, il créa un style et révolutionna le commentaire sportif à la télé.
ui et c'est un autre de mes grands regrets ! Car Nantes, c'était ma vie... j'ai fait des dizaines d'entraînements avec Coco Suaudeau. Même si min club est Rennes, j'ai toujours été un grand fan de ce qui se faisait à Nantes. Lorsque vous avez la chance de côtoyer un technicien et un homme comme Coco, vous ne pouvez qu'adhérer à son discours et aimer son approche du football, le style de jeu qu'il donnait à ses équipes.

On croit même savoir que vous avez voulu attirer Suaudeau au PSG lorsque vous étiez président ?
Oui, c'est vrai. J'avais bon espoir et lui même a longtemps envisagé cette perspective. Je pensais même que les choses étaient faites. Il était venu chez moi à Paris pour caler les derniers détails. Le soir, il était partant, le lendemain matin, il avait disparu... Du grand Coco (rires) ! Cela n'a jamais abîmé l'amitié et le respect que j'ai pour lui.

A l'heure où le foot professionnel jouit d'une mauvaise image et que le foot amateur est confronté à de plus en plus de problèmes en tout genre, pensez-vous que l'élite de notre football constitue une locomotive crédible et efficace ?
Ces deux footballs là ne se côtoient pour ainsi dire jamais. Les pros ne savent même pas qu'il existe un foot amateur et que sans lui ils n'existeraient pas ! Lorsque j'ai débuté à Canal, on n'avait pas le droit de retransmettre des matchs le dimanche après midi ou le samedi soir, lorsque jouaient les équipes amateurs. Aujourd'hui, il y a des matchs tout le temps au mépris de la réalité d'une base de notre football qui ne peut évidemment pas lutter contre la concurrence. Mettre Carnac contre la réserve de Lorient face à un PSG-OM, c'est un assassinat... qui pourrait être compensé par davantage de relations et d'aides mais il y a tellement peu de clubs qui le font. Rennes est un des seuls qui entretient avec sa région, l'Ille et Vilaine, des relations harmonieuses et saines. Mais c'est tellement rare.

"Les dirigeants du foot français ont abandonné le pouvoir à la télé !"

Pourquoi ce fossé est-il si large, en raison du profil des présidents et des dirigeants des clubs pros ou parce que les footeux eux-mêmes oublient trop vite d'où ils viennent ?
Tout est forcément lié puisque ce sont nos dirigeants nationaux qui décident et influencent grandement ce qu'on raconte aux jeunes joueurs dans les centres de formation. Les gamins ne sont jamais que ce qu'on fait d'eux. Trop peu sont conscients d'une réalité qui les rattrape très vite : 85% d'entre eux vont revenir ensuite dans le foot amateur. On ne les sensibilise pas assez à ça, on ne parle pas assez de cette notion d'échec quand on accueille un jeune joueur dans un centre. Pourtant, la majorité y est rapidement confronté. Mais je crois beaucoup en l'homme et je sais qu'il y a des dirigeants et des éducateurs qui sont conscients de ça. A côté de certains qui ne le sont pas par incompétence, bêtise, intérêt ou égoïsme, d'autres sont capables de créer des passerelles pour rapprocher les deux mondes.

Face aux polémiques qui agitent la FFF et la DTN depuis six mois, ces gens là se trouvent-ils selon vous dans les instances dirigeantes actuelles ?
J'ai été choqué mais pas surpris par ce qui vient de se passer et qui n'est pas spécifique au football à mon avis. Ce racisme ordinaire qui ne veut pas dire son nom et dont les gens n'ont pas conscience. En même temps, il me parait stupide de dire que le foot français est raciste, ça n'a pas de sens. Par contre, dans la société française, oui, évidemment, le racisme existe, mais plus latent qui ne se voit pas, un racisme qui n'a rien à voir avec celui de l'extrême droite, mais qui est plus pernicieux et donc potentiellement plus dangereux.

Longtemps membre de la cellule de recrutement du Stade Rennais à titre bénévole, Charles Biétry (ici avec Laurent Blanc) reste un observateur attentif du football français et international.
Longtemps membre de la cellule de recrutement du Stade Rennais à titre bénévole, Charles Biétry (ici avec Laurent Blanc) reste un observateur attentif du football français et international.
Alors que la FFF se cherche un président, ne seriez-vous pas intéressé par le poste ?
Non, je n'aime plus suffisamment le football professionnel et ce qu'il est devenu pour aller m'investir à un tel poste de responsabilité. J'aime toujours autant le football mais pas pour aller me mettre dans cette espèce de bulle... La présidence de la FFF doit rester une affaire humaine. Les gens qui vont assumer ce rôle doivent le faire avec d'autres gens qu'ils aiment. Il n'y a qu'ainsi qu'on parvient à travailler dans de bonnes conditions. Le nouveau président doit avant tout aimer le foot et les hommes...

Vous êtes celui qui a introduit les caméras dans les vestiaires pour la première fois au début des années 80 avec CanaL+. Depuis, ne pensez-vous pas que la télé a fait davantage de mal que de bien au football dans son ensemble ?
La télé est moins en cause que les dirigeants du football qui lui ont abandonné leurs responsabilités. Lorsque nous avons filmé le premier match de championnat en 1984, c'était un bien énorme pour tout le football, pro et amateur. La télé ne fait jamais que de la télé. Si elle est devenue le grand argentier du football français, si elle n'est plus que ça, si elle n'est plus porteuse de certaines vertus et valeurs, alors, oui, ça n'a plus de sens. Mais la faute à qui ? Aux dirigeants du football français qui n'ont pas pris leurs responsabilités. De mon côté, en diffusant du football de manière originale et inédite je n'ai jamais eu l'impression de faire du mal...

Vous êtes aujourd'hui sur L'Equipe TV la seule chaîne de télé nationale à médiatiser le sport amateur. Comment sont perçus ces programmes de proximité ?
Nous avons un autre public que sur les grandes chaînes généralistes et nous en profitons pour faire passer des messages pédagogiques, pour rappeler à ceux qui nous regardent que le football peut aussi être un vecteur de rassemblement et de générosité. En montrant la vie quotidienne d'un club comme le Blanc Mesnil par exemple, la cohabitation entre des arabes et des juifs, on fait davantage que n'importe quel discours d'hommes politiques.

A 60 ans, au delà de votre activité professionnelle à L'Equipe TV, n'avez-vous pas envie d'un dernier challenge, dans un club ou ailleurs ?
Mon gros challenge du moment, c'est mon petit fils, qui vient de naître, qui me l'a dernièrement apporté sur un plateau ! Je n'aurais pas imaginé que ça pouvait être aussi important dans une vie. Sur le plan professionnel, j'ai la chance d'être encore pas mal sollicité pour faire des choses. Si L'Equipe TV venait à prendre un créneau sur la TNT, il serait sympa de s'y investir encore davantage ne serait-ce que pour donner du boulot à davantage de personnes. par les temps qui courent, c'est important.

propos recueillis par J.C.

Charles BIÉTRY : "J'ai joué en PH jusqu'à 50 ans !"
CHARLES BIÉTRY
Né le 5 novembre 1943 à Rennes
Parcours : AFP, reporter (1966-84), Canal Plus, directeur des sports (1984-1998), PSG, président (juillet-décembre 1998), France Télévision, directeur des sports (1999-2001), Onzéo, producteur et consultant (2006-09), Stade Rennais, recruteur (depuis 2007), L'Equipe TV (depuis 2009).


Samedi 21 Mai 2011

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