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Aimé JACQUET : "Merci de vous intéresser au foot amateur !"

Pour l'éternité, il demeurera le premier, et jusqu'à présent le seul, entraîneur français à avoir été champion du monde. C'est évidemment à ce titre qu'il est aujourd'hui reconnu et appréhendé lorsqu'il se déplace à travers la planète football. Au point de le regretter parfois, notamment lorsqu'il se promène sur les terrains de Haute Savoie, où il réside, et qu'il aspire à davantage de discrétion. Cette étiquette est alors parfois encombrante pour un homme toujours aussi humble qui, à 69 ans, défend plus que jamais cette formation à la française qu'il juge injustement décriée aujourd'hui et qu'il aura grandement contribué à développer pendant plus de 20 ans. (par Johan Cruyff)



"Comme nous avons été beaucoup copiés, il faut maintenant savoir évoluer, s'adapter..."

Aimé Jacquet à jamais icône du football français...
Aimé Jacquet à jamais icône du football français...
M. Jacquet, que pensez-vous du football amateur en France ?
Pour avoir longtemps occupé des postes à responsabilité au sein de la FFF, je suis bien placé pour savoir que c'est la principale force du football français. Le travail qui est effectué dans la pré-formation et la formation est excellent. Il participe aux bonnes relations que doivent entretenir le foot professionnel et le foot amateur qui ne peuvent vivre l'un sans l'autre. A la FFF un boulot remarquable est effectué dans le cadre de la formation des cadres et des joueurs. Et au delà de tout ce qu'on peut dire ou lire, au delà des résultats éphémères, je considère que c'est une grande réussite. La meilleure preuve de ce travail de fond a été donnée le week-end dernier en coupe de France ! Dix clubs de Ligue 1 ont été éliminés en 32ème de finale par des équipes, souvent amateurs, composées de joueurs étant passés par ces structures de formation au niveau fédéral ou des clubs pros, coachées par des entraîneurs ayant bénéficié de formations de haut niveau. La base de notre football a énormément progressé. Elle n'a plus rien à voir avec ce qu'elle était à mon époque.

Pour revenir au bilan peu flatteur des équipes de L1 en coupe de France, n'est-il pas aussi la conséquence de la baisse du niveau de notre élite ?
Evidemment que si ! Mais pourquoi cet affaiblissement ? Parce que le football français se fait piller tous les ans par toute l'Europe. Ceux qui oublient cette réalité ou attribuent cette baisse de niveau à autre chose sont des hypocrites. L'Europe du football n'existe pas. Heureusement que Michel Platini est là et qu'il a le projet de rééquilibrer tout ça pour donner les mêmes moyens à tout le monde. A ce moment là, je peux vous dire qu'on ne sera pas les plus mal lotis.

Pourtant, beaucoup remettent en cause cette formation à la française aujourd'hui sous prétexte qu'elle ne forme plus que des individualités déconnectées des réalités et des contraintes collectives...
Et alors dites moi pourquoi pendant des années tous les pays du monde sont venus voir comment nous faisions ! Et expliquez-moi pourquoi ils veulent encore tous nous copier ! Les imbéciles peuvent tout remettre en cause mais ceux qui connaissent la réalité des choses savent qu'en la matière nous n'avons rien à envier à personne. Le travail débuté dans les années 70 avec Georges Boulogne, qui a mis en place la DTN, les CTR, les CTD, les sélections de jeunes... et les présidents Sastre et Sadoul à la FFF et à la Ligue, qui a été poursuivi par leurs successeurs, s'est révélé décisif et nous a permis d'avoir les résultats que l'on connaît. Mais évidemment, comme nous avons été beaucoup copiés, il faut maintenant savoir évoluer, s'adapter. Et je peux vous dire qu'il y a aujourd'hui des gens à la Fédération qui s'attellent à la tâche avec énormément d'ambition. Des entraîneurs qu'on connaît peu mais qui sont très compétents.

"On a beaucoup travaillé dans le quantitatif, peut-être faut-il maintenant insister davantage sur le qualitatif."

Vous ne partagez donc pas l'avis de ceux qui s'inquiètent pour le présent autant que pour l'avenir de notre football ?
Non, je suis optimiste, nous n'avons pas de soucis à nous faire. Il faut juste repréciser certaines choses. On a beaucoup travaillé dans le quantitatif, peut-être faut-il maintenant insister davantage sur le qualitatif. Les jeunes joueurs français ont de la chance. Vraiment !

Ne sont-ils pas "sélectionnés" trop tôt, repérés prématurément ?
Il n'est jamais trop tôt pour prendre de bonnes habitudes, c'est comme à l'école. Il suffit que les entraîneurs, les éducateurs soient de qualité et ne confondent pas tout. Au plus jeune âge évidemment, la technique est primordiale. Mais une fois qu'on l'acquiert, après derrière tout est plus facile.

Consultant, un rôle contre nature qu'il a apprivoisé.
Consultant, un rôle contre nature qu'il a apprivoisé.
Il y a un mois, nous avons interrogé Jean-Claude Suaudeau qui faisait un comparatif entre le football espagnol et le football français, entre l'influence du FC Nantes sur l'équipe de France et celle du Barça sur la Roja. Pourquoi le jeu à la nantaise n'a-t-il pas davantage marqué les Bleus ?
(il s'emporte) Mais vous oubliez que je me suis appuyé sur les joueurs nantais lorsque j'ai pris l'équipe de France en 1994, les Loko, Pedros, Ouédec, Karembeu... Nantes a tellement bien travaillé avec Jean-Claude (Suaudeau) puis avec Raynald (Denoueix) qu'il était logique qu'il en soit ainsi. On encense les Espagnols, à raison, depuis quelques années, mais n'oubliez pas qu'ils sont venus copier chez nous pour savoir comment faire avec leurs jeunes. Ils sont venus voir comment travaillait Claude Dusseau à l'INF Clairefontaine. Ce n'est qu'ensuite que le Barça, dans la philosophie de Cruyff, a créé le centre de formation que l'on connaît et a été récompensé avec des résultats formidables. Mais Nantes aussi l'avait été en dominant le football français pendant de nombreuses saisons. Ce n'est qu'un changement de dirigeants et de philosophie de fonctionnement de club qui a tout arrêté.

Selon vous, dans quel secteur de la formation, pour redevenir une référence, doit-on insister en France à l'avenir ?
Ouh, là là, je laisse ça à d'autres ! Depuis 2006, je me suis complètement retiré et je ne réponds plus à ce genre de questions. Je ne veux surtout pas passer pour un vieux con (rires) ! A ceux qui sont dans l'action aujourd'hui de prendre leurs responsabilités.

N'empêche, pas mal d'éducateurs se posent des questions...
Mais il est normal qu'ils s'en posent, ça démontre qu'ils se remettent en cause et c'est indispensable. J'ai toujours été optimiste et j'ai toujours dit que le football français serait sauvé par sa formation. Lorsque j'étais DTN, je me suis battu pour mettre en place un cahier des charges pour les centres de formation. Avec l'ensemble des entraîneurs fédéraux, nous avons réalisé un travail énorme qui permet encore aujourd'hui à la France d'être en pointe dans ce domaine quoi qu'en disent ceux qui ne sont pas conscients de cette réalité.

"Aucun autre football professionnel en Europe n'aide autant que la France son football amateur."

Dans un autre domaine, peut-être liée à la formation d'ailleurs, on a tout de même l'impression que le fossé entre foot pro et foot amateur n'a jamais été aussi grand !
Je pense le contraire ! Grâce à la formation et à la préformation, les jeunes français ont beaucoup de chance mais on ne le dit pas assez. La presse ne s'intéresse pas à ça et c'est dommage alors que nous sommes par exemple les seuls à avoir un diplôme pour les responsables des centres de formation. En Europe, on est les plus avancés. Il ne nous manque que de l'argent pour pouvoir aider davantage les plus petits clubs amateurs qui souffrent. Mais tout découlera d'une réforme du football européen. Tant qu'il n'y aura pas d'harmonisation, on ne pourra pas prétendre être davantage récompensé pour ce fantastique travail effectué dans tous nos clubs par les éducateurs et les entraîneurs. Le jour où Michel Platini sera parvenu à réguler tout ça, nous aurons alors davantage de moyens et davantage de possibilités d'aider le foot amateur. Mais il faut aussi savoir qu'aucun autre football professionnel en Europe n'aide autant que la France son football amateur. Ce n'est pas encore suffisant, je le sais, mais tant que notre foot pro sera en difficulté face à ses voisins, il ne pourra pas faire davantage.

Il a l'oreille des plus grands !
Il a l'oreille des plus grands !
La crise n'est-elle pas en train d'effectuer une purge salutaire ?
Oui, on le voit en Espagne et en Angleterre avec les clubs en faillites... Face à cette crise qui va durer, je suis persuadé que le football français sortira grand vainqueur s'il poursuit dans la même voie avec sa philosophie de formation et son sérieux dans la gestion de ses clubs. Et à ce moment là, ça rejaillira forcément sur les clubs amateurs. Tout est une question d'harmonisation européenne et de transmission à l'intérieur de notre pays, pour que ceux qui reprennent le flambeau de la formation restent fidèles aux grandes valeurs qui en ont fait sa réputation.

On vous sait consultant sur Canal+ donc au contact de l'élite, allez-vous aussi de temps en temps sur les terrains voir des matchs de ligue ou de districts le week-end ?
Bien sûr, j'y vais souvent, notamment chez moi en Haute Savoie, voir des jeunes surtout car ça reste ma passion, voir du foot féminin aussi car il a beaucoup évolué et il y a encore beaucoup à faire. Je constate que même s'il a beaucoup évolué, ce football de base se pratique de plus en plus dans des conditions difficiles, avec des clubs qui peinent à avoir des éducateurs, des moyens matériels et humains insuffisants...

La solution est donc selon vous entre les mains de Platini à la tête de l'UEFA ?
Entre autres. Dans cette période charnière que vit la FFF et la DTN, il est important que se mette en place une gouvernance qui militera pour davantage de solidarité encore. Mais il ne faut pas tout changer sous prétexte que l'équipe de France a fait une mauvaise coupe du Monde. Attention, là on ne parle pas de la même chose ! Il ne faut pas tout confondre. La philosophie générale de ce qui est proposé dans notre formation est bonne, il faut juste l'adapter à des réalités qui changent, à une société qui évolue sans cesse. Dans toutes les régions, il y a des gens fantastiques qui donnent de leur temps et de leur argent pour faire vivre les clubs. Pourquoi n'en parlons nous pas davantage ? Pourquoi ne mettons-nous pas davantage en valeur tous ces gens là plutôt que de parler sans cesse de ce qui fait vendre mais qui ne fait pas avancer le problème ? Dans cette logique, ce que vous faites avec vos sites qui parlent du foot amateur est fantastique. Je vous dis merci parce que les gens ont besoin d'être valorisés, d'être récompensés.

"Je n'étais pas préparé à occuper un poste de DTN. J'avais des lacunes..."

Entre le foot pro que vous avez fréquenté comme joueur puis comme entraîneur et sélectionneur, et le football de masse, celui des jeunes, que vous avez dirigé à la tête de la DTN à la fin de votre carrière, où avez-vous été le plus à l'aise ?
J'ai quand même besoin du terrain pour m'exprimer, c'est là que je suis le plus à l'aise et ne plus y être m'a beaucoup manqué. Je n'étais pas préparé à occuper un poste de DTN. J'ai été dans l'obligation de le faire à la demande du président Simonet mais j'avais des lacunes. Entouré d'une équipe de qualité, avec des gens compétents, je me suis mis au travail, et au final ce fut une bonne période de remise en cause à vivre. Mais au départ, qu'est-ce que j'ai souffert...

N'êtes-vous pas tenté aujourd'hui de vous investir de nouveau, sinon dans un club pro en tout cas dans un petit club amateur ?
Je viens d'un petit club, je sais ce que c'est... mais je sais aussi qu'il faut savoir laisser la place. De plus, depuis 1998, je suis aussi catalogué comme le sélectionneur de l'équipe de France. Et quand je me déplace, c'est avec cette image là que les gens me perçoivent et pas avec celle de l'éducateur. Si en 2006 on m'avait demandé de jouer un rôle à ce niveau, je l'aurais certainement fait. Aujourd'hui, c'est trop tard.

Comme à la tête de la DTN, votre rôle de consultant n'était pas quelque chose de naturel chez vous. Y prenez-vous du plaisir quand même ?
Cela me permet de rester au contact du haut niveau et de voir des grands matchs dans des conditions extraordinaires. Ainsi, je peux voir l'évolution du football à travers ce rôle qui nécessite, il ne faut pas croire, pas mal de travail. Là aussi, il m'a fallu du temps pour m'adapter mais en restant dans ma partie, la technique avant tout. J'essaie de faire passer des messages. Il est passionnant de faire comprendre aux téléspectateurs certains aspects du jeu en s'appuyant sur l'image. Comme quand j'étais entraîneur et que je montrais aux joueurs des vidéos pour les faire progresser...

propos recueillis par J.C

Aimé JACQUET : "Merci de vous intéresser au foot amateur !"
AIMÉ JACQUET
Né le 27 novembre 1941 à Sail sous Couzan (Loire)
Parcours
Joueur : AS Saint-Étienne (1961-1973), Olympique lyonnais (1973-1976).
Palmarès : champion de France en 1964, 1967, 1968, 1969 et 1970, vainqueur de la Coupe de France en 1962, 1968 et 1970. International (2 sélections).
Entraîneur : Olympique lyonnais (1976-1980), Girondins de Bordeaux (1980-1989), Montpellier HSC (1989-1990), AS Nancy-Lorraine (1990-1991), Sélectionneur national (1993-1998), DTN (1998-2006).
Palmarès : champion de France en 1984, 1985 et 1987, vainqueur de la Coupe de France en 1986 et 1987, demi-finaliste de la C1 en 1985, demi-finaliste de la C2 en 1987, demi-finaliste de l'Euro en 1996, vainqueur de la Coupe du monde de la FIFA en 1998.



Samedi 15 Janvier 2011

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