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Bernard BARBET : "En l'état, la LFA ne pourra pas faire grand chose..."

Après avoir discuté plus d'une heure avec le nouveau président de la Ligue du Football Amateur, deux certitudes se révèlent à nous. La première concerne le profil, authentique et passionné, de Bernard Barbet, qui s'inscrit à ce niveau dans la lignée de son prédécesseur, lui aussi passé par toutes les étapes d'un club, d'un district et d'une ligue avant de se retrouver à la tête de la LFA. Mais la comparaison s'arrêtera certainement là car il y a désormais très peu de chances pour que l'ancien président de la Ligue Rhônes Alpes (il l'est encore jusqu'à mardi prochain) succède à Fernand Duchaussoy au sommet de la pyramide. La réforme est passée par là... qui devrait lui permettre de donner une nouvelle dimension à la LFA pour une meilleure représentation du football amateur. (par Johan Cruyff)



C'est dans l'Ain, son fief, que Bernard Barbet a gravi tous les échelons qui le mènent aujourd'hui à la tête de la LFA.
C'est dans l'Ain, son fief, que Bernard Barbet a gravi tous les échelons qui le mènent aujourd'hui à la tête de la LFA.
M. Barbet, président de la ligue du Football Amateur, que représente pour vous cette fonction, une étape ou une consécration ?
Ce n'est ni une étape, ni une consécration car je ne me suis jamais inscrit dans un plan de carrière. Je ressens seulement un peu de fierté.

Vous n'êtes pas sans savoir que pour vos deux prédécesseurs, MM. Escalettes et Duchaussoy, ce fut vraiment une étape ! Jamais deux sans trois ?
(rires) L'un des objectifs de la réforme et de la modernisation de la gouvernance était justement de rompre un processus qui voulait que les présidents de la FFF se succèdent "de père en fils" ! Et comme j'ai travaillé pour que cette réforme se mette en place, vous pensez bien que je ne m'inscris pas, du moins dans son aspect successoral, dans cette filiation. De toute façon, j’ai 64 ans, la date de péremption sera très vite très largement dépassée.

Dans quel esprit abordez-vous alors ce mandat ?
Jean-Pierre Escalettes a créé la Ligue du Football Amateur en 1995 ; elle a 16 ans et est une belle adolescente… mais qui ne pourra pas faire grand-chose si elle reste en l'état. On doit avoir pour objectif d'aller vers davantage d'autonomie avec un budget qui nous serait entièrement délégué et la prise en compte de tout ce qui concerne le football amateur. Egalement, à terme, nous devons aller vers la mise en place d'un scrutin de listes autour d'un homme ou d'une femme, une équipe, et un projet, à l'image de ce qui se fait désormais pour la présidence de la FFF.

"Si le foot reste attractif, il ne sait plus conserver aussi bien qu'avant ses pratiquants..."

Quel statut avez-vous aujourd'hui ?
Je suis retraité depuis neuf ans et lorsque, à partir de mardi prochain 19 avril, je ne serai plus président de la Ligue Rhône-Alpes, je n'aurai plus aucun problème pour concilier, en tant que bénévole, ces deux fonctions… inconciliables car trop lourdes en terme d'emploi du temps.

Vous arrivez à la tête d'un football amateur qui est quand même touché de plein fouet par les difficultés économiques actuelles et par une crise existentielle réelle. Pour vous, où se situe l'urgence ?
Il faut se pencher sur les vraies raisons qui amènent nos effectifs à baisser. Toutes les Ligues et les Districts ont reçu, de la LFA, une enquête qui a été testée par la Ligue de Méditerranée et qui a pour but de déterminer la liste la plus exhaustive possible des raisons de cette baisse des licenciés… en essayant d'éviter de tomber sur des a priori bâtis sur les ruines de la dernière Coupe du monde.

Ami de Fernand Duchaussoy, c'est en toute logique qu'il lui a succédé... sans autre ambition que de se mettre au service du foot amateur.
Ami de Fernand Duchaussoy, c'est en toute logique qu'il lui a succédé... sans autre ambition que de se mettre au service du foot amateur.
Et alors, pourquoi s'inscrit-on de moins en moins au football ?
Il serait faux de croire que tout est de la faute des grévistes de l'équipe de France. Cette baisse a commencé depuis plusieurs saisons et n’est pas consécutive aux événements de Knysna. On constate paradoxalement que les nouveaux licenciés sont en légère hausse par rapport à l’an dernier alors que, les renouvellements, eux, chutent de près de 10%. Ceci démontre que si le foot reste attractif, il ne sait plus conserver aussi bien qu'avant ses pratiquants. Et comme il y a aussi une baisse des dirigeants, les parents hésitent d'autant plus à inscrire ou maintenir leurs enfants dans les clubs.

Que comptez-vous faire ou mettre en place pour lutter contre cette relative désaffection ?
Tirer les enseignements de l’enquête pour trouver le plus rapidement possible les remèdes appropriés sans se laisser influencer par les préjugés. J'ai également bien apprécié le plan d'action du nouveau DTN, François Blaquart, avec l'ambition de redonner la priorité au jeu. On a trop longtemps fonctionné avec en tête le seul résultat et on voit où cela nous a menés.

Selon vous, la réforme qui a accouché d'une nouvelle gouvernance, de nouveaux rapports entre foot pro et foot amateur est-elle de nature à vous aider à reconquérir le grand public ?
Vous savez, vous pouvez parfois avoir le meilleur système du monde, si les hommes qui sont chargés de l'appliquer, ne veulent pas le faire fonctionner, vous n'arriverez à rien. Inversement, si dans un système mauvais, les hommes sont de bonne foi et de bonne volonté, ça marchera. Le nouveau système est centré autour du comité exécutif, c'est le nœud de la réforme. Avant, l'ensemble des membres du Conseil Fédéral représentait une famille du football : les éducateurs, les arbitres, les présidents de ligues, les médecins, le foot pro, … le président était seul et le devenait de plus en plus au fur et à mesure des événements. Aujourd'hui, il sera accompagné d'une équipe; c'est une progression et une garantie dans l’homogénéité de la fédération autour d’un projet. On reprochait aussi à l'ancien système sa lourdeur, ses difficultés à réagir aux événements et à anticiper, l'exemple de ce qui s'est passé en Afrique du Sud étant révélateur. Cela ne devrait plus être le cas.

"Pros et amateurs, on est condamnés à vivre ensemble !"

En quoi ce nouveau système peut-il aussi améliorer les relations entre les pros et les amateurs ?
Les instances officielles existent depuis 1920, le professionnalisme depuis 1932… et depuis quatre-vingts ans on s'est inscrit dans un combat permanent entre le foot pro et le foot amateur. Et je suis d'autant plus à l'aise pour établir ce constat que j'y ai grandement participé en défendant tout le temps le football amateur. Depuis juillet dernier, j'ai eu la chance, je dis bien la chance, d'être dans le groupe de travail entre les pros et les amateurs et dans le groupe de pilotage des états généraux. Et bien, au risque d'en surprendre certains, je peux dire qu'on a appris à se connaître avec les pros, à découvrir les problématiques des uns et des autres. Et franchement, on a ressenti une vraie volonté de construire en privilégiant constamment l'intérêt général du foot plutôt que les intérêts particuliers. De juillet 2010 à avril 2011, au cours de nombreuses réunions, on a constaté cette volonté commune. Le foot pro sait qu'il a besoin du vivier que représente le foot amateur et le foot amateur sait qu'il a besoin d'une belle locomotive pour continuer à avancer. On est condamné à vivre ensemble. Et pour ce faire le plus correctement possible, il est nécessaire de créer les conditions d’un partenariat où chaque membre est respecté par les autres et a la possibilité de faire entendre sa voix ; c'est pour ça que les voix des professionnels à l'Assemblée Fédérale sont passées de 25 à 37% (et de 75 à 63% pour les amateurs : ndlr).

Au-delà de ces contingences administratives, de ces luttes de pouvoir, la solution n'est-elle pas ailleurs, par exemple dans la capacité des clubs pros à former des joueurs capables de renvoyer une meilleure image de leur profession ?
Je vous rassure, nous avons intégré dans notre réflexion cette mauvaise image du foot professionnel. Les Etats Généraux ont eu trois axes. 1/ la modernisation de la gouvernance. 2/ l’économie du football. 3/ son rôle social et citoyen. Nous avons bien entendu parlé de l'exemplarité du foot pro et ça fait partie de ce que nous voulons développer avec les clubs professionnels où certains présidents sont parfaitement conscients du problème. J'ai confiance en eux. Ce sera de toute façon une de nos exigences fortes. Mais à la décharge des professionnels, comme ces trains qu'on ne montre que lorsqu'ils n'arrivent pas à l'heure, j'aimerais aussi que les bonnes choses réalisées, les comportements exemplaires fassent aussi le buzz de temps en temps. Car je sais que beaucoup d'actions positives sont mises en place un peu partout et de plus en plus.

L'ancien joueur, éducateur, trésorier et président du FC Dompierre Veyle sait de quoi il parle quand il évoque les sort du football amateur.
L'ancien joueur, éducateur, trésorier et président du FC Dompierre Veyle sait de quoi il parle quand il évoque les sort du football amateur.
Finalement, quand on sait l'important déchet qu'ils produisent tous les ans, quand on voit l'esprit parfois contestable qui anime ceux qui en sortent par le haut ou par le bas, les centres de formation de nos clubs pros jouent-ils leur rôle ?
Avant les centres de formation il y a tout le travail qui est effectué dans les clubs amateurs, en matière de pré formation. C'est surtout dans cet apprentissage là, trop peu mis en valeur, qu'on se doit d'inculquer des valeurs socio-éducatives pour venir en complément de l'éducation nationale ou des familles, parfois en difficulté ou même absentes. Dans cette quête, les clubs ne sont pas assez soutenus, c'est vrai. Je rappelle tout de même que Jean-Pierre Escalettes a créé la fondation du football qui a la mission de rechercher et de valoriser les bonnes pratiques et initiatives, de tout faire pour les pérenniser et les vulgariser. A ceux qui disent que la LFA ne sert pas à grand-chose je rappellerais aussi, dans ce cadre-là, qu'elle a financé des postes de conseillers départementaux du football d'animation (CDFA) qui interviennent dans chaque district.

Quand on regarde le parcours d'un jeune joueur qui deviendra professionnel, on constate qu'il reste au minimum une dizaine d'années dans le foot amateur avant d'être récupéré par le système professionnel et de générer parfois des sommes énormes à travers les transferts notamment. Trouvez-vous normal que les clubs et les bénévoles qui ont consacré des journées entières à l'épanouissement du joueur, à sa progression, récupèrent moins d'argent qu'un agent qui aura su se greffer à sa réussite ?
Je suis loin d'être un défenseur du système des agents –je suis aussi conscient qu'ils ont parfois leur utilité- mais au-delà de cet aspect là du système, qui reste quand même minoritaire, il ne faut pas oublier qu'une partie de l'argent généré par le foot pro est redistribué vers les clubs formateurs.

N'empêche, n'avez-vous pas l'impression que tout est fait pour les clubs pros, en commençant par ces sélections de jeunes très précoces qui finissent peut-être par dénaturer l'esprit des plus bases catégories ?
Les détections ont été créées non pour permettre aux clubs pros de recruter plus facilement mais pour permettre à tous les jeunes joueurs qui en ont l'envie et le potentiel de progresser et d'aller au bout de ce qu'ils peuvent faire. Ensuite, des barrières ont été mises en place pour éviter que les jeunes changent trop souvent de clubs et s'éloignent trop de leurs foyers. Mais on se heurte aussi, il ne faut pas croire, à des parents qui nous accusent de ne pas leur laisser leur liberté individuelle. Comment font les autres sports ? Pareil. Même le rugby qui se vante sans cesse de ne fonctionner que sur des valeurs !

"On ne peut pas empêcher un club de dépenser son argent comme bon lui semble..."

Lorsqu'il y a de l'argent dans le milieu amateur, trouvez-vous qu'il est bien utilisé, par exemple lorsqu'une grosse partie du budget d'un club de CFA, CFA2, DH ou même beaucoup plus bas, est consacrée au défraiement des joueurs de l'équipe fanion ?
Lorsque la FFF aide les clubs amateurs, elle le fait à travers des projets concrets, des terrains synthétiques, des clubs house, des vestiaires, des moyens de transport, des aides à l'emploi… qui ne concernent pas la situation des joueurs. Pour l'argent qui vient des subventions territoriales ou des sponsors privés, on ne peut pas empêcher un club de le dépenser comme bon lui semble.

La réforme des championnats nationaux a été validée. Si on la comprend bien elle devrait permettre à moins de clubs de mieux vivre ?
Je vous donne un exemple avec le FC Gueugnon en National. Voilà un club qui risque de disparaître car il n'a plus d'argent pour fonctionner à ce niveau… alors qu'il pourrait très bien vivre en DH. Ce n'est pas pour d'autres raisons que nous demandons à 26 clubs de plus de descendre de niveau sur les deux prochaines saisons, pour permettre à tous de mieux vivre. Le premier objectif est de resserrer l'élite pour que le football pratiqué soit de meilleure qualité et que davantage de clubs soient en cohérence avec le niveau où ils évoluent. L'élite du rugby français est passée rapidement d'une centaine de clubs à un Top 14 aujourd'hui qui présente de meilleures garanties financières et sportives. Cela n'empêche pas les autres clubs de vivre. Surtout, derrière tout ça, nous mettons en place la Licence Club qui s'appuiera sur des critères de qualité du développement du club plutôt que d’une équipe (la labellisation des écoles de foot, les diplômes des éducateurs, la qualité des structures, la création d'une section féminine, etc…) et pourra déboucher sur des points de bonus ou de malus et jouera aussi sur les aides financières accordées par la FFF. Cette Licence Club doit s'inscrire dans un projet de développement qui ne devra évidemment pas prendre en compte que l'équipe fanion. C'est aussi une manière de répondre à votre question précédente…

Bernard Barbet est déterminé à offrir plus de moyens à la LFA.
Bernard Barbet est déterminé à offrir plus de moyens à la LFA.
Dans la région Midi-Pyrénées, Luzenac est un club de village de moins de 800 âmes qui évolue en National sans les structures habituelles des clubs de ce niveau. Selon vous, cette réussite est-elle exemplaire ?
Je vois deux aspects dans la façon d'aborder ce sujet. J'aborderais le premier sous l'angle du rural que j'ai toujours été, qui a grandi et vit dans un village de moins de 1000 habitants aussi, et qui est toujours enchanté de voir le petit capable de battre le gros. Mais la partie négative de cette histoire renvoit évidemment à l'absence d'avenir d'un club qui mise tout ou presque sur sa seule équipe fanion.

Quels rapports avez-vous le président Duchaussoy, avec son homologue pro, Frédéric Thiriez que vous allez être amené à fréquenter plus souvent ?
J'étais le vice-président de Fernand Duchaussoy à la LFA, c'est un ami… que je ne soutiens pas forcément pour ça car je sais aussi sortir de l'affectif quand il le faut et je ne suis pas forcément tout le temps d'accord avec lui. Je l'ai surtout soutenu car il avait une réelle volonté de réformer et qu’il était un des rares qui pouvait fédérer les pros et les amateurs autour d’une même projet. Il a réussi à faire ça, il lui reste maintenant à pérenniser. Avec Frédéric Thiriez, les rapports ont été plus distants car on ne se connaissait pas. Au cours des nombreuses séances de travail que nous avons eus ces derniers mois, j'ai appris à l'apprécier. J’espère que la réciproque existe.

Votre vie a-t-elle beaucoup changé depuis que vous êtes président de la LFA ?
Je suis un fils de paysan, un rural, un amoureux de la nature… qui n'a pas vu le printemps arriver ! En étant trois ou quatre jours par semaine sur Paris, en assumant encore jusqu'à cette semaine la présidence de la ligue Rhône Alpes, je n'ai vu la trace d'aucun bourgeon dans mon quotidien (rires) !

Y a-t-il une question que vous auriez aimé qu’on vous pose et qu’on ne vous a pas posée ?
Oui j’aurais aimé que vous me demandiez de vous dire, si, au cours des dernières années, j’avais eu un regret et un seul. J’ai certainement plusieurs regrets ; il serait d’ailleurs très prétentieux de ne pas en avoir. Mais si je ne devais en exprimer qu’un seul, c’est celui d’avoir dû arrêter en juin 2008, la responsabilité du football d’animation de mon club (séances d’entraînement et plateaux ou matches). La surcharge de mon activité m’a fait prendre cette décision qui me prive d’un vrai bonheur.

propos recueillis par J.C.

Bernard BARBET : "En l'état, la LFA ne pourra pas faire grand chose..."
BERNARD BARBET
Né le 23 mars 1947 à Bourg en Bresse.
Parcours
Joueur : Neuville les Dames, FC Dompierre/Veyle
Educateur : FC Dompierre/Veyle (jusqu'en 2008)
Diplôme : Initiateur 2
Dirigeant : FC Dompierre/Veyle, président (1980-1987) et trésorier (jusqu'en 2010), district de l'Ain, président (1992-2000), ligue Rhône Alpes, président (2000-2011).
Trésorier de la Fondation du Football.


Samedi 16 Avril 2011

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